‹ Le langage des fleursChapitre 9 sur 81 · CALME, REPOS · texte numérisé non relu

CALME, REPOS

Le long de ce lac dont l’eau argentée reflète un ciel sans nuages, voyez-vous ces grappes aussi blanches que la neige? une teinte rose colore légèrement le revers de ces belles fleurs, et une touffe de filaments d’une grande délicatesse et d’une blancheur éblouissante s’échappe de ses coupes d’albâtre. Aucune expression ne peut rendre l’élégance de cette plante. Mais, pour ne jamais l’oublier, il suffit de l’avoir vue une seule fois se balancer mollement sur le bord des eaux, dont elle semble augmenter la transparence et la fraîcheur. Le ménianthe ne fleurit jamais pendant les jours orageux, il lui faut du calme pour s’épanouir; mais ce calme dont il jouit, il semble le répandre autour de lui.

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Que tout s’anime d’espérance et de joie, l’hirondelle a paru dans les airs, le rossignol a gémi dans nos bocages, les fleurs de l’aubépine ont annoncé la durée des beaux jours. Pauvres vignerons, rassurez-vous, la froide bise ne viendra plus détruire le tendre bourgeon, espoir de vos longs travaux. Heureux laboureurs, le souffle du rude aquilon ne jaunira point vos plaines verdoyantes; vous les verrez, quand le temps sera venu, se dorer sous les rayons du soleil. Trop heureux si, en cultivant votre héritage, vous en avez marqué les bornes par une haie d’aubépine : de tristes murs ne viendront point vous attrister. La verdure, les fleurs et les fruits vont tour à tour réjouir vos yeux; sans cesse environné de brillants concerts, vous verrez le pinson, la fauvette, le chardonneret, le rossignol et le tarin embellir votre enclos au retour de leurs longs voyages ; accueillez avec joie ces hôtes charmants, ils viennent

pour vous servir et non pour vous dépouiller. La chenille qui ravage vos arbres, le ver qui pique vos fruits, voilà la seule pâture qu’ils destinent à leurs familles. L’hiver, attiré par les snélas éclatantes qu’une main trop économe n’aura pas recueillies (1), vous verrez le merle et la grive, dont les tardives amours auront empêché le départ ; ils vous apprendront qu’il ne faut rien craindre des rigueurs du froid, car une saison trop dure les éloigne toujours de nos champs ; mais alors même ils ne sont point abandonnés : l’aimable rouge-gorge, quittant ses bois solitaires, s’approchera peut-être de vos rustiques foyers. Surtout que vos enfants n’attentent point à sa liberté ; qu’à la vue de sa confiance et de son malheur, leurs cœurs s’ouvrent à la pitié, que leurs petites mains s’avancent avec précaution pour soulager la misère d’un pauvre oiseau. Hélas ! il ne demande que quelques miettes inutiles. Que vos enfants les lui accordent, il ne faut souvent qu’une bonne action pour faire germer la vertu dans de jeunes âmes.

Les Troglodytes, qui rappelèrent l’âge d’or sur la terre par des mœurs simples, couvraient en riant les parents que la mort leur avait enlevés de branches d’aubépine, car ils regardaient la mort comme l’aurore d’une vie où on ne se séparerait plus. A Athènes, de

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jeunes filles portaient aux noces (le leurs compagnes des branches d’aubépine, l’autel de l’Hyménée était éclairé par des torches faites du bois de cet arbuste, qui, comme l’on voit, a toujours été l’emblème de l’espérance.

II nous annonce les beaux jours, il promettait aux belles Grecques d’heureux mariages, et aux sages Troglodytes une vie immortelle.

L’homme se traîne, hélas! de malheurs en malheurs;

Par sa mère enfanté dans le sein des alarmes,

A ses gémissements répondant par ses larmes,

Il entre dans le monde escorté de douleurs :

L’espérance en ses bras le prend, sèche ses pleurs,

Et le berce et l’endort (1).

• (1) Poème de VEspérance de Saint-Victor.

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