STONES
En somme, pour le psychologue comme pour le linguiste, il y a, entre l’observation du langage tout
formé et celle du langage en voie de création, la même:
différence que du minéralogiste qui étudie un cristal à
la loupe et au creuset, au chimiste qui suit des yeux le"
travail même de la cristallisation.
Subsidiairement, s’il est constant que le martien de M'e Smith n'est fait que de ses souvenirs linguistiques, combinés, réfractés, gauchis, altérés en divers sens, il demeurera établi, — ce qui, paraît-il, a besoin
de l’être aux yeux de certaines personnes, — mais
celles-ci ne lisent guère nos livres, — il demeurera,
dis-je, établi qu'elle n'a jamais visité la planète Mars
et que les cosmographies scientifiques peuvent, jusqu'à plus ample informé, se dispenser d'insérer les renseignements qu'elle nous en rapporte.
Par toutes ces raisons, dont la dernière est naturelle- «
ment la moindre, j ai cru pouvoir affronter le ridicule #
de consacrer une étude linguistique à une langue qui «
n'existe pas. Ceux-là seuls m'en pourraient blâmer,
qui méconnaîtraient l'importance des expériences «
hypnoôtiques et la part de plus en plus grande qu’elles sont appelées à prendre, à mesure de leurs progrès,
dans la construction d’une psychologie vraiment objec- :
tive, débarrassée des entités scolastiques qui encombraient l’ancienne, et intimement unie à la physiologie. Mais ceux qui sauront gré à M. Flournoy d’avoir longuement, en 400 pages, décrit toutes les intéressantes variations du thème subconscient de M!° Smith, ne sauraient m'en vouloir d’avoir détaché l’une d'elles,