‹ Le langage des fleursChapitre 69 sur 95 · UN MONCEAU DE FLEURS · texte numérisé non relu

UN MONCEAU DE FLEURS

Nous mourrons ensemble.

On sait qu’un amas de fleurs et de fruits décompose l’air, en sorte qu'il n’est plus respirable et donne la mort.

Cette triste propriété a inspiré à un poëte allemand nommé Freiligrath une touchante élégie ; elle est intitulée : Vengeance des fleurs.

Au retour d’une course botanique, deux jeunes filles rentrent à la maison, ferment les fenêtres, se couchent et s’endorment. A leurs pieds, dans une corbeille, on voit les fleurs qu’elles viennent de cueillir. Imprudentes ! où donc est leur mère, et qui les avertira du péril qui les environne? Déjà l’air se décompose, l'atmosphère de la petite chambre pèse et n’est plus res-

pirable, et les deux jeunes filles oppressées se débattent silencieusement sur leur couche. Tout à coup, du sein de la corbeille de fleurs s’élèvent les esprits du narcisse et de la tubéreuse. Ce sont deux nymphes légères qui dansent en tournoyant et en chantant : Jeunes filles! jeunes filles! pourquoi nous avoir ôté la vie? La nature ne nous donne qu’un jour, et vous l’avez abrégé! Oh! que la rosée était douce! que le soleil était radieux! Et cependant il faut mourir! mais nous serons vengées!... Et, en chantant ainsi, les deux nymphes, toujours tournoyant, toujours gémissant, s’étaient approchées de la couche des jeunes filles, et elles leur soufflaient au visage leurs parfums empoisonnés. Pauvres enfants ! voyez comme leurs joues sont livides ! comme leurs lèvres sont pâles ! comme leurs bras sont enlacés ! Hélas! leur cœur ne bat plus, elles ont cessé de respirer ; elles sont mortes ensemble. Les fleurs sont vengées!

HIVER

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