PEINE, CHAGRIN
J’ai vu dans une riche collection un joli petit tableau de madame Lebrun. Cette aimable artiste avait représenté le chagrin sous la forme d’un jeune homme pâle, languissant, dont la tête penchée semblait accablée sous le poids d’une guirlande de soucis. Tout le monde connaît cette fleur dorée, qui est l’emblème des peines de lame : elle offre à l’observateur plusieurs singulantes remarquables : on la voit fleurir toute l’année • c’est pourquoi les Romains l’appelaient fleur des calendes, c’est-à-dire de tous les mois. Ses fleurs ne sont ouvertes que depuis neuf heures du matin jusqu’à trois heures de l’après-midi; cependant, elles se tournent toujours vers le soleil, et suivent son cours d’orient en occident. Pendant les mois de juillet et d’août, ces fleurs laissent échapper, durant la nuit, de petites étincelles lumineuses : elles ont cela de commun avec la fleur de la capucine, et plusieurs autres de la même couleur.
On peut modifier de cent façons la triste signification du souc. Un, aux roses, il est le symbole des douces peines de l’amour; seul, il exprime l’ennui ; tressé avec diverses fleurs, il représente la chaîne inconstante de
la vie, toujours mêlée de biens et de maux. En Orient, un bouquet de soucis et de pavots exprime cette pensée : « Je calmerai vos peines. » C’est surtout par des modifications semblables que le langage des fleurs devient l’interprète de tous nos sentiments.
Marguerite d’Orléans, aïeule maternelle de Henri IV, avait pour devise un souci tournant son calice vers le soleil, et pour âme :
Je ne veux suivre que lui seul.
Cette vertueuse princesse entendait, par cette devise, que toutes ses pensées, toutes ses affections, se tournaient vers le ciel, comme la fleur du souci vers le soleil.
u; langage
Ucscîla.