ÉTUDE DESCRIPTIVE DES IMAGES VERBALES MOTRICES
Les Moteurs.
On sait à combien d'hésitations et de tâtonnements l'enfant est obligé pour arriver à parler puis à écrire correctement. Il faut qu'il s'opère dans les centres nerveux, par l'éducation et l'apprentissage, une coordination des mouvements nécessaires à la parole et à récriture, ou, comme dit M. Ribot, des associations dynamiques secondaires, plus ou moins stables, qui s'ajoutent aux associations anatomiques primitives et permanentes. Une fois ces associations constituées, l'enfant parle et écrit d'une façon réflexe et tout automatique. Les mouvements de la parole et de l'écriture sont en effet ce qu'Harlley appelle des mouvements automatiques secondaires.
Mais le mouvement automatique et coordonné n'est pas le seul élément physiologique qui intervienne pendant l'acte de parler ou d'écrire. Il est constamment accompagné d'un phénomène de sensibilité, en vertu duquel nous avons conscience des mouvements exécutés par la langue, les lèvres, le larynx pour la parole, par
l'articulation et l'écriture mentales ¥f
la main pour récriture. La sensation que nous percevons ainsi se dépose dans le cerveau sous forme d'image ou de souvenir. Ce souvenir constitue la mémoire des mouvements coordonnés de la parole et des mouvements coordonnés de l'écriture, chacune de ces mémoires résumant une collection d'images ou de représentations motrices, les représentations motrices d articulation et les représentations motrices graphiques.
Nous allons dire quelques mots des unes et des autres.
A. Images ou représentations motrices d'articulation. — On a beaucoup discuté sur la nature de ces images ou représentations du mouvement. On s'est demandé si elles étaient centrifuges ou centripètes, en d'autres termes si elles étaient l'accompagnement naturel et obligé du phénomène cérébral qui commande les mouvements de la parole, ou si au contraire elles résultaient des impressions périphériques recueillies pendant l'exécution du mouvement. Tandis que Bain, par exemple, soutient avec Wundt, Lewes et quelques autres « que la sensibilité qui accompagne les mouvements musculaires coïncide avec le courant centrifuge d'énergie nerveuse et ne résulte pas, comme dans le cas de sensation pure, d'une influence centripète passant par les nerfs afférents ou sensitifs J », Ferrier, Gh. Bastian,- M. Charcot admettent, avec la plupart des physiologistes contemporains, l'existence d'un sens musculaire analogue aux autres sens, c'est-à-dire procédant par voie d'impressions centripètes 2 . Reproduire ici les arguments nombreux d'ordre physiologique ou patho-
1. Bain, les Sens et Vintelligence, tr. fr. Germer Baillière, 1874.
2. Voir à ce sujet : Ch. Bastian, Opinions relatives à l'existence et à ta nature du sens musculaire, in le Cerveau organe de la pensée, t. U, Appendice. Paris, 1882.
logique qui militent en faveur de cette dernière opinion, nous entraînerait sans profit hors de notre sujet. Nous . considérons donc la sensation nette ou confuse, suivant les individus, qui accompagne l'acte de la parole ou de l'écriture et lui survit sous forme d'image, comme un phénomène de réception secondaire (Gharcot).
Les images motrices, qui résultent de ce phénomène, existent sans aucun doute chez chacun de nous. Mais les auteurs ne sont pas d'accord sur l'importance du rôle qu'il convient de leur attribuer dans le langage intérieur. Entre M. Egger, notamment, et M. Stricker *, le dissentiment est formel : pour M. Stricker les images motrices de mots sont les images prépondérantes, ce sont elles qui tiennent le pas dans le langage intérieur; nous n'entendons pas notre pensée , nous la parlons. D'après M. Egger au contraire, les représentations motrices de mots ont peu d'importance et sont à reléguer à l'arrière-plan. Elles sont dominées de beaucoup par les représentations auditives. Nous ne parlons pas notre pensée, nous Y entendons.
Une contradiction aussi nette, entre deux auteurs également recommandables , aurait de quoi nous surprendre, s'il n'était aisé d'en trouver la raison. M. Egger et M. Stricker ont péché en généralisant leur cas propre. Ce qu'avance M. Egger est vrai pour M. Egger qui est auditif, et cesse de l'être pour M. Stricker qui est moteur. Le premier entend sa pensée; le second, nous allons le voir, la parle mentalement.
Ce qui précède suffit à établir que les représentations motrices d'articulation, pas plus que les représentations verbales auditives ou visuelles, n'ont, chez chacun de nous, la môme vivacité et la môme importance. Elles existent vraisemblablement chez tout le monde (j'en-