‹ Le langage des fleursChapitre 37 sur 95 · LIS COMMUN · texte numérisé non relu

LIS COMMUN

Majesté.

Il est le roi des fleurs dont la rose est la reine

u milieu d’une touffe de longues feuilles, qui, en se développant, se renversent et se pressent les unes sur les autres, comme pour former un trône circulaire de verdure, on voit s’élancer une tige élégante et superbe, qui se termine par une grappe de longs boutons d’un vert doux et luisant. I e temps insensiblement gonfle et blanchit les boutons de cette belle grappe, et, vers le milieu de juin, ils s incli-

» Doisjolin.

ÉTÉ

nent et se déploient en six pétales d’une blancheur étincelante. Leur réunion forme ces vases admirables où la nature s’est plu à enfermer des étamines d’or, qui versent des flots de parfums. Ces belles fleurs, à demi inclinées autour de leur haute tige, semblent demander et obtenir les hommages de toute la nature; mais le lis, malgré ses charmes, a besoin d’une cour pour paraître dans tout son éclat. Seul, il semble froid et comme délaissé ; environné de mille autres fleurs, il les efface toutes : c’est un roi ; sa grâce, c’est la majesté.

On ne trouve nulle part chez nous le lis primitif; il nous vient de la Syrie; jadis il para les autels du Dieu d’Israël et couronna le front de Salomon ; mais il règne dans nos jardins depuis un temps immémorial. Charlemagne voulait qu’il partageât, avec la rose, la gloire de parfumer ses jardins, et, s’il faut en croire les antiques récits de nos aïeux, le vaillant Clovis reçut un lis céleste le jour où la victoire et la foi lui furent données. Louis VII, dans les fleurs du lis, trouvait le triple symbole de sa beauté, de son nom et de sa puissance; il les plaça sur son écu, sur son sceau et sur sa monnaie. Philippe-Auguste en sema son étendard. Saint Louis portait une bague représentant, en émail et en relief, une guirlande de lis et de marguerites, et sur le chaton de l’anneau était gravé un crucifix avec ces mots : Hors cct annel pourrions - nous trouver amour ? parce qu’en effet cet anneau offrait à ce monarque pieux l’emblème de tout ce qu’il avait de plus cher : la religion, la France et son épouse. Ce fut aussi une idée religieuse qui engagea Charles V à fixer à trois le nombre des fleurs de lis; depuis son règne, ce nombre n’a plus va-

rié ; mais, si le lis céleste brilla depuis Clovis sur le manteau et sur l’écusson de nos rois, il donna aussi sa couleur à l’étendard de nos guerriers. Le panache de Henri IV, qui conduisit toujours les Français à la victoire, était blanc comme un lis : il était l’image d’une âme pure et d’une gloire sans tache.

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