‹ Le langage des fleursChapitre 10 sur 81 · PREMIÈRE JEUNESSE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE JEUNESSE

Les houppes safranées de la primevère nous annoncent l’époque de l’année où l’hiver, en se retirant, voit les bords de son manteau de neige ornés d’une broderie de verdure et de fleurs. Ce n’est plus la saison des frimas, ce n’est pas encore celle des beaux jours. Ainsi une jeune fille balance quelques instants entre l’enfance et la jeunesse. A peine la timide Aglaé a vu naître son quinzième printemps, elle voudrait encore, mais elle ne peut plus partager les jeux folâtres de ses jeunes compagnes. Cependant elle les contemple, et son cœur brûle de les suivre, elle voudrait à leur exemple réunir les fleurs de la primevère pour en former ces boules parfumées qu’on se jette, qu’on reçoit et qu’on se jette encore. Mais un dégoût qu’elle ne peut vaincre éloigne du cœur de cette jeune beauté les innocentes joies. Une pâleur touchante se répand sur son front, sa tête se penche, son cœur languit et soupire, il souhaite, il redoute un bien qu’il ignore ; elle a ouï dire que, comme le printemps succède à l’hiver, les plaisirs de l’amour succèdent à ceux de l’enfance. Pauvre fille, tu les connaîtras ces plaisirs toujours mêlés d’amertume et de

pleurs! le retour de la primevère te les annonce aujourd’hui, mais cette fleur te dit aussi que l’heureux temps de l’enfance ne peut plus revenir pour toi. Hélas ! dans quelques années elle reviendra te dire encore que l’amour et la jeunesse ont fui sans retour

Ütgrte.

Page 1