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HYSTÉRIE

La classe, sinon la plus riche, au moins la plus curieuse, de ces amusies psychonévropathiques est celle des amusies hystériques.

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Elle relève des lois générales de l'hystérie : début ordinairement brusque, évolution capricieuse, disparition souvent rapide, étiologie émotive et pithiatique, curabilité par persuasion, association à d'autres symptômes hystériques (aphasie, mutisme, hémiplégie surtout droite, bégaiement); enfin, systématisation du déficit à telle ou telle catégorie d'actes musicaux.

Les observations les plus intéressantes ont été publiées par Charcot, par Ingegneros. On consultera avec fruit la relation résumée ou détaillée de ces cas dans les différents arlicles et dans l'ouvrage d'ensemble d’'Ingegneros.

Il ressort de l'analyse de ces observations, que les amusies hystériques peuvent, comme les aphasies, revêtir les modalités les plus variables. Elles sont pures ou combinées, totales ou partielles, motrices ou sensorielles; elles ne présentent aucune évolution cyclique; enfin, elles affectent, dans le domaine intéressé, une forme atypique, une allure étrange, des apparences contradictoires, mettant en évidence leur nature psychique, leur indépendance de toute localisation unirégionale, leur synthèse systémaüque à l'aide d'éléments empruntés à des groupements fonctionnels éloignés les uns des autres, de telle sorte qu'il en résulte un tableau clinique spécial, de nature paradoxale, que chaque individu compose à sa manière.

Il faut rapprocher des troubles hystériques du langage musical, ces faits d'hallucination ou de suggestibilité musicales, constatés chez des hystériques ou des déséquilibrés en état second. On connaît les exemples classiques de Mme Magdeleine et de Mlle Lina, cette dernière bien observée par le colonel de Rochas.

Notre collègue Maillard nous a communiqué l’observalion d’une jeune hystérique, grande musicienne, très suggestible par la musique, qui, en état second, présentait des hallucinations dans lesquelles un musicien imaginaire jouait le rôle principal.

Mile X..., sans antécédents connus, présenta les premiers phénomènes morbides à l’âge de quatorze ans. Grande hystérique, Mille X... a des crises convulsives, des zones d’anesthésie, des contractures multiples; elle a présenté le syndrome de la coxalgie hystérique et aussi des symptômes qui firent porter à un chirurgien des hôpitaux le diagnostic de mal de Pott, alors que les phénomènes observés, ainsi que la suite le démontrera, étaient simplement de nature hystérique.

Dyschromatopsie par périodes.

Très suggestible, elle fut souvent endormie par hypnotisme; elle tombait souvent soit à la suite d’une crise, soit à la suite d’une émotion, ou même quelquefois sans cause, dans un état second, de nature somnambulique, qui durait jusqu'à ce qu'une crise survint ou jusqu’à ce qu'on l'en tirât par suggestion.

Excellente musicienne, élève de Ravina et de Le Couppey, elle ressentait avec une particulière intensité les émotions musicales ; quand elle jouait du piano, elle en sortait souvent comme en extase, les mains glacées, tremblante, et avait parfois une crise. Un jour, pendant qu’elle écoutait une de ses amies jouer au piano la Marche Funèbre de Chopin, elle tomba dans son état second, se mit à trembler, à pleurer à sangloter et eut une crise qu'il fallut arrêter par la suggestion.

Elle mourut tuberculeuse à l’âge de vingt-six ans.

Deux ou trois ans avant sa mort, elle se mit à vivre, dans ses périodes d'état second, des scènes de délire onirique, où figurait un personnage imaginaire, dont la contemplation extatique l’absorbait tout entière. C’est un violoniste italien, du nom de Philippe, d'un talent extraordinaire, grand artiste, pauvre et malheureux, vêtu d’un vaste manteau, et dont la tête s’orne de longs cheveux : le soir, il apparaît aux lueurs de lanternes, va et vient dans la chambre, entre et sort par la porte ou la fenêtre. Il lui joue des morceaux, dont elle parle avec ravissement. Jamais elle ne semble le voir pendant qu'on lui parle, jamais on ne l'entend parler à cet individu imaginaire; ce qu'elle dit toujours, c’est qu’elle vient de le voir, il vient de venir et elle demande, par exemple, si on ne l’a pas rencontré dans l'escalier, parce qu'il vient de sortir acheter du macaroni pour son dîner. Philippe lui donne aussi des ordres, lui dit de faire telle ou telle chose, lui défend de faire ceci ou cela; elle dit ne pouvoir lui résister,

il faut qu'elle lui obéisse avant tout; elle ajoute que, même.

s’il lui ordonnait de mettre le feu à la maison, elle le ferait immédiatement. Un jour elle se jette par la fenêtre du pre-

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mier étage, parce que Philippe lui ordonne de le faire.

Revenue à son état premier, elle déclare ignorer tout de ce personnage; et, si on lui en parle, elle semble ignorer ce qu'on veut dire. Personne n’a pu donner le moindre indice sur ce qui a pu contribuer à l'invention de ce personnage.

Il semble s'agir, dans ce cas, d’un délire d'imagination, à forme romanesque, survenant par crises intermittentes, orienté autour d'un fantôme d’origine mythopathique, et développé chez une déséquilibrée, imaginative, exaltée, probablement érotique, et enfin aggravée dans ses tendances psychopathiques par la tuberculose.

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