LES FLEURS
üggi ans nos heureux climats leprin-
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temps se revêt d’une robe verte émaillée de fleurs, qui doit à la nature tous ses ornements. L’été, la tête couronnée de bluets et de coquelicots, fier de ses moissons dorées, reçoit de la main des hommes une partie de sa parure, tandis que l’automne
paraît tout chargé de fruits perfectionnés par notre industrie. Ici la pêche succulente est ornée des couleurs de la rose, l’abricot savoureux paraît couvert de tout l’or qui éclate au sein des renoncules, le raisin de la pourpre des douces violettes, et la pomme variée de l’éclat des brillantes tulipes : tous ces fruits ressemblent tellement à des fleurs, qu’on les croirait faits pour le plaisir des yeux ; et cependant partout ils font régner l’abondance, et l’automne qui les verse sur nos tables semble nous annoncer que la nature vient d’épuiser pour nous ses derniers bienfaits. Mais tout à coup une Flore nouvelle a paru dans nos champs. Cette déesse vagabonde, fille du commerce et de l’industrie, était inconnue aux beaux jours de la Grère et à la simplicité de nos bons aïeux. Occupée sans cesse à parcourir la terre depuis deux siècles, elle nous enrichit des dépouilles du monde. Elle arrive, et nos parterres tristes, abandonnés, se revêtent d’un nouvel éclat : la marguerite chinoise se mêle au riche œillet d’Inde, le réséda des bords du Nil croît au pied de la tubéreuse orientale ; l’héliotrope, la capucine et la belle-de-nuit du Pérou s’épanouissent à l’ombre du bel acacia de Constantinople ; le jasmin de Perse s’unit au jasmin de Virginie pour couvrir nos berceaux, pour embellir nos bocages ; la rose de Damas, la croix de Jérusalem, qui nous rappellent les croisades, lèvent leurs têtes éclatantes auprès de la persicaire d’Orient; et l’automne, qui ne trouvait jadis dans nos champs qu’un chapeau de pampres, s’étonne d’y revêtir de si riches ornements et de mêler à la verdure de ses couronnes des roses toujours fleuries qui croissent aux champs du Bengale. Ces biens
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si charmants, ces plaisirs si purs, nous les devons à ce bon Hemi IV 1 qui, en fondant le Jardin des Plantes, semblait vouloir unir par des chaînes de fleurs son peuple à tous les peuples du monde. Que j’aime à observer ces belles étrangères qui ont conservé parmi nous leur instinct et leurs habitudes naturelles ! La sensitive fuit sous ma main comme sous celle du sauvage américain , le souci d Afrique m’annonce, comme aux noirs habitants du désert, les jours secs ou pluvieux. Le liseron du Portugal me dit que, dans une heure, la moitié du jour sera écoulée, et la belle-de-nuit prévient l’amant timide qu’enfin l’heure du rendez-vous est près de sonner.
Dans leurs plus légers mouvements L’observateur voit un présage :
Celle-ci, par son doux langage, Indique la fuite du temps, üui la flétrit à son passage.
Sous un ciel encor sans nuage, Celle-là, prévoyant l’orage,
Ferme ses pavillons brillants.
Et, sur les bords d’un frais bocage.
Sommeille au bruit lointain des vents Si l’une, dès l’aube éveillée,
Annonce les travaux du jour Et, sur la prairie émaillée,
S’ouvre et se ferme tour à tour, L’autre s’endort sous la feuillée,
Et du soir attend le retour Pour marquer l’heure de l’amour Et les plaisirs de la veillée.
* On croit généralement que le Jardin du Roi fut fondé par Louis XIII ; mais Henri IV en eut la première idée. C’est au Louvre, au jardin de 1 Infante, qu’il se plaisait à faire cultiver les plantes que le voyageur Moquet lui apportait des différentes parties du monde. (Voyez les Voyages de Moquet .)
Le villageois, le laboureur,
Y voit le sort de sa journée;
Le lemps, le calme, la fraîcheur,
Les biefs et les maux de l’année;
Il I t toute sa destinée Dans le calice d’une fleur.