ROSE DE GUELDRE, OU BOULE-DE-NEIGE
Bonne nouvelle.
Il y a quelques années, en parcourant une des plus riantes contrées de la Suisse allemande, j’entendis raconter cette gracieuse légende :
Une jeune lille, à peine âgée de quinze aas, venait de mourir. Son âme errait autour de sa demeure. Elle ne pouvait se décider à quitter, même peur le ciel, les champs qu’elle avait tant aimés. Tout à coup son ange gardien lui apparaît; heureux de combler ses désirs, il lui demande en quelle fleur elle veut être transformée : « Vois, lui dit-il, tu habiteras le jardin ou la prairie! » Et, passant en revue toutes les fleurs de la contrée : « Veux-tu être tulipe? — Non, lui dit-elle, car la tulipe est sans parfum. — Un lis? — Il s’élève trop au-dessus des autres fleurs. — Une rose? — Elle a des épines qui blessent. — Un brillant camélia? — Non, non, reprit la jeune fille; et, s’il m’était permis de choisir, je voudrais être une rose de Gueldre 1 . — Quoi! dit l’ange étonné, tu veux fleurir quand toute la nature est morte ! Crains les vents glacés et l’hiver, ils te frapperont, et tu mourras sans avoir connu les caresses du zépbir ! — Soit, dit la jeune fille, je ne vivrai qu’un jour, mais dans ce jour j’annoncerai le printemps! »
Un poète aimable aurait pu dire avec des fleurs ce
* Vulgairement la Boule-de-Neige.
qu’il a si gracieusement exprimé dans les vers qui sui- | vent
Aimer est un plaisir charmant,
C’est un bonheur qui nous enivre Et qui produit l’enchantement.
Avoir aimé, c’est ne plus vivre;
Hélas! c’est avoir acheté Cette accablante vérité,
Que les serments sont un mensonge,
Que l’amour trompe tôt ou tard.
Que l’innocence n’est qu’un art,
Et que le bonheur n’est qu’un songe 1 .
* Le chevalier de Parny.