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DÉCLARATION D’AMOUR

Sur les rives du Bosphore, la tulipe est l’emblème de l’inconstance ; mais elle est aussi celui du plus violent amour. Telle que la nature la fait croître aux champs de Byzance, avec ses pétales de feu et son cœur brûlé, elle va dire, malgré les grilles et les verrous, à la beauté captive, qu’un amant soupire pour elle ; et que, si elle daigne se montrer un moment, sa vue mettra son visage en feu et son cœur en charbon. Ainsi, un jeune homme naïf, sortant des mains de la nature, présente un hommage sans fard : bientôt, façonné par le monde, comme la tulipe par les mains du jardinier, il sera plus aimable, plus enjoué, il saura plaire, il aura cessé d’aimer.

La tulipe, sous le nom de tulipan ou de turban, coiffe le front superbe de ces Turcs (1) barbares, qui adorent sa fleur et font porter des fers à la beauté. Idolâtres de sa tige élégante, et du beau vase qui la couronne, ils ne peuvent se lasser d’admirer les panaches d’or, d’argent, de pourpre, de lilas, de violet, de rouge foncé, de rose

(1) Jardin d'hiver, ou Cabinet des fleurs, contenant vingt-six élégies les plus rares, et signalées par Jean Franeau. Un vol. in-4», imprimé à Douai en

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tendre, de jaune, de brun, de blanc, et de tant d’autres nuances, qui se jouent, se marient, se rejoignent, se séparent sur ses riches pétales sans jamais s’y confondre.

Dès les premiers jours du printemps, on célèbre, dans le sérail du Grand Seigneur, la fête des tulipes. On dresse des échafauds, on prépare de longues galeries, on y place des gradins en amphithéâtre, on les recouvre des plus riches tapis, et bientôt ils sont chargés d’un nombre infini de vases de cristal, couronnés des plus belles tulipes du monde. Le soir venu, tout s’illumine ; les bougies répandent les odeurs les plus exquises, des lampions de couleur brillent de tous côtés comme des guirlandes d’opales, d’émeraudes, de saphirs, de diamants et de rubis; une quantité prodigieuse d’oiseaux renfermés dans des cages d’or, tous éveillés par ce spectacle, confondent leurs ramages avec les mélodieux accords des instruments que touchent d’invisibles musiciens; une pluie d’eau rose rafraîchit les airs : les portes s’ouvrent, et les jeunes odalisques viennent mêler l’éclat de leurs charmes et de leurs parures à celui de cette fête enchantée.

Au centre du sérail on voit le pavillon du Grand Seigneur : le sultan, nonchalamment étendu sur des coussins, y paraît au milieu des présents qu’étalent à ses pieds les seigneurs de sa cour; un nuage est sur

mira

il.»

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