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LILAS

Première émotion d'amour

On a consacré le lilas aux premières émotions d’amour, parce que rien n’a plus de charmes que l’aspect de ce gracieux arbuste au retour du printemps. En effet, la fraîcheur de sa verdure, la flexibilité de ses rameaux, l’abondance de ses fleurs, leur beauté si courte, si passagère, leur couleur si tendre et si variée, tout en lui rappelle ces émotions célestes qui embellissent la beauté et prêtent à l’adolescence une grâce divine.

L’Albane n’a jamais pu fondre, sur la palette que lui avait confiée l’Amour, des couleurs assez douces, assez fraîches, assez suaves, pour rendre le velouté, la délicatesse et la douceur des teintes légères qui colorent le front de la première jeunesse. Ainsi van Spaendonck lui-même a laissé tomber son pinceau devant une grappe de lilas. La nature semble avoir pris plaisir à faire de chacune de ces grappes un massif, dont toutes les parties étonnent par leur délicatesse et leur variété. La dégradation de la couleur, depuis le bouton purpurin

PRINTEMPS

jusqu’à la fleur qui se décolore, est le moindre attrait de ces groupes charmants, autour desquels la lumière se joue et se décompose en mille nuances qui, toutes venant à se fondre dans la même teinte, forment cette heureuse harmonie qui désespère le peintre et confond l’observateur. Quel travail immense la nature a entrepris pour produire ce faible arbuste qui ne semble fait que pour le plaisir des sens! Quelle réunion de parfum, de fraîcheur, de grâces, de délicatesse ! quelle variété de détails, quelle beauté d’ensemble! Ah! sans doute, dès l’origine des choses, la Providence l’avait destiné à être le lien qui unirait un jour l’Europe à l’Asie. Le lilas, que le voyageur Busbeck nous apporta de la Perse, croît maintenant sur les montagnes de la Suisse et dans les forêts de l’Allemagne.

Le rossignol, au retour de ses voyages, en voyant ses thyrses abandonnés mariés aux rameaux de l’épine qu’il chérit, croit avoir à célébrer deux printemps.

A nos coteaux, à nos vergers,

Il raconte ses aventures;

Des villes, des champs étrangers,

Il fait de brillantes peintures,

Et prédit leurs courses futures Aux petits oiseaux passagers.

Ils peint leurs troupes vagabondes S’en allant au milieu des airs Chercher des rives plus fécondes;

Décrit le passage des mers

Et les prés fleuris des deux mondes;

Et, de l’hymne heureux du retour Faisant retentir les bocages,

Mêle encor les chants de l’amour Au doux récit de ses voyages 1

1 Aimé Martin, Lettres a Sophie.

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