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AUBÉPINE

Espérance.

ue tout s’anime d’espcrance et de joie, l’hirondelle a paru dans les airs , le rossignol a gémi dans nos bocages, les fleurs de l’aubépine ont annoncé la durée des beaux jours. Pauvres vignerons ! rassurez - vous , la froide brise ne viendra plus détruire le tendre bourgeon, espoir de vos longs travaux. Heureux laboureurs ! le souffle du rude aquilon ne jaunira point vos plaines verdoyantes; vous les verrez, quand le temps sera venu , se dorer des rayons du soleil. Trop heureux si, en cultivant voire héritage , vous en avez marqué les bornes par une haie d’aubépine ! de tristes murs ne viendront point vous attrister.

La verdure, les fleurs et les fruits vont tour à tour réjouir vos yeux ; de brillants concerts vont sans cesse réjouir vos oreilles : le pinson, la fauvette, le chardonneret, le rossignol et le tarin sont de retour de leurs longs voyages; accueillez avec joie ces hôtes charmants, ils viennent pour vous servir, et non pour vous dépouiller. La chenille qui ravage vos arbres, le ver qui pique vos fruits, voilà la seule pâture qu’ils destinent à leurs familles. L'hiver, attirés par les cenelles éclatantes que la main de la ménagère n’aura pas recueillies *, vous verrez le merle et la grive, dont les tardives amours auront empêché le départ ; ils vous apprendront qu’il ne faut rien craindre des rigueurs du froid, car une saison trop dure les éloigne toujours de nos champs ; mais alors même ils ne sont point abandonnés : l’aimable rouge-gorge, quittant ses bois solitaires, s’approchera peut-être de vos rustiques foyers. Surtout que vos enfants n’attentent point à sa liberté , qu’à la vue de sa confiance et de son malheur leurs cœurs s’ouvrent à la pitié , que leurs petites mains s’avancent avec précaution pour soulager la misère d’un pauvre oiseau. Hélas ! il ne demande que quelques miettes inutiles. Que vos enfants les lui accordent : il ne faut souvent qu’une bonne action pour faire germer la vertu dans de jeunes âmes.

Les Troglodytes, qui rappelèrent l’âge d’or sur la terre par des mœurs simples, couvraient, en riant, les parents que la mort leur avait enlevés de branches

1 Les cenelles sont les fruits de l’aubépine, on en peut faire une boisson agréable.

PRINTEMPS

d’aubépine, car ils regardaient la mort comme l’aurore d’une vie où l’on ne se séparerait plus. A Athènes, des jeunes filles portaient aux noces de leurs compagnes des branches d’aubépine ; l’autel de l’hyménée était éclairé par des torches faites du bois de cet arbuste, qui, comme on le voit, a toujours été l’emblème de l’espérance.

Il nous annonce de beaux jours; il promettait aux belles Grecques d’heureux mariages, et aux sages Troglodytes une vie immortelle.

L’homme se traîne, hélas ! de malheurs en malheurs ;

Par sa mère enfanté dans le sein des alarmes,

A ses gémissements répondant par ses larmes,

Il entre dans le monde escorté de douleurs :

L’espérance en ses bras le prend, sèche ses pleurs,

Et le berce et l’endort L

P RI MEVÈRE

Première jeunesse.

Les houppes safranées de la primevère nous annoncent l’époque de l’année où l’hiver, en se retirant, voit les bords de son manteau de neige ornés d’une broderie de verdure et de fleurs. Ce n’est plus la saison des frimas, ce n’est pas encore celle des beaux jours. Ainsi une jeune fille balance quelques instants entre l’enfance et la jeunesse. A peine la timide Aglaé a vu naître son quinzième printemps, et déjà elle ne peut plus partager les jeux folâtres de ses jeunes compagnes. Cependant elle les contemple, et son cœur brûle

i L 'Espérance, poëme de Saint-Victor.

de les suivre ; elle voudrait, à leur exemple, réunir les fleurs de la primevère pour en former ces boules parfumées qu’on se jette, qu’on reçoit et qu’on se jette encore. Mais un dégoût qu’elle ne peut vaincre éloigne du cœur de cette jeune beauté les innocentes joies. Une pâleur touchante se répand sur son front, sa tête se penche, son cœur languit et soupire ; il souhaite, il redoute un bien qu’il ignore ; elle a ouï dire que, comme le printemps succède à l’hiver, les plaisirs de l’amour succèdent à ceux de l’enfance. Pauvre fille ! tu les connaîtras, ces plaisirs toujours mêlés d’amertume et de pleurs, le retour de la primevère te les annonce aujourd’hui; mais cette fleur te dit aussi que l’heureux temps de l’enfance ne peut plus renaître pour toi. Hélas ! dans quelques années elle reviendra te dire encore que l’amour et la jeunesse ont fui sans retour.

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