COUP D'ŒIL SUR LES APHASIES COMBINÉES
ET LES APHASIES
DE CONDUCTIBILITÉ (Leitungs Aphasies)
Dans l'étude que nous venons de poursuivre, nous nous sommes attaché à isoler les unes des autres les formes typiques de l'aphasie ; nous avons montré que chaque groupe d'images est susceptible de s'effacer isolément; que, daps certains cas, cet effacement d'un groupe a peu ou point de retentissement sur le fonctionnement des autres groupes ; que quelquefois , au contraire, par suite des relations qu'entretiennent entre elles les diverses formes de la représentation verbale, la perte d'un groupe d'images peut gêner le jeu des autres groupes : c'est ainsi que nous avons vu la surdité verbale amener parfois à sa suite, et du seul fait de son existence, la difficulté de la parole et de la lecture.
Mais on conçoit que le désordre cérébral, au lieu de se limiter à l'abolition d'une catégorie de représentations, puisse s'étendre à plusieurs simultanément, qu'il efface par exemple les images verbales visuelles en même temps que les auditives , les images motrices graphiques en môme temps que les images motrices d'articulation. De pareilles combinaisons ne sont pas rares et nous en donnerons plus loin la raison. L'ana-
lyse clinique, en présence de ces cas complexes, s'entourera quelquefois, on le devine, de grandes difficultés. Il nous serait facile de rapporter ici bon nombre d'exemples de ces aphasies combinées ; les monographies en sont encombrées. La relation de pareils faits ne présenterait ni utilité ni intérêt.
Mais il est un groupe de troubles du langage sur lequel nous devons nous arrêter quelques instants. II s'agit des formes d'aphasie qu'on désigne en Allemagne sous le nom d'aphasies de conductibilité (Leitungs Aphasies). Ces formes ne résultent pas de l'effacement d'un groupe d'images , mais de la rupture des relations qu'entretiennent entre elles les images des divers groupes. Pour parler le langage anatomique, elles ne tiendraient pas à la lésion d'un des centres où sont conservées les représentations verbales, mais à l'altération des conducteurs qui relient chaque centre à ses congénères.
Quelques exemples permettront de mieux saisir ce dont il s'agit. Une malade, dont M. Déjérine * a rapporté l'observation, présentait, entre autres troubles , celuici : elle lisait très facilement, mais sans comprendre, bien que l'intelligence fût suffisamment conservée. « Les mots écrits lus par elle à haute voix n'éveillaient en elle aucune idée, elle lisait pour ainsi dire d'une façon réflexe, sans comprendre aucunement ce qu'elle lisait, comme si elle eût fait une lecture en langue étrangère. » Chez cette malade, ce n'était évidemment ni le centre verbal visuel, ni le centre intellectuel qui étaient détruits, puisque d'une part elle était intelligente et que, d'autre part, la vue du mot réveillait les
1. Déjérine, Comm. à la Société de biologie, 1880. Le texte de cette observation, publiée dans la thèse de M ,Ic Skwortzoff, et celui que nous trouvons dans le compte rendu delà Soc. de biologie (Prog. méd. t 629), diffèrent un peu quant à la forme.
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représentations visuelles verbales. On ne peut expliquer le trouble que par la rupture des communications entre. le centre visuel verbal et le centre intellectuel. L'image du mot, dans ce cas, n'éveillait plus l'idée de V objet.
Prenons un autre exemple : Dans l'observation de surdité verbale rapportée par Franckel, le patient répétait facilement les mots prononcés devant lui, mais ne comprenait pas ces mots. Il est encore, dans ce cas, impossible de rapporter le trouble à une lésion du centre des représentations auditives puisque le malade entendait assez les mots pour les répéter. Force est d'admettre une rupture des relations entre le centre verbal auditif et le centre intellectuel , puisque la compréhension du mot n'avait pas lieu, quoique l'image auditive de ce mot fût éveillée.
D'autres faits se rattachent à l'interruption des communications non plus entre le centre intellectuel et les centres verbaux auditif ou visuel, mais entre les centres verbaux eux-mêmes. C'est ainsi que, d'après Wernicke, Kussmâul, Lichtheim, la paraphasie serait symptomatique d'une rupture des relations établies entre le centre des représentations auditives verbales et celui des représentations motrices d'articulation. De même la paragraphie tiendrait à la cessation des communications entre les centres auditif et visuel d'une part et le centre des représentations motrices graphiques d'autre part.
Le moment n'est pas venu de tracer une étude d'ensemble de ces aphasies de conductibilité indiquées par Ch. Bastian i et plfis tard par Wernicke. Sauf des exceptions très peu nombreuses, ni les faits cliniques, ni surtout les faits anatomo - pathologiques ne nous