Paulhan, loc. cit., p
thécaire de la Société de lecture de Genève, nous détachons le passage suivant :
« Quand je pense à un mot ou à une phrase, je vois assez nettement ce mot ou cette phrase imprimés en caractères ordinaires, ou écrits de mon écriture ou de toute autre écriture ; les lettres d'un mot se détachent assez bien, et les intervalles entre chaque mot écrit eh noir m'apparaissent aussi. Je les vois en blanc. Toutes mes représentations de mots sont surtout visuelles. Pour retenir un mot que j'entends pour la première fois , il me faut lui donner tout de suite une orthographe ; de môme, quand j'écoute une conversation qui m'intéresse et que je veux me rappeler, il m'arrive souvent de me représenter au fur et à mesure la conversation écrite. »
Le célèbre orateur Hérault de Séchelles était aussi un visuel, comme on peut en juger par ce passage de ses écrits relaté par M. Bernard i : « Écrire, dit-il, la mémoire se rappelle mieux ce qu'elle a vu par écrit. S'en faire comme un tableau dans lequel on lise en quelque sorte, au moment où Von parle. — J'ai observé que la mémoire, du moins pour moi, tenait surtout à la place où j'avais vu une chose. Avais-je un souvenir confus de je ne sais quoi ? peu à peu je reportais mon esprit à la place, et la place me rendait l'idée que j'y avais eue. »
Nous avons tenu à rapporter les faits qui précèdent parce qu'ils nous ont paru de nature à donner, mieux que toute description, une idée de la prédominance des images visuelles de mots chez quelques individus.
Il résulte ce qui suit , des développements dans lesquels nous venons d'entrer : 1° si le plus grand nombre des représentations visuelles sont des représentations
1. Hérault de Séchelles, Réflexions sur la déclamation , opuscule posthume qui se trouve dans un volume intitulé : Voyage à Montbart. Paris, an IX, p. 78. Cité par D. Bernard, De l'aphasie, Paris, 1885, P. *9.
d'objets, il existe aussi, chez les personnes éduquées, des représentations visuelles verbales ; 2° ces représentations verbales tiennent d'ordinaire dans le langage intérieur une place moins importante que les images auditives ; 3° chez certaines personnes cependant, en vertu d'une organisation et peut-être aussi d'une éducation spéciales, les images visuelles de mots ont la prééminence, et les représentations auditives sont reléguées à l'arrière-plan. En d'autres termes , il y a des visuels, comme il y a des auditifs.