M- DE SAVENAY, CÉSARINE
CÉSARINE
Jà prête, maman?
M*' DE SAVENAY
faut-il pas que je veille à ce que tout soit sé comme U faut?
CÉSARINE
»u 1 l’agréable chose qu’un bal I M** DE SATENAT.
ur des invités peut-être ; mais pour une esse de maison, c'est autre chose.
CÉSARINE
M. de Billancourt, en sa qualité d'ami de la famille, ne vousa-t-il pas obligeamment olferl de se charger de tous les embarras de cette soirée ? C’est un bien aimable homme que M. de Billancourt.
M** DE SAVENAY
Oui... et heureux en ménage.
C’est ce que disait hier Madame Parfait.
M** DE SAVENAY
Ah 1 madame Parfait disait... (a part.) Cela lui sied bien à elle!.,, ainsi qu'à son pauvre notaire de mari (Haut.) Ma chère enfant, n'oublie pas que ton aïeule la grande baronne fût, même
à la cour île Louis-Quinzc, un modèle de prudence et de vertu... i|uc la grand'mèrc, lorsque feu M. le général conte de Savcnay commandait en Illyrie...
CÈSARINE.
Mon Dicn! maman, à quelle occasion me dites-vous tout cela?
M*" SAVENAY
C’est que te voilà en âge d’être mariée.
cèsarinv.
Vous croyez?
M“" DE SAVENAY
Si je ne le pensais pas, je m'épargnerais l’ennui de recevoir et j’irais moins souvent dausle monde qui de jour en Jour, je dois le dire, s’encanaille furieusement.
Oui, vous êtes trop bonne et vous vous sacrifiez, je le sais; mais quand on à une enfant raisonnable.... Moi par exemple, pourvu que j’aille de temps en temps en soirée, trois fois
par semaine seulement comme nous avons
fait cet hiver, je n’en demande pas d’avantage.
M”* DESAVEVAÏ.
C’est déjà honnête.
CÉSARINE
Vous croyez qu’il est ter.qis de songer pour moi à un mari? Là-dessus, je n’ai rien à dire, c’est possible, et je m’en rapporte à votre expérience; mais puisque c’est au bal que ça se rencontre plus communément, à ce qu’on dit, il doit s’en trouver chez les autres comme ebe* soi.
M"' DE SAVENAY
A la rigueur...
CÉSARINE
Oh 1 j’en suis sûre.
DE SAVENAY
Sûre? toi? Vous verrez que parce qu’elle a été invitée à danser trois ou quatre fois par un jeune homme, qu’au dernier bal nous avons même retrouvé sur notre passage en sortant, elle s'imagine...
CÉSARINE
Oh ! par exemple, maman vous me prêtez des idées... Ce jeune homme s’est rencontré là bien par hasard et fort heureusement pour nous, cai-, sans lui, nous n’aurions jamais pu avoir de voiture.
M** DE SAVENAY
Il est vrai qu’il est le seul qui se soit empressé d’en faire approcher un;. Autrefois vingt officiers se serait précipités...
CÉSARINE
C’est peut êltc un officier?
M"* DE SAVENAY
Il n'y en a plus..! des avocats à la bonne heure...
CÉSARINE
Il est avocat?
M”* DESAVERAY.
Je le suppose, tout le monde l’est.
CÉSARINE
Ah! vous n’avez [tas entendu dire... Est-ce qu'il viendra ce soir ?
M"* DE SA VEN A Y
Mais je ne le connais pas assez pour l'avoir invité.
CÈSARINE.
C'est comme moi, je ne le connais pas du tout; il ignore moq nom, je ne sais pas le sien.. Tout ce que j’ai remarqué, c'est qu'il à des manières polies, distinguées,.,.
M m * DE SAVENAY.
Ce qui est rare dans notre société bourgeoise.
CÉSARINE
Et qu’il ne joue pas, ce qui est bien pins rare encore. Au surplus, c’est vous qui m’avez fait observer tout cela.
M°“ DE SAVENAY
Moi 1 je ne t’eu ai pas dit un mot.
CÉSARINE
Ab! maman, je ne l'ai pas inventé, vous l’avez trouvé excessivement distingué et timide.
M*’ DE SAVENAY
Timide ?
CÈSARINE.
Il ne m’a pas adressé la parole, même au moment de partir, à la dernière polka. Seulement j’ai remorqué que s’il n’ouvrait |ias la bouche, scs yeux n’étaient pas muets pendant la contredanse.
An :
A la première lis exprimaient Votre toilette est accomplie,
A la seconde, Ils ajoutaient:
Du bal voici la plus jolie.
Votre époux sera bien heureux Semblaient-ils dire à la troisième....
Tour ne plus entendre ses yeux J’ai refusé la quatrième.
M** DE SAVENAY
Et c’était très prudent. Ah! ça, il paraffque lu as fait uuc foule de remarques.