PRÉFACE
« L'application de la méthode pathologique à la
psychologie, écrit M. Th. Ribot',na pas besoin d'être légitimée ; elle a fait ses preuves. Les résultats acquis sont trop nombreux et trop connus pour qu'il y ait besoin de les énumérer. Cette méthode, en effet, a deux principaux avantages : V elle est un instrument de grossissement ; elle amplifie le phénomène normal ; l'hallucination fait mieux comprendre l'image, et la suggestion hypnotique éclaire la suggestion qui se rencontre dans la vie ordinaire; 2® elle est un instrument précieux d'analyse... »
C'est sous le couvert de cette imposante autorité que je me permets de placer les pages qu'on va lire. Etant admis d'après ces prémisses que le langage créé par une glossolale doit reproduire et nous permettre de saisir avec la netteté qui résulte de Tob.servation directe les procédés inconscients et subconscients du langage normal, quel était le meilleur moyen de tirer
1. La Psycliolofiic clet< Senti nientt< (Paris, Alcaii, 1896), p. 62.
parti des documents linguistiques consignés dans le curieux ouvrage de M. Flournoy ?
J'aurais pu, évidemment, ne donner aucune place à rhypothèse, écarter d'emblée tous les mots d'étymologie obscure ou douteuse, me taire partout où je n'avais pas le droit d'affirmer, me borner, en un mot, à mettre en relief les rapprochements frappants et sûrs entre le martien et telle ou telle autre langue réellement existante. Mais, outre qu'alors mon étude eût été presque inutile, puisqu'elle n'aurait rien contenu que tout lecteur de M. Flournoy n'eût pu remarquer de lui-même avec un peu d'attention, elle aurait mérité par ailleurs le reproche d'insincérité ; incomplète tout au moins, elle n'eût pas été concluante. Une langue, quelle qu'elle soit, est un ensemble: on ne l'explique pas en en détachant quelques mots faciles et jetant tous les autres a;ux gémonies ; il faut, surtout en matière aussi délicate et inexplorée, que la donnée certaine et la conjecture s'entrelacent, s'étaient et se contrôlent perpétuellement l'unel'autre, et je dirais volontiers que la première est sans valeur si la seconde ne lui sert de correctif et de repoussoir. De même donc jque M. .Flournoy nous a donné intégralement, sans choix, les quarante phrases martiennes qu'il a recueillies de la bouche de M"® Smith, de même et comme lui, je me suis cru autorisé, — je dis plus, — obligé, du moment que je tentais l'entreprise, à passer au crible, sans exception ni réserve, les 300 mots dont ces phrases m'avaient permis de dresser le répertoire.
J'y ai été encouragé surtout par Taccueil qu'il a fait à mes premiers essais d'interprétation, quand je les lui ai communiqués à titre privé ; car je ne m'aventurais pas sans hésitation sur un terrain si nouveau pour moi et pour tout le monde. Je ne saurais assez dire la franche cordialité, la confraternelle estime et la bonne grâce que m'a témoignées dès l'abord Téminent psychologue, soit qu'il me donnât à entendre que telle de mes analyses linguistiques confirmait une de ses thèses favorites sur la pensée et le rêve, soit qu'il me fournît, libéralement et sans compter, les informations de fait sur le cas de M^^® Smith. Quelques-unes de celles-ci ont trouvé place dans des notes complémentaires à la fin du volume. Quant aux conclusions qu'il a pu éventuellement tirer de mes induptions ou certaines ou hypothétiques, je lui laisserai le soin de les formuler, et ainsi chacun de nous demeurera dans son rôle.
Ce ne sont pas là les seules obligations que j'ai à M. Flôurnoy. Il a bien voulu, pour la commodité de mes lecteurs, m'autoriser à reproduire en tète de mon livre les 40 phrases martiennes consignées dans le sien, pp. 204-223. Les voici, dans leur ordre chronologique, avec la traduction donnée par le sujet, et les indications accessoires qui permettront d'en apprécier la valeur respective.
1. Métiche CMédache C Métaganiche S, Kintche, Monsieur C. Madame C. Mademoiselle S. Quatre.
(Vocal, 2 février 1896.)