‹ Le langage des fleursChapitre 79 sur 95 · LAURIER FRANC · texte numérisé non relu

LAURIER FRANC

Gloire.

J ai vu en Italie, dans Y Isola hella, des lauriers grands comme des chênes. Sur l’écorce d’un de ces lauriers, on lisait : Marongo. Ce mot avait été tracé, par Bonaparte, un soir, à son passage, lorsqu’il allait rejoindre son armée. Personne alors n’eût deviné que l’illustre guerrier marquait ainsi d’avance le champ de sa victoire. Sous ce laurier, Bonaparte rêva l’empire du monde. Oh! grandeur! oh! misère! le mot avait duré plus que cet empire, plus que ce héros. On te déchiffrait encore en 1816, mais il allait bientôt disparaître en grandissant, comme le héros qui l’avait tracé, et qui np fut jamais plus grand qu’à Sainte-Hélène!

Les Grecs et les Romains consacrèrent des couronnes de laurier à tous les genres de gloire. Ils en ornèrent le front des guerriers et des poètes, des orateurs et des philosophes, des vestales et des empereurs. Ce bel arbuste croît en abondance dans l’île de Delphes, sur les bords du fleuve Pénée. Là, ses rameaux aromatiques et toujours verts s’élancent à la hauteur des plus grands arbres, et on prétend que, par une vertu secrète, ils éloignent la foudre des rives qu’ils enchantent.

La belle Daphné était la fille du fleuve Pénée ; elle fut aimée d’Apollon; mais, préférant la vertu à l’amour du plus éloquent des dieux, dans la crainte d’être séduite en l’écoutant, elle s’enfuit; Apollon la poursuivit; et, comme il allait l’atteindre, la nymphe invoqua son père, et fut changée en laurier. Son amant, ne pressant plus dans ses bras qu’une insensible écorce, fit entendre cette plainte :

Puisque du ciel la volupté jalouse Ne permet pas que tu sois mon épouse,

Sois mon arbre, du moins; que ton feuillage heureux Enlace mon carquois, mon arc et mes cheveux;

Aux murs du Capitole, à ces brillantes fêtes Où Rome étalera ses nombreuses conquêtes.

Tu seras des vainqueurs l’ornement et le prix.

Tes rameaux respectés, des foudres ennemis,

Du palais des Césars protégeront l’entrée ;

Et, comme de mon front la jeunesse sacrée N’éprouvera jamais les injures du temps,

Que ta feuille conserve un éternel printemps G

iM.de Saint-Ange, Métamorphoses d’Ooide.

HIVER

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