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TULIPE, CHÈVREFEUILLE, CAMPANULE

PRINTEMPS

amour. Telle que la nature la fait croître aux champs de Byzance, avec ses pétales de feu et son cœur brûlé, elle va dire, malgré les grilles et les verrous, à la beauté captive, qu’un amant soupire pour elle, et que, si elle daigne se montrer un moment, sa vue mettra son visage en feu et son cœur en charbon. Ainsi un jeune homme naïf, sortant des mains de la nature, présente un hommage sans fard; bientôt façonné par le monde, comme la tulipe par les mains du jardinier, il sera plus aimable, plus enjoué, il saura plaire, il aura cessé d’aimer.

La tulipe, sous le nom de tulipan, ou de turban, coiffe le front superbe de ces Turcs 1 barbares, qui adorent sa fleur et en font l’emblème de l’amour. Idolâtres de sa tige élégante et du beau vase qui la couronne, ils ne peuvent se lasser d’admirer les panaches d’or, d’argent, de pourpre, de lilas, de violet, de rouge foncé, de rose tendre, de jaune, de brun, de blanc, et de tant d’autres nuances qui se jouent, se marient, se rejoignent, se séparent sur ces riches pétales sans jamais s’y confondre.

Dès les premiers jours du printemps, on célèbre dans le sérail du Grand Seigneur la fête des tulipes. On dresse des échafauds, on prépare de longues galeries, on y place des gradins en amphithéâtre, on les recouvre des plus riches tapis, et bientôt ils sont chargés d’un nombre infini de vases de cristal, couronnés des plus belles tulipes du monde. Le soir venu, tout s’illumine; les bougies répandent les odeurs les plus exquises, des lampions de couleur brillent de tous côtés

> Jardin d’hiver ou Cabinet des fleurs, contenant vingt-six élégies les plus rares et signalées par Jean Franeau. Un vol. in-4°, imprimé à Douai en 1616.

comme des guirlandes d’opales, d’émeraudes, de saphirs, de diamants et derubis ; une quantité prodigieuse d’oiseaux renfermés dans des cages d’or, tous éveillés par ce spectacle, confondent leur ramage avec les mélodieux accords des instruments que touchent d’invisibles musiciens ; une pluie d’eau rose rafraîchit les airs ; les portes s’ouvrent, et les jeunes odalisques viennent mêler l’éclat de leurs charmes et de leur parure à celui de cette fête enchantée.

Au centre du sérail on voit le pavillon du Grand Seigneur ; le sultan, nonchalamment étendu sur des coussins,'y paraît au milieu des présents qu’étalent à ses pieds les seigneurs de sa cour; un nuage est sur son front ; il voit tout d’un air farouche. Quoi ! le chagrin a-t-il pénétré jusqu’à ce mortel tout-puissant? a-t-il perdu une de ses provinces? craint-il la révolte de ses fiers janissaires?Non, deux pauvres esclaves ont seuls troublé son cœur. Il a cru voir, pendant les solennités de la fête, un jeune icoglan présenter une tulipe à la beauté qui le captive. Le sultan ignore les secrets réservés aux amants : cependant une inquiétude vague est entrée dans son cœur; la jalousie le tourmente et l’obsède; mais que peut ce sentiment, que peuvent les grilles et les verrous contre l’amour? Un regard et une fleur ont suffi à ce dieu malin pour changer un affreux sérail en un lieu de délices et pour venger la beauté outragée par des fers.

Les tulipes ont aussi leurs adorateurs en Europe.

Ce fut depuis 1644 jusqu’à 1647 que la tulipomanie exerça son influence en Hollande. Dans ces années, les tulipes y montèrent à des prix énormes et enrichirent

PRINTEMPS

beaucoup de spéculateurs. Les fleuristes estimaient surtout quelques espèces, auxquelles ils donnaient des noms particuliers. L’espèce la plus précieuse était celle qu’on nommait semper auguslus; on l’évaluait à deux mille florins ; on prétendait qu’elle était si rare, qu’il n’existait que deux fleurs de cette espèce, l’une à Harlem, l’autre à Amsterdam. Un particulier, pour en avoir une, offrit quatre mille six cents florins, avec une belle voiture attelée de deux chevaux et tous les accessoires ; un autre céda pour un oignon douze arpents de terre.

La passion pour les tulipes tournait la tête à tout le monde. Ceux qui ne pouvaient s’en procurer faute d’argent comptant en acquéraient par un échange de terres et de maisons. Les fleuristes et d’autres particuliers qui se mêlaient de la culture des fleurs firent en trèspeu de temps une fortune immense; dès lors toutes les classes de la société voulurent faire le commerce des tulipes ; un parterre de tulipes était le plus grand trésor qu’on pût avoir, et valait autant que le plus magnifique château. On raconte qu’un matelot, ayant apporté des marchandises à un négociant qui cultivait des tulipes pour ses spéculations, reçut de celui-ci pour déjeuner un hareng, avec lequel le matelot s’en alla : en chemin, il vit des oignons dans le jardin; et, croyant que c’étaient des oignons communs, il les mangea tranquillement avec son hareng. Dans ce moment le négociant arriva, et s’écria dans son désespoir : « Malheureux, ton déjeuner m’a ruiné; j’en aurais pu régaler un roi ! »

MÉNYANTE

Calme, repos.

Le long de ce lac dont l’eau argentée reflète un ciel sans nuages, voyez-vous ces grappes aussi blanches que la neige? Une teinte rose colore légèrement le revers de ces belles fleurs, et une touffe de filaments d’une grande délicatesse et d’une blancheur éblouissante s’échappe de ces coupes d’albâtre. Aucune expression ne peut rendre l’élégance de cette plante. Mais, pour ne jamais l’oublier, il suffit de l’avoir vue une seule fois se balancer mollement sur le bord des eaux, dont elle semble augmenter la transparence et la fraîcheur. Le ményante ne fleurit jamais pendant les jours orageux, il lui faut du calme pour s’épanouir; mais ce calme dont il jouit, il semble le répandre autour de lui.

avril

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