‹ Le langage des fleursChapitre 37 sur 81 · ORACLE · texte numérisé non relu

ORACLE

Portez-vous vos pas dans la plaine, sur la pente des collines, ou sur le haut des montagnes, regardez à vos pieds, vous ne tarderez pas à y découvrir des rosaces de verdure toutes couvertes de fleurs dorées, ou de sphères légères et transparentes. Déjà vous reconnaissez cet ami de votre enfance ; c’est le pissenlit, c’est l’oracle des champs ; partout on peut le consulter. Les pissenlits, comme les enfants des hommes, sont généralement répandus sur le globe ; on les trouve dans les quatre parties du monde, sous le pôle et sous l’équateur, aux bords des eaux et sur les rochers arides ; partout ils se présentent à la main qui veut les cueillir, ou à l’œil qui veut les consulter; leurs fleurs, qui se ferment et qui s’ouvrent à certaines heures, servent d’horloge au berger solitaire ; et ses houppes emplumées lui prédisent le calme ou l’orage :

Il lit au sein des fleurs, il voit sur leur feuillage,

Les desseins de l’autan, l’approche de l’orage.

Mais ses boules légères servent encore à de plus doux usages. Vit-on loin de l’objet de sa tendresse, on dé-

tache avec précaution une de ces petites sphères transparentes ; on charge chacun des petits volants qui la composent d’une tendre pensée,- puis on se tourne vers les lieux habités par la bien-aimée, on souffle, et tous ces petits voyageurs, messagers fidèles, portent à ses pieds vos secrets hommages Désire-t-on savoir si cet objet si cher s’occupe de nous, comme nous nous occupons de lui, on souffle encore ; et s’il reste une seule aigrette, c’est la preuve qu’il ne nous oublie pas; mais cette seconde épreuve, il faut la faire avec précaution; on doit souffler bien doucement; car à aucun âge, pas meme à l’âge brillant des amours, il ne faut pas souffler trop fort sur les douces illusions qui embellissent la vie.

iTcs fleure.

Dans nos heureux climats le printemps se revêt (l’une robe verte émaillée de fleurs qui doit à la nature tous ses ornements. L’été, la tête couronnée de bluets et de coquelicots, fier de ses moissons dorées, reçoit de la main des hommes une partie de sa parure, tandis que l’automne paraît toute chargée de fruits perfectionnés par notre industrie. Ici la pêche succulente est ornée des couleurs de la rose, l’abricot savoureux paraît tout couvert de tout l’or qui éclate au sein des renoncules, le raisin de la pourpre des douces violettes, et la pomme variée de l’éclat des brillantes tulipes : tous ces fruits ressemblent tellement à des fleurs qu’on les croirait faits pour le plaisir des yeux ; et cependant partout ils font régner l’abondance, et l’automne qui les

verse sur nos tables semble nous annoncer que la na ture vient (l’épuiser pour nous ses derniers bienfaits. Mais tout à coup une Flore nouvelle a paru dans nos champs. Cette déesse vagabonde, fille du commerce et de 1 industrie, était inconnue aux beaux jours de la Grece et à la simplicité de nos bons aïeux. Occupée sans cesse à parcourir la terre depuis deux siècles, elle nous enrichit des dépouilles du monde. Elle arrive, et nos parterres tristes, abandonnés, se revêtent d’un nouvel éclat : la marguerite chinoise se mêle au riche œillet d’Inde 5 le réséda des bords du Nil croît au pied de la tubéreuse orientale; l’héliotrope, la capucine et la belle-de-nuit du Pérou s’épanouissent à l’ombre du bel acacia de Constantinople; le jasmin de Perse s’unit au jasmin de Virginie pour couvrir nos berceaux, pour embellir nos bocages; la rose de Damas, la croix de Jérusalem, qui nous rappellent les croisades, lèvent leurs têtes éclatantes auprès de la persicaire d’Orient; et 1 automne, qui ne trouvait jadis dans nos champs qu un chapeau de pampres, s’étonne d’y revêtir de si riches ornements et de mêler à la verdure de ses couronnes les roses toujours fleuries qui croissent aux champs du Bengale. Ces biens si charmants, ces plaisirs si purs, nous les devons à ce bon Henri IV ( 1 ) qui,

t ' e , Jardin des

uemi IY en eut la première idée. C'est au Louvre/au

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en fondant le Jardin des plantes, semblait vouloir unir par des chaînes de fleurs son peuple à tous les peuples du monde. Que j’aime à observer ces belles étrangères qui ont conservé parmi nous leur instinct et leurs habitudes naturelles ! La sensitive fuit sous ma main comme sous celle du sauvage américain ; le souci d’Afrique m’annonce, comme aux noirs habitants du désert, les jours secs ou pluvieux. Le liseron de Portugal me dit que, dans une heure, la moitié du jour sera écoulée, et la belle-de-nuit prévient l’amant timide qu’enfin l’heure du rendez-vous est prête à sonner.

Dans leurs plus légers mouvements L’observateur voit un présage :

Celle-ci, par son doux langage,

Indique la fuite du temps Qui la flétrit à son passage.

Sous un ciel encor sans nuage,

Celle-là, prévoyant l’orage.

Ferme ses pavillons brillants;

Et sur les bords d’un frais bocage,

Sommeille au bruit lointain des vents.

Si l’une, dès l’aube éveillée,

Annonce les travaux du jour,

Et, sur la prairie émaillée,

S’ouvre et se ferme tour à tour;

L’autre s’endort sous la feuillée,

Et du soir attend le retour,

Pour marquer l’heure de l’amour Et les plaisirs de la veillée.

jardin de l’infante, qu’il se plaisait à faire cultiver les plantes que le voyageur Moquet lui apportait des différentes parties du monde (Voyez les Voyages

de Moquet)

Le villageois, le laboureur Y voit le sort de sa journée;

Le temps, le calme, la fraîcheur,

Les biens et les maux de l’année.

Il lit toute sa destinée Dans le calice d’une fleur.

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