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ŒILLET

ÉTÉ

L’œillet primitif est simple, rouge et parfumé. La culture a doublé ses pétales et varié ses couleurs à l’infini. Ces belles fleurs se peignent de mille nuances, depuis le 1 ose tendre jusqu’au blanc parfait, et depuis le rouge foncé jusqu’à l’éclatante couleur de feu. On voit aussi sur la même fleur deux de ces couleurs qui se heurtent, s’opposent et se confondent. Le blanc pur est piqué de cramoisi, et le rose se panache d’un rouge vif et brillant. Aussi voit-on communément ces belles fleurs marbrées, tigrées, et d’autres fois brusquement tranchées, de façon que l’œil séduit croit apercevoir dans le même calice une fleur de pourpre et une fleur d’albâtre. Presque aussi varié de formes que de couleurs, l’œillet épanouit ses beaux fleurons en houppe, en cocarde, en pompon, et d’autres fois encore il affecte la forme et la couleur de la rose ; mais toujours il conserve son délicieux parfum, et il tend sans cesse à quitter sa parure étrangère pour reprendre ses simples atours. Car la main du jardinier, qui peut doubler, tripler, bigarrer et varier sa parure, ne saurait la rendre constante. Ainsi la nature a déposé dans nos cœurs le germe le plus délicieux des sentiments. L’art et la société, en développant, en cultivant ce germe, l’embellissent, l’affaiblissent ou l’exaltent. Cent causes réunies peuvent en rendre les effets inconstants et variables ; mais, malgré les caprices, les erreurs et les jeux incompréhensibles du cœur humain, la nature ramène toujours l’amour au but qu’elle lui a prescrit. La Rochefoucauld a dit : « Il en est du véritable amour comme de l’apparition des esprits, tout le monde en parle, mais peu de gens en ont vu. » Qu’entend cet affligeant moraliste par

véritable amour? Veut-il donc nous faire croire que le véritable amour est une chimère? Non, l’amour véritable vit dans tous les cœurs ; mais

J’ai vu l’amour pourtrait en divers lieux, L’un le peint vieil, cruel et furieux;

L’autre plus doux, enfant, aveugle, nu; Chacun le tient pour tel qu’il l’a connu Par ses bienfaits ou par sa forfaiture.

Pour mieux au vrai définir sa nature,

C’est que chacun varie en son cerveau Un dieu d’amour pour lui propre et nouveau.

Et qu’il y a dans les entendements D’amours autant que de sortes d’amants *.

C’est le bon René d’Anjou, ce Henri IV de la Provence, qui, le premier, a enrichi nos jardins de l’œillet et de la rose rouge ; nous lui devons aussi le raisin muscat. Ce roi, qui cultivait les jardins, la peinture et les lettres, est auteur d’un ouvrage très-rare et trèsaimable, qui a pour titre : Quesle de très-douce merci au cœur d'amour.

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