‹ Le langage des fleursChapitre 36 sur 81 · CHARMES TROMPEURS · texte numérisé non relu

CHARMES TROMPEURS

Souvent arrêtée par la mollesse, une indolente beauté languit tout le jour et se cache aux rayons du soleil. La nuit, brillante de coquetterie, elle se montre à ses amants. La lumière incertaine des bougies, complice de ses artifices, lui prête un éclat trompeur; elle séduit, elle enchante. Cependant son cœur ne connaît plus l’amour, il lui faut des esclaves, des victimes. Jeune homme imprudent, fuyez à l’approche de cette enchanteresse; pour aimer et pour plaire la nature suffit, 1 art est inutile. Celle qui l’emploie est toujours perfide et dangereuse.

Les fleurs du dalura, semblables à ces beautés nocturnes, languissent sous un feuillage sombre et fané, tant que le soleil nous éclaire. Mais, à l’entrée de la nuit, elles se raniment, déploient leurs charmes, et étalent ces cloches immenses que la nature a revêtues de pourpre doublée d’ivoire, et auxquelles elle a confié un parfum qui attire, qui enivre; mais qui est si dangereux, qu’il asphyxie, même en plein air, ceux qui le respirent.

Combien de ravissantes harmonies naissent de toutes parts de l’alliance des plantes avec les animaux! Le papillon embellit la rose, le rossignol prête sa voix à nos bosquets, l’abeille, en butinant, anime la fleur qui lui cède un doux trésor. Ainsi dans toute la nature l’insecte est ordonné à la fleur, l’oiseau à l’arbre, le quadrupède à la plante. L’homme seul peut jouir de l’ensemble des choses, et lui seul aussi peut rompre la chaîne de consonnance et d’amour par laquelle tout est lié dans l’univers. Sa main avide et imprudente veut-elle ravir un animal aux climats qui l’ont vu naître, ne songeant qu’à ses propres convenances, il oublie le plus souvent la plante qui aurait fait oublier à son nouvel esclave les douceurs de la patrie. Apportet-il la plante, il néglige l’insecte qui l’anime, l’oiseau qui l’embellit, et le quadrupède qui se nourrit de ses feuilles et se repose sous son ombrage. Voyez le jasmin de Virginie avec sa belle verdure et ses fleurs de pourpre, il reste toujours étranger parmi nous. Toujours nous lui préférons notre aimable chèvrefeuille, dont l’abeille vient sucer le miel, la chèvre brouter la ver-

dure, et qui offre son fruit à des légions de merles, de

. cr-- 'uwiw. UC

fauvettes, de pinsons et de chardonnerets. Sans doute le riche jasmin de Virginie balancerait tous ces avantages a nos yeux, si nous le voyions animé par l’oiseaumouche de la Floride, qui, dans les vastes forêts du nouveau monde, préfère ce beau feuillage à tout autre abri. « Il fait son nid dans une de ses feuilles qu’il “ r ° U,e en coruet J H trouve sa vie dans ses fleurs rou- “ ges ’ semb,a bles à celles de la digitale, dont il lèche " IeS . gIandes nectarées; il y enfonce son petit corps “ qU A ' paraît dans ces fl eurs comme une émeraude en- “ Châssée dans du eorail, et il entre quelquefois si “ a ™ nt ’ fl"’' 1 s > ,aiss e prendre (1). „ Ce petit être est 1 âme, la vie, le complément de la plante qu’il chérit j séparée de cet hôte aérien, cette belle liane n’est plus qu’une veuve désolée, qui a perdu tous ses charmes.

UES FLEURS

|Jt6ôcnUt ou Bcnt-be-lTûm.

Page 1