‹ Le langage des fleursChapitre 60 sur 95 · GÉRANIUM ÉCARLATE · texte numérisé non relu

GÉRANIUM ÉCARLATE

Sottise.

Madame la baronne de Staël se fâchait toutes les fois que l’on tentait d’introduire dans sa société un homme sans esprit. Un jour un de ses amis risqua pourtant de lui présenter un jeune officier suisse, de la plus aimable figure. Cette dame, séduite par l’apparence, s’anima, et dit mille choses flatteuses au nouveau venu, qui d’abord lui sembla muet de surprise et d’admiration. Cependant, comme il l’écoutait depuis une heure nans ouvrir la bouche, elle commença à se méfier un peu de son silence, et lui adressa tout à coup des questions tellement directes, qu’il fallut bien y répondre. Hélas! le malheureux n’y répondit que par des sottises. Madame de Staël se tourne alors, fâchée d’avoir perdu sa peine et son esprit, vers son ami,' et lui dit : a En vérité, monsieur, vous ressemblez à mon jardinier, qui a cru

AUTOMNE

me faire fête en m’apportant ce matin un pot de géranium; mais je vous préviens que j’ai renvoyé cette fleur, en le priant de ne plus l’offrir à mes regards. — Eh! pourquoi donc? demanda le jeune homme tout ébahi. — C’est, monsieur, puisque vous voulez le savoir, que le géranium est une fleur bien vêtue de rouge : tant qu’on la regarde, elle plaît aux yeux; mais lorsqu’on la presse légèrement, il n’en sort qu’une odeur importune. » En disant ces mots, madame de Staël se leva et sortit, laissant, comme on le pense bien, les joues du jeune sot aussi rouges que son habit, ou que la fleur à laquelle il venait d’être comparé.

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