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CHAPITRE IX MÉLOTHÉRAPIE

La puissance suggestive de la musique a servi de thème à toute une série de légendes, qui remontent à l’origine même des civilisations primitives. On connaît, au moyen âge, la croyance à l'influence de la musique sur les manifestations individuelles ou collectives de la pathologie psychique. Inutile de rappeler ici les épidémies saltatoires qui ont sévi sur l'Europe centrale et occidentale. Déjà à cette époque, s'il faut en croire les chroniques, des tentatives thérapeutiques avaient été pratiquées par certaines bandes de musiciens (les Panno Verde) qui, par des airs de timbre et de rythme appropriés, calmaient les crises de tarentisme déchaînées par les Panno Rosso.

Si la légende de la mélothérapie remonte aux temps héroïques, son histoire positive semble dater des premiers essais d’Albrecht, publiés en 1743. Le premier travail vraiment scientifique est celui de Dogiel, en 1880; l'œuvre a été reprise, seize ans plus tard, dans les travaux des psychophysiologistes contemporains (Tarchanof, Binet et Courücr, Féré, Patrizi, etc.). Tous ces essais sont longuement exposés et disculés dans les thèses récentes de Guibaud, Guibier et Verdier, dans les communications de Vaschide et Piéron, dans le travail d'ensemble d'Ingegneros. Dans ces dernières années, on compte relativement peu de tra-

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vaux originaux sur la question. La méthode psycho-physiologique, si précieuse dans l'étude des manifestations organiques des émotions simples, se trouve en effet complètement désarmée en présence de réactions aussi complexes, aussi subjectives que celles de l'émotion esthétique et du plaisir artistique en général.

Pour appliquer leurs méthodes à un tel sujet, les auteurs, décomposant la musique en ses éléments simples, ont étudié successivement à l’ergographe, au pneumographe, au cardiographe, etc., les effets produits sur l'organisme par les sons isolés, les gammes, les intervalles et les accords consonants et dissonants, les mouvements et les rythmes divers. Dans ce cadre relativement restreint, les résultats se sont montrés très variables suivant les sujets. Mais ces résultats, même concordants, ne pouvaient être d'aucune utilité : car le langage musical, réduit ainsi à son syllabaire, perd toute signification. En poursuivant de telles recherches, en adoptant comme unité d’excitation les sons simples de notre gamme, les auteurs ne tiennent compte ni de l’évolution historique de notre gamme tempérée, ni des variations de l'échelle musicale dans les systèmes harmoniques des peuples contemporains. Voici, résumées, les conclusions expérimentales de ces derniers travaux.

Les réactions organiques produites par les sons simples sont celles de toute distraction, de tout dérivatif de l’attention. Les accords dissonants surprennent les uns, laissent les autres insensibles, et provoquent par leur répétition une accoutumance chez ceux qu'ils avaient tout d'abord élonnés.

Les résultats expérimentaux se sont montrés plus concordants, lorsque les auteurs se sont adressés à des morceaux simples (airs à danser, rythmes de marche, marches funèbres, etc.). Or ces expériences n’ont fait que confirmer les résultats de l'observation journalière, à savoir que la

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plupart des individus répondaient au type musico-moteur, mélokinétique. En dehors de morceaux de forme et d’allure aussi typiques, l'individualité du sujet en expérience reprenait tous ses droits, et, comme en font foi les observations psycho-physiologiques de Verdier, déterminait, dans les résultats expérimentaux, des variations en rapport avec chaque équation personnelle.

Cependant la mélothérapie judicieusement comprise est susceptible d'heureux effets et d'applications rationnelles.

Ferrand, dans une communication à l’Académie de médecine, avait, en de sages préceptes, indiqué tout l'avantage que les psychopathes pourraient retirer des études et des auditions musicales appropriées à leur état mental. Il avait compris aussi l’inanité des équations thérapeutiques imaginées a priori. Des polémiques, dépourvues d’ailleurs de tout caractère scientifique, ont eu lieu à ce sujet, 1l y a quelques années, dans les journaux américains, certains auteurs déclarant la musique nuisible, capable d’'engendrer ou d'exalter des troubles névropathiques, d’autres vantant les effets curateurs de l'art musical. Assurément, des œuvres musicales suggestives, romantiques, sont capables d’exagérer les dispositions émotives de certains névropathes, trop enclins au dilettantisme et à l'auto-analyse; le malade peut trouver, dans le musicien qui le charme, un véritable collaborateur de ses tendances morbides.

Il faut donc, avant tout, tenir compte de la capacité et des aptitudes musicales de chaque sujet; car l'influence bonne ou mauvaise de la musique sur un psychopathe, n'est possible que si la musique est sinon comprise, au moins quelque peu sentie par le sujet.

Il est impossible de formuler a priori, comme autant de règles thérapeutiques, les indications de tel auteur, ou de tel style, tirées des syndromes de la pathologie mentale.

On peut d’ailleurs affirmer ici que les grands malades, ceux qui présentent les formes franches, affectives ou délirantes, de la folie, sont insensibles à l'influence thérapeutique de la musique. Tout entiers absorbés ou distraits par les préoccupations de leurs délires, par linhibition ou le désarroi de leur activité, par la concentration, la dispersion ou la confusion de leurs idées, souvent incapables de toute réaction esthétique par suite de leur indifférence et de leur apathie, ces malades sont, pour la plupart, fermés à l'émotion musicale. Lorsqu'ils peuvent en ressentir quelques effets, ils ne prennent, dans le langage de la musique, que les éléments (rythme, ton, phrase, etc.), qui s'adaptent, par association directe ou interprétation indirecte, à leur état affectif ou au thème de leur délire.

Nous pouvons rappeler ici l'échec de la tentative de mélothérapie instituée, sur le peintre H. van der Goës, au prieuré du Cloître-Rouge, par le père supérieur, qui, à l'exemple de David devant Saül, espérait guérir par la musique la mélancolie de son hôte.

Quantaux autres malades, lesnévropsychopathes, atteints des formes innombrables de la déséquilibration intellectuelle, affective ou sensitivo-motrice, ils sont susceptibles, dans la mesure de leurs aptitudes et de leur culture musicales, de bénéficier de la mélothérapie. Les indications de cette thérapeutique échappent à tout formulaire et ne peuvent être tirées que de l'étude approfondie de chaque cas individuel. La musique n’exercera pas, chez tous les sujets, une action purement musicale. Elle réveillera fatalement, chez chacun d’eux, des associations d'images, d'idées ou de sentiments, toute une série de souvenirs, qui exerceront sur l'esprit du sujet une influence, favorable ou néfaste, mais d'ordre secondaire et étranger à la musique. Il faut donc soigneusement se garder de fautes ou de maladresses psychothérapeutiques, commises au nom des indications

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