‹ Le Langage intʹerieur et les diverses formes de l'aphasieChapitre 46 sur 68 · Proust, Arch. gén. de médecine, V>&fc · texte numérisé non relu

Proust, Arch. gén. de médecine, V>&fc

verbale, et par conséquent raccompagner lorsque celleci est constituée. Cette vue théorique , que nous ne pouvons encore appuyer sur les faits, nous paraît conforme à ce que nous savons de Tordre de dissolution des souvenirs visuels. Les images visuelles de notes , chez ceux du moins qui ne font pas de la lecture musisicale l'objet de leurs occupations courantes, sont vraisemblablement moins adhérentes que les images verbales, acquises depuis la plus tendre enfance et tous les jours renouvelées chez les personnes qui lisent. Si Ton veut jeter quelque lumière sur celte question de la cécité musicale, il sera donc nécessaire de préciser les relations exactes que ce trouble présente avec la cécité verbale, de rechercher si, dans Tordre d'établissement, il précède ou suit cette dernière , et si cet ordre n'est' pas d'ailleurs variable avec les individus selon qu'ils ont été éduqués à lire peu, beaucoup, ou journellement la musique.

Nous venons de passer en revue les désordres que la cécité verbale détermine dans la faculté de la lecture. Il nous reste à rechercher dans quelle mesure ces désordres retentissent sur les autres opérations du langage. Ni la parole spontanée ou répétée , ni la faculté de comprendre les mots entendus ne sont intéressées lorsque la cécité verbale est pure de complications et du fait seul de cette cécité. On peut supposer cependant que le langage oral puisse se trouver plus ou moins atteint par une cécité des mots survenant chez un visuel. Chez ce dernier, en effet, beaucoup de mots ne sont prononcés qu'après avoir été lus mentalement: on conçoit donc que l'effacement des images visuelles puisse être de nature à troubler la parole volontaire. Mais c'est là, je me hâte de le dire, une pure hypothèse que jusqu'à présent aucun fait, à ma connaissance, ne légitime.

L'écriture est dans une plus étroite dépendance delà lecture que la parole. L'enfant apprend à lire avant d'apprendre à écrire, et l'écriture n'est souvent qu'une sorte die oopie de la vision mentale. Cependant on ne trouve dans les observations utilisables à cet effet, rien qui autorise à admettre, au moins comme absolue, cette subordination de la faculté d'écrire correctement à celle de lire. Les lettres rédigées par M. P..., le négociant de T..., après l'apparition de la cécité verbale , n'étaient pas moins correctes que celles écrites avant l'accident

M. Bernard observe avec raison que jusqu'à présent il n'existe pas un cas de cécité verbale pure suivie d'agraphie. Il est juste de relever cependant que chez, la malade de MM. d'Heilly et Chantemesse, atteinte de surdité et cécité verbales, il existait de l'agraphie, bien qu'à l'autopsie on n'ait pas constaté de lésion de la deuxième frontale. Mais on ne peut pas tirer grand parti de ce fait, car il n'est pas mentionné dans l'observation si la malade écrivait facilement avant sa maladie. — On a dit que les malades atteints de cécité des mots écrivaient comme s'ils avaient les yeux fermés. La comparaison n'est exacte qu'à demi. Lorsqu'on a les yeux formés, on peut encore lire mentalement, eteette vision intérieure des caractères et des syllabes peut concourir à guider la main, dans une certaine mesure. Or la vision mentale fait défaut chez les malades dont nous nous occupons.

A priori on pourrait s'attendre à ce que la perte de la faculté de lire entraînât nécessairement à sa suite la perte de la faculté de copier. 11 n'en est rien cependant. Mais ici il faut distinguer deux catégories de cas. Les malades qui relèvent de la première, copient les mois comme ils feraient d'un dessin, ou comme nous copierions nous-mêmes du sanscrit ou de l'hébreu, suivant In compnrmson de Gairdnew Mixvà (VwiVrcs» Y\^\v^v^\vt

en écrivant et traduisent l'imprimé en cursive. M. Bernard * a rapporté un cas très curieux de cet ordre. — Il nous paraît difficile de donner une interprétation de ces faits.

Les malades mis par la cécité dans l'impossibilité de comprendre, à la lecture, les mots imprimés ou écrits , ont recours quelquefois à un procédé ingénieux, à l'aide duquel ils arrivent , malgré leur infirmité , à saisir le ^ens des mots placés devant eux. Ils ne peuvent plus éveiller l'idée en évoquant l'image visuelle du mot , puisque les images visuelles sont effacées ; mais ils y arrivent en évoquant l'image motrice graphique. Voici en effet le phénomène relevé dans quelques cas , notamment chez un malade de Westphal 2 et aussi chez le négociant de T.., dont nous avons parlé précédemment. Ces malades déchiffraient assez aisément le sens des mots qu'ils avaient à lire, en reproduisant avec la main les mouvements nécessaires pour écrire le mot. M lle Skwortzoff, dans une de ses observations, a noté une particularité analogue : l'aphasique dont il s'agit , incapable de lire les mots écrits , lisait aisément par l'intermédiaire du toucher, lorsqu'on lui mettait sous la main des mots constitués de caractères en relief. Ces faits de suppléance présentent, on le conçoit, au point de vue du mécanisme du langage, le plus grand intérêt. Ils nous expliquent en outre certaines particularités observées chez les malades : si quelquesuns de ces derniers, par exemple, lisent plus aisément les caractères écrits que les imprimés, cela tient à ce qu'ils reproduisent plus facilement avec la main les premiers que les derniers.

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