‹ Le langage des fleursChapitre 66 sur 81 · PAIX, RÉCONCILIATION · texte numérisé non relu

PAIX, RÉCONCILIATION

Il fut un temps où aucun lien n’unissait les hommes entre eux; sourds aux cris de la nature, l’amant abandonnait sa maîtresse en sortant de ses bras ; la mère arrachait à son fils expirant un fruit sauvage dont il voulait apaiser sa faim. Le malheur les réunissait-il un moment, soudain la vue d’un chêne chargé de glands, ou d’un hêtre couvert de faînes, les rendait ennemis. Alors la terre était remplie de deuil. Il n’y avait ni lois, ni religion, ni langage : l’homme ignorait son génie ; sa raison sommeillait, et souvent on le vil plus cruel que les bêtes féroces dont il imitait les affreux hurlements.

Les dieux eurent pitié des humains; Apollon et Mercure se firent des présents et descendirent sur la terre. Le dieu de l’harmonie reçut du fils de Maïa une écaille de tortue dont il avait fait une lyre, et lui donna en échange une verge de coudrier, qui avait la puissance de faire aimer la vertu, et de rapprocher les cœurs divisés par la haine et l’envie. Ainsi armés, les deux fils de Jupiter se présentent aux hommes. Apollon chante d’abord la sagesse éternelle qui a créé l’uni-

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vers; il dit comment les éléments furent produits, comment l’amour unit d’un doux lien toutes les parties de la nature; et enfin comment les hommes doivent apaiser, par des prières, le courroux des dieux : à sa voix, vous eussiez vu les mères pâles et tremblantes s’avancer, tenant leurs petits enfants entre leurs bras; la farm fut suspendue, la vengeance s’enfuit de tous les cœurs. Alors Mercure toucha les hommes de la baguette que lui avait donnée Apollon. Il leur délia la langue, et leur apprit à peindre la pensée par des paroles. Ensuite il leur enseigna que l’union fait la force, et qu’on ne peut rien tirer de la terre sans un mutuel secours. La piété filiale, l’amour de la patrie naquirent à sa voix pour unir le genre humain, et il fit du commerce le lien du monde. Sa dernière pensée fut la plus sublime ; car elle fut consacrée aux dieux; et il apprit aux hommes à s’élever jusqu’à eux par l’amour et la bienfaisance.

Ornée de deux ailes légères environnées de serpents, la baguette de coudrier, donnée au dieu de l’éloquence par le dieu de l’harmonie, est encore, sôus le nom de caducée, le symbole de la paix, du commerce et de la réconciliation.

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