‹ Le langage des fleursChapitre 33 sur 95 · PENSÉE, VERVEINE, BLEUET · texte numérisé non relu

PENSÉE, VERVEINE, BLEUET

ÉTÉ

puisque chaque printemps le fait renaître, sans jamais en altérer les caractères. Les autels du grand Jupiter sont renversés; les forêts témoins des mystères des druides n’existent plus; les pyramides de l’Égypte disparaîtront un jour, ensevelies comme le Sphinx sous les sables du désert ; mais toujours le lotus et l’acanthe fleuriront sur les bords du Nil, toujours le gui croîtra sur le chêne, et la verveine sur les collines arides.

La verveine servait chez les anciens à diverses sortes de divinations ; on lui attribuait mille propriétés, entre autres celle de réconcilier les ennemis; et, toutes les fois que les Romains envoyaient des hérauts d’armes porter chez les nations la paix ou la guerre, l’un d’eux était porteur de verveine. Les druides avaient pour cette plante la plus grande vénération; avant de la cueillir, ils faisaient un sacrifice à la Terre.

C’est ainsi que les mages, en adorant le soleil, tenaient dans leurs mains des branches de verveine. Vénus victorieuse portait une couronne de myrte entrelacée de verveine, et les Allemands donnent, encore aujourd’hui un chapeau de verveine aux nouvelles mariées, comme pour les mettre sous la protection de cette déesse L Dans le nord de nos provinces, les bergers recueillent cette plante sacrée avec des cérémonies et des paroles connues d’eux seuls. Ils en expriment les sucs à certaines phases de la lune. On les voit, docteurs et sorciers de village, guérir tour à tour leurs maîtres et s’en faire redouter ; car, s’ils savent calmer leurs maux, ils peuvent, par les mêmes moyens, jeter

1 Les Sérées, de Bouchet, t. I er p» bis-

des sorts sur leurs troupeaux et sur le cœur des jeunes filles. On assure que la verveine leur donne cette dernière puissance, surtout quand ils sont jeunes et beaux. Ainsi on voit que la verveine est encore chez nous, comme elle le fut chez les anciens, l’herbe des enchantements.

Page 1