GUI COMMUN
Je surmonte tout
Le gui est un petit arbuste qui croît au sommet des plus grands arbres; le chêne superbe devient son esclave, et le nourrit de sa propre substance. Les druides avaient une espèce d’adoration pour une faiblesse si supérieure à la force ; le tyran du chêne leur paraissait également redoutable aux hommes et aux dieux. Voici ce qu’ils contaient pour appuyer cette opinion : un jour Balder dit à sa mère Friga qu’il avait songé qu’il mourrait. Friga conjura le feu, les métaux, les maladies, l’eau, les animaux, les serpents, de ne faire aucun mal à son fils, et les conjurations de Friga étaient si puissantes, que rien ne pouvait leur résister. Balder allait donc dans les combats des dieux, au milieu des traits, sans rien craindre. Loke, son ennemi, voulut en savoir la raison ; il prit la forme d’une vieille, et vint trouver Friga. Il lui dit : « Dans les combats, les traits et les rochers tombent sur votre fils Balder sans lui faire de mal. — Je le crois bien, dit Friga ; toutes ces choses me l’ont juré ; il n’y a rien dans la nature qui puisse l’offenser : j’ai obtenu cette grâce de tout ce qui a quelque puissance; il n’y a qu’un petit arbuste à qui je ne l’ai pas demandée, parce qu’il m’a paru trop faible ; il était sur l’écore du chêne, à peine avait-il une racine ; il vivait sans terre ; il s’appelle mistiltein. C’était le gui. » Ainsi parla Friga. Loke aussitôt courut chercher cet arbuste ; et, venant à l’assemblée des dieux pendant qu’ils combattaient contre l’invulnérable
HIVER
Balder, car leurs jeux sont des combats, il s’approcha de l’aveugle Heder : « Pourquoi, lui dit-il, ne lancestu pas aussi des traits à Balder? — Je suis aveugle, répondit Heder, et je n’ai point d’armes. » Loke lui présente le gui de chêne et lui dit : Balder est devant toi. » L’aveugle Heder lance le gui ; Balder tombe percé et sans vie. Ainsi le fils invulnérable d’une déesse fut tué par une branche de gui lancée par un aveugle. Telle est l’origine du respect porté dans les Gaules à cet arbrisseau.