‹ Le langage des fleursChapitre 39 sur 81 · SOUVENEZ-VOUS DE MOI ; NE M’OUBLIEZ PAS · texte numérisé non relu

SOUVENEZ-VOUS DE MOI ; NE M’OUBLIEZ PAS

Je n’ai vu nulle part le myosotis palustris aussi beau et en aussi grande abondance, que sur les bords d’un ruisseau aux environs de Luxembourg. Les villageois appellent ce ruisseau le Bain des fées ou la Cascade du chêne enchanté 5 ces deux noms lui viennent sans doute de la beauté de sa source qui s’échappe, en murmurant, du pied d’un chêne aussi vieux que le monde. Les eaux de ce ruisseau bondissent d’abord de cascades en cascades sous une longue voûte de verdure, qu’elles n’abandonnent que pour couler lentement dans une vaste prairie : là, elles apparaissent à l’œil enchanté comme un long filet d’argent. La rive la plus exposée au midi est seule couverte d’une épaisse bordure de myosotis ; les jolies fleurs de cette plante brillent au mois de juillet d’un bleu semblable à celui du ciel ; elles se penchent alors comme si elles prenaient plaisir à se mirer dans le cristal de cette eau, dont rien n’égale la pureté. Souvent les jeunes filles descendent des remparts de la ville, et viennent aux jours de fête danser sur les bords de ce ruisseau. En les voyant couronnées des fleurs qu’il arrose, on les prendrait pour autant

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de nymphes, qui célèbrent des jeux en l’honneur de lànaïade du chêne enchanté. L’auteur des Lettres à Sophie dit avec raison que le myosotis eût été chez les anciens le sujet d’une touchante métamorphose, peutetre moins touchante que la vérité. J’ai entendu raconter en Allemagne, ajoute-t-il, que « dans les temps an- « ciens, deux jeunes amants, à la veille de s’unir, se s< promenaient sur les bords du Danube; une fleur d’un « bleu céleste se balance sur les vagues qui semblent « prêtes à l’entraîner; la jeune fille admire son éclat et " P^int sa destinée. Aussitôt l’amant se précipite, saisit “ la tige fleurie, et tombe englouti dans les flots. On « dit que, par un dernier effort, il jeta cette fleur sur « le rivage, et qu’au moment de disparaître pour ja- « mais, il s’écriait encore : Aimez-moi, ne m’oubliez « pas ! »

Pour exprimer l’amour, ces fleurs semblent éclore; Leur langage est un mot, mais il est plein d’appas ' Dans la main des amants elles disent encore : Aimez-moi, ne m’oubliez pas (1)!

Quand on vit pour la première fois la reine marguerite briller dans nos parterres, on lui donna le nom d’astre chinois. Effectivement ses belles fleurs rayonnent comme des astres et nous viennent de la Chine.

Nous les devons au père d’Incarville, missionnaire, qui en envoya la graine vers 1730 au Jardin du roi. On n’en obtint d’abord qu’une variété simple, et d’une couleur uniforme; mais dans la suite la culture doubla, quadrupla et varia à l’infini les demi-fleurons satinés qui couronnent son disque. Une des plus belles variétés transforme les fleurons dorés de ses larges disques, en tuyaux semblables à la peluche des anémones. On a supposé, bien à tort, que les Chinois ne connaissaient que la fleur simple et violette qui nous a d’abord été envoyée; ils possèdent toutes les variétés que nous admirons, et ils savent même tirer parti de ces variétés pour former avec les reines marguerites, des décorations dont aucune expression ne saurait rendre l’effet harmonieux. Pour préparer ces décorations, ils cultivent ces fleurs dans des pots, puis ils séparent les couleurs, les nuances, les disposent avec un art in-

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fini, de manière qu’elles se développent en longs tapis, sans se séparer ni se confondre. Souvent ils doublent cet effet, en plaçant ce théâtre de fleurs au bord d’une pièce d’eau. J’ai voulu essayer cette décoration dont un célèbre voyageur m’avait beaucoup parlé, mais il m’a manqué, pour en rendre tout l’eflFet, la profusion des fleurs, la variété des nuances dans la même couleur, et surtout cette admirable patience chinoise, qui ne connaît point d’obstacles : cependant mon petit théâtre, qui était plutôt rayé que dégradé, plaisait à tous les yeux, et plusieurs personnes se sont étonnées, comme moi, qu’on n’ait rien tenté de semblable pour la décoration de nos jardins et pour celle de nos fêtes.

Emblème de la variété, la reine marguerite doit à une heureuse culture ses principaux charmes; c’est la main habile du jardinier qui a environné ses disques d’or de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel. Ainsi l’étude peut varier sans cesse les grâces d’un esprit naturel. Majestueuse et brillante, la reine marguerite n’est pas l’impudente rivale de la rose, mais elle lui succède et vient nous consoler de son absence.

tubéreuse.

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