ASILE, SECOURS
Les anciens avaient consacré cet arbuste aux Euménides ; la fumée de ses rameaux verts était l’encens qu’ils offraient de préférence aux dieux infernaux 5 on brûlait ses baies pendant les funérailles, pour en écarter les maléfices. Le simple villageois de nos campagnes croit encore que le parfum des grains de genièvre purifie l’air, et écarte les mauvais génies de son humbb toit.
Les Anglais et les Chinois aiment à décorer leurs jardins de cet arbre sauvage, qui se panache quelquefois d’un jaune doré, mais qui se plie toujours difficilement à la culture ; libre, il aime à croître sur la lisière des forêts : des êtres faibles èt timides cherchent souvent un asile sous ses longues branches qui couvrent le sol ; le lièvre aux abois vient avec confiance se blottir sous ses tiges, dont l’odeur forte met les chiens en défaut ; souvent la grive lui confie sa famille, et s’engraisse de
Il y a dans les végétaux quelque chose qui nous appelle, nous attire ou nous repousse. L’if est, chez tous les peuples, l’emblème de la tristesse : un tronc dépouillé d’écorce, une verdure sombre, sur laquelle contraste durement un fruit rouge semblable à des gouttes de sang, tout en lui avertit le voyageur de s’éloigner de son dangereux ombrage (1). Cet arbre fait périr les plantes, et épuise la terre qui le nourrit. Nos aïeux, guidés par un sentiment naturel, aimaient à le voir croître dans leurs cimetières 5 ils destinaient son ombre à la mort, et son bois à la guerre : ce bois servait à faire des arcs, des lances et des arbalètes ; les Grecs l’employaient aux mêmes usages ; longtemps même il servit de parure à nos jardins, où on le tourmentait, pour lui donner les formes les plus bizarres ; aujourd’hui sa culture est tout à fait abandonnée. En Suisse, où il croît mal, les paysans ont une grande vénération pour lui; ils l’appellent l’arc à Guillaume, et il est défendu de le dépouiller de ses branches. En Hollande, dans des
(1) Si on dort à l’ombre d’un if, la tête s’embarrasse, elle devient lourde, et bientôt on éprouve de violentes douleurs. Les branches d’if empoisonnent les
ânes et les chevaux, son suc est dangereux pour l’homme, et cependant ses
fruits ne sont pas malfaisants, car les enfants en mangent impunément.
jardins qui doivent tout à l’art, où tout est symétrie, où le sable même des allées est rangé par compartiments, on voit souvent s’élever aux quatre coins d’un carré parfait, des vases, des pyramides, ou d’immenses boules d’if, qui rappellent les anciens chefs-d’œuvre de nos anciens jardiniers. Les Grecs, qui avaient des idées plus justes des véritables beautés de la nature, affectés, comme nous, du triste aspect de cet arbre, avaient imaginé que la malheureuse Smilax, qui vit son amour méprisé du jeune Crocus, était renfermée sous son écorce. Dans ces beaux climats, toutes les plantes par laient aux hommes des héros, des dieux, ou de l’amour ; écoutons leur voix, elles nous parleront aussi de la Providence, qui, après les avoir prodiguées à nos besoins, en réserve quelques-unes à nos plaisirs ou à nos ennuis : cette mère attentive présente, parmi les végétaux, des hochets à notre enfance, des couronnes à notre jeunesse, à tous les âges des fruits exquis, des lits commodes et de délicieux ombrages. Sommes-nous mélancoliques, le saule nous appelle par de doux murmures; amoureux, le myrte nous offre ses fleurs; riches, le marronnier nous donne ses fastueux ombrages; tristes, l'if vient s’oflrir, il semble nous dire : Fuyez le chagrin, il dévaste le cœur comme je dévaste le terrain qui me nourrit; la tristesse est aussi dangereuse à I homme que mon ombre l’est aux voyageurs
Malvina, penchée sur le tombeau de Fingal, pleurait le vaillant Oscar, et un fils d’Oscar mort avant d’avoir vu le jour.
Les vierges de Morven, pour suspendre sa douleur, erraient souvent autour d’elle, en célébrant, par leurs chants, la mort du brave et celle du nouveau-né.
Le brave est tombé, disaient-elles; il est tombé! et le bruit de ses armes a retenti dans la plaine : la maladie, qui ôte le courage ; la vieillesse, qui déshonore les héros, ne sauraient plus l’atteindre; il est tombé, et le bruit de ses armes a retenti dans la plaine.
Reçu dans le palais de nuages où habitent ses ancêtres, il boit avec eux la coupe de l’immortalité. O fille de Toscar ! sèche les larmes de la douleur ; le brave est tombé; il est tombé, et le bruit de ses armes a retenti dans la plaine !
Puis, d’une voix plus douce, elles Jui disaient en core : L’enfant qui n’a pas vu la lumière, n’a pas connu l’amertume de la vie; sa jeune âme, portée sur des ailes brillantes, arrive avec la diligente aurore dans les palais du jour. Les âmes des enfants qui ont, ainsi
que lui, rompu sans douleur les entraves de la vie, penchées sur des nuages d’or, se présentent, et lui ouvrent les portes mystérieuses de l’atelier des fleurs. Là, cette troupe innocente, ignorant le mal, s’occupe éternellement à renfermer, dans d’imperceptibles ger¬
mes, les fleurs que chaque printemps doit faire éclore : tous les matins celle jeune milice vient répandre ces germes sur la terre avec les pleurs de l’aurore ; des millions de mains délicates renferment la rose dans son bouton, le grain de blé dans ses enveloppes, les vastes rameaux d’un chêne dans un seul gland, et. quelquefois, une forêt entière dans une semence invisible.
Nous l’avons vu, ô Malvina! nous l’avons vu, l’enfant que tu regrettes, bercé sur un léger brouillard ; il s’est approché de nous, et a versé sur nos champs une moisson de fleurs nouvelles. Regarde, ô Malvina! parmi ces fleurs on en distingue une au disque d’or environné de lames d’argent; une douce nuance de pourpre embellit ses rayons délicats ; balancée dans l’herbe par une brise légère, on dirait un petit enfant qui se joue dans la verte prairie. Sèche tes larmes, ô Malvina ! le brave est mort couvert de ses armes, et la fleur de ton sein a donné une fleur nouvelle aux collines du Cromla.
La douceur de ces chants suspendit la douleur de
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Coubrter.