‹ Le langage des fleursChapitre 23 sur 95 · UNE FEUILLE DE ROSE · texte numérisé non relu

UNE FEUILLE DE ROSE

Jamais je n'importune.

Il y avait à Amadan une académie dont les statuts étaient conçus en ces termes : « Les académiciens penseront beaucoup, écriront peu, et parleront le moins possible. » Le docteur Zeb, fameux dans tout l’Orient, apprit qu’il vaquait une place à cette académie : il accourt pour l’obtenir; malheureusement il arriva trop tard. L’académie fut désolée : elle venait d’accorder à la puissance ce qui appartenait au mérite. Le président, ne sachant comment exprimer un tel refus, qui faisait rougir l’assemblée, se fit apporter une coupe qu’il remplit d’eau si exactement, qu’une goutte de plus l’eût fait déborder. Le savant solliciteur comprit, par cet emblème, qu’il n’y avait plus de place pour lui. Il se retirait tristement, lorsqu’il aperçut une feuille de rose à

Anacréon, traduction de M. de Saint-Victor.

ÉTÉ

ses pieds. A cette vue, il reprend courage ; il prend la feuille de rose et la pose si délicatement sur l’eau que renfermait la coupe, qu’il ne s’en échappa pas une seule goutte. A ce trait ingénieux, tout le monde battit des mains, et le docteur fut reçu, par acclamation, au nombre des silencieux académiciens.

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