ACACIA-ROBINIER
Amour platonique.
Les sauvages de l’Amérique ont consacré l’acacia au génie des chastes amours ; leurs arcs sont faits du bois incorruptible de cet arbre, leurs flèches sont armées d’une de ses épines. Ces fiers enfants du désert, que rien ne peut soumettre, conçoivent un sentiment plein de délicatesse; peut-être ne savent-ils pas d’exprimer par des paroles, mais ils en trouvent l’expression dans une branche d’acacia fleuri. La jeune sauvage, comme la coquette des cités, entend ce langage séducteur et
1 La Fontaine, Adonis, poème.
ÉTÉ
elle reçoit, en rougissant, l’hommage de celui qui a su la toucher par le respect et par l'amour.
Il n’y a guère plus d’un siècle que les forêts du Canada nous ont cédé ce bel arbre. Le botaniste Robin, qui nous l’apporta le premier, lui donna son nom. L’acacia, en déployant dans nos bocages son ombre légère, ses fleurs odorantes et sa douce et fraîche verdure, semble y prolonger le printemps. Le rossignol aime à confier son nid à ce nouvel habitant de nos climats : l’aimable oiseau, comme rassuré par les longues et fortes épines qui protègent sa famille, descend quelquefois sur les dernières branches de l’arbre, pour faire entendre de plus près ses ravissants concerts.