PETITE MARGUERITE
Innocence.
Malvina, penchée sur le tombeau de Fingal, pleurait le vaillant Oscar, et un fils d’Oscar, mort avant d’avoir vu le jour.
Les vierges de Morven, pour suspendre sa douleur, erraient souvent autour d’elle, en célébrant, par leurs chants, la mort du brave et celle du nouveau-né.
Le brave est tombé, disaient-elles ; il est tombé! et le bruit de ses armes a retenti dans la plaine; la maladie qui ôte le courage, la vieillesse qui déshonore les héros, ne sauraient plus l’atteindre ; il est tombé ! et le bruit de ses armes a retenti dans la plaine.
Reçu dans le palais des nuages où habitent ses ancêtres, il boit avec eux la coupe de l’immortalité. O fille d’Oscar ! sèche les larmes de ta douleur ; le brave est tombé ! il est tombé ! et le bruit de ses armes a retenti dans la plaine.
Puis, d’une voix plus douce, elles lui disaient encore :
L’enfant, qui n’a pas vu la lumière, n’a pas vu l’amertume de la vie; sa jeune âme, portée sur des ailes brillantes, arrive avec la diligente aurore dans le palais du jour. Les âmes des enfants qui ont, ainsi que lui, rompu sans douleur les entraves de la vie, penchées sur des nuages d’or, se présentent et lui ouvrent les portes mystérieuses de l’atelier des fleurs. Là, cette troupe innocente, ignorant le mal, s’occupe éternellement à renfermer dans d’imperceptibles germes les fleurs que chaque printemps doit faire éclore : tous les matins, cette jeune milice vient répandre ces germes sur la terre avec les pleurs de l’aurore ; des millions de mains délicates renferment la rose dans sonbouton, le grain de blé dans ses enveloppes, les vastes rameaux d’un chêne dans un seul gland, et, quelquefois, une forêt entière dans une semence invisible.
Nous l’avons vu, ôMalvina, nous l’avons vu, l’enfant que tu regrettes, bercé sur un léger brouillard ; il s’est approché de nous, et a versé sur nos champs une moisson de fleurs nouvelles. Regarde, Malvina, parmi ces fleurs, on en distingue une au disque d’or, environnée de lames d’argent ; une douce nuance de pourpre embellit ses rayons délicats ; balancée dans l’herbe par une brise légère, on dirait un petit enfant qui se joue dans la verte prairie. Sèche tes larmes, ô Malvina ! le brave est mort couvert de ses armes, et la fleur de ton sein a donné une fleur nouvelle aux collines du Cromla.
La douceur de ces chants suspendit la douleur de Malvina ; elle prit sa harpe d’or et répéta l’hymne du nouveau-né.
HIVER
Depuis ce jour, les tilles de Morven ont consacré la petite marguerite à la première enfance. C’est, disentelles, la fleur de l’innocence, la fleur du nouveau-né.