‹ Le Langage intʹerieur et les diverses formes de l'aphasieChapitre 13 sur 68 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

APERÇU SUR LA FORMATION ET LE DÉVELOPPEMENT DE LA FONCTION DU LANGAGE CHEZ L'INDIVIDU

Nous avons l'intention de montrer, dans ce chapitre, comment se constitue, chez l'individu, la fonction du langage. Cette étude, que nous présenterons en raccourci, est une préface indispensable aux développements dans, lesquels nous devons entrer plus loin. Elle nous conduira naturellement à faire ressortir ce qu'est le langage en général et à préciser la signilicalion du mot langage intérieur.

Il ne s'agit pas ici de rechercher comment, par voie de transformations et de perfectionnements successifs, l'espèce humaine est arrivée à conquérir cette « faculté » si variée dans ses manifestations, si riche en procédés, la faculté du langage, telle que nous l'observons chez les individus appartenant aux milieux çâ\\1\sa\s. la,

2 IsE fc, £AfcGAGE INTÉRIEUR ET I^ APHASIE

question de l'origine du langage est une de celles qui

divisel&})Ius les philologues, et jusqu'à ce jour elle est

restêfe^soluM 6 - Entre le langage élémentaire des ani-

•DjauxVqui s'expriment par le geste et les cris 1 , et le

. laqgage articulé ou écrit, attribut de notre espèce,

/>."& y a des différences si profondes que beaucoup de

£>/* 'psychologues ont eu peine à admettre que le second

„„/ dérivât directement du premier. On a môme opposé,

sous le nom de langage naturel, la mimique et les cris,

communs aux animaux et à l'homme, au langage dit

artificiel qui comprendrait la parole et l'écriture.

Cette distinction radicale entre les deux modes de l'expression, l'un émotionnel, l'autre rationnel, a été adoptée par plusieurs philologues (Max Muller, Renan). Bien plus, elle a servi de base à la définition de l'aphasie telle que l'ont donnée quelques auteurs. C'est ainsi que pour M. Proust 2 et M. Grasset 3 , l'aphasie serait constituée par la perte du langage artificiel et la conservation du naturel. Il ne paraît pas cependant y avoir un infranchissable abîme entre les deux modes du langage. A la vérité l'application à la linguistique de la doctrine de l'évolution n'a pas encore établi sur une base qui soit à l'abri de toute critique, la descendance du langage articulé. Il y a toutefois de bonnes raisons pour admettre, au moins à titre d'hypothèse plausible, l'idée indiquée déjà par Lucrèce 4 , formulée avec une remarquable pré cision, il y a plus d'un siècle, parle président de Brosses B et défendue à notre époque par l'illustre linguiste A.

1. Voir Ch. Darwin, De l'expression des émotions chez les animaux.

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