SCÈNE II
Les Mêmes, le VALET DE CHAMBRE.
LE VALET DE çiIAXinitE, A de Savcnay.
On apporte deux tables de lansquenet. Estce par les ordres de madame la baronne?
SI*' DF. SAVENAY
Nullement : je n’ai pas demandé de tables.
LE VALET DE CUAMBBE
On se sera trompé d'étage. C’est sans doute pour la pension bourgeoise du quatrième, ou l'on donne aussi une soirée.
«** DE SAVENAY
Ali !
LE VALET DE CHAMBRE
Oui... et ce sera gai, si ou en juge parles éclats de rire que l'on entend depuis le dîner.
M“* DE SAVENAY, à part.
Facheutvoisinage que celui-là. (itaui.)Josepb, on ne jouera que dans le petit salon vert, vous entendes? deux tables de wislh, une de lansquenet, c’est bien assez.
CÉSAH1XE,
One seule table de lansquenet? rien qu’une?
Ab çàl maman, vous voulez donc que l’on ne revienne plus?
M** DB SAVENAY
Je veux qu'on ne perde pas d'argent chez moi, ou du moins qu'on en perde peu. Je veut, en attendant qu’on les proscrive lout-à-fait, qu’on laisse peu de place à ces Jeux de hasard qui n'ont d’intérêt que par les sommes que l'on y risque. Je veux, puisqu’on a supprimé ces infâmes maisons où l'on venait se ruiner autour d'un tapis vert, que l’on ne souffre rien parmi nous qui les rappelle... Je veux....
CÉSABINE.
Ab! maman, vous allez faire fermer tous nos salons. Joseph, vous metlrez sur le petit guéridon de malachite mes albums, nies pastels
dans le cas ou quelques personnes se présenteraient de bonne heure.
LE VALET DE CHAMBRE
Il y a déjàquelqn’un d’arrivé.
M“* DE SAVENAY
A huit heures?
LE VALET DE CHAMBRE
Il entêtait sept quand ce monsieur a seriné- il paraissait tout essoufflé comme quelqu'un de Irès pressé: mats quand l< a vu que rien n’était prêt, il n’a pas voulu dire son nom pour se faire annoncer, et, je l’ai laissé dans l’antichambre, où il se promène de long en large depuis ce tcmps-là.
U*' DE SAVENAY
Vous avez eu tort, faites entrer. (Le valet de chambre sort) Venir au bal à sept benres! Hais j’y dense, il n’y a qu’un homme capable d’un pareil trait.
CÉSANNE.
Qui donc?
M*‘ DE SAVENAY
Le vieil instituteur de ton Ibère Léon, qui a passé six ans avec nous au château de Savenay,,, Tu te rappelles?
CÎSAR1NE.
Ce lion monsieur Michel qui m'avait prèsqu’apris le latin, et qni se lamentait de ne pouvoir m’enseigner le grec 1 il est ici? Nous ne l'avons pas vu depuis si long-temps!.,. Vous l’avez invité?
M" DE SAVENAY
Je me souviens à présent qn'il m’avait écrit en faveur d'une pauvre famille d’ouvriers. Je comptais en parler ce soir même à ce malheureux Billancourt, et afin dé ne pas l'oublier, j'avais prié M. Michel d'étre des nôtres.
CÎSAR1NS.
Il est ici? Ah! mais c’est une véritable fête pour moi de le retrouver. Je crois le voir encore avec son grand babil noir.
le domestique, annonçant.
M. Michel.
CèSARiNE, voyant son habit.
Il n’en a pas changé.