CYPRÈS
Deuil.
Dans tous les lieux où ces arbres frappent nos regards, leur aspect lugubre pénètre d’idées mélancoliques. Leurs longues pyramides élevées vers le ciel gémissent agitées par les vents. La clarté du soleil ne saurait pénétrer leur sombre épaisseur, et, lorsque ses derniers rayons viennent à projeter leur ombre sur la terre, on dirait un noir fantôme.
Au milieu de nos bosquets fleuris, le cyprès s’élève parfois comme ces images de la mort que les Romains montraient à leurs convives au milieu même des transports de leur folle joie.
lio LE LANGAGE DES FLEURS.
Les anciens avaient consacré le cyprès aux Parques, aux Furies et à Pluton : ils le plaçaient auprès des tombeaux. Les peuples de l’Orient ont conservé le même usage. Chez eux, les champs de la mort ne sont pas nus et dévastés : couverts d’ombres et de fleurs, ce sont des lieux de fête, ce sont des promenades publiques qui rapprochent sans cesse les amis qui vivent de ceux qui les ont précédés. On sait quel respect les Orientaux ont pour le tombeau des ancêtres. Souvent, aux environs de Constantinople, on voit une famille d’ Arméniens se presser dans l’enceinte d’un monument funèbre. Les vieillards y méditent, les enfants s’y livrent à la joie, et quelquefois de jeunes amants viennent se jurer un constant amour en présence des amis qui leur restent et de ceux qu’ils ont perdus. Plus loin on voit aussi l’orphelin solitaire assis auprès du cyprès qui couvre ses parents; à la vue de leurs tombeaux, il se croit encore protégé par eux. La chaste veuve prosternée sur la pierre qui couvre son époux, prie, cherche dans cette image même de la mort l’espérance qui la console ; mais la triste mère qui a perdu ses enfants pleure et ne veut pas être consolée *.
Et toi, triste cyprès,
Fidèle ami des morts, protecteur de leur cendre,
Ta tige, chère au cœur mélancolique et tendre,
Laisse la joie au myrte et la gloire au laurier.
Tu n’es point l’arbre heureux de l’amant, du guerrier.
Je le sais ; mais ton deuil compatit à nos peines.
‘ Jérémie, xxv, 15.
AUTOMNE