‹ Le Lansquenet, comédie-vaudeville en 1 acteChapitre 5 sur 28 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

les mêmes BAILLANCOUHT.

Billancourt, a la caolonnade.

Le vestiaire dans la pièce au-dessus.

cEsarine, avec Joie.

C’est lui! vous disiez que nous ne le verrions pas.

M*" UE savenay, a elle-même.

Comment! il vient?..

BILLANCOURT

Les rafraîchissements, dès qu’il y aura une centaine de personnes. (A M*’ de Savenay.) Pardon, mille pardons d’ètre en relard.

U“* DE SAVENAY

Comment! vous venez?.. (A part.) lia le. courage de venir... (A mi-voix el 4 Billancourt.) Dans votre situatiou?

Billancourt, rlaul aux éclats.

Je sais (outl

M“‘ DE SAVENAY

Moi aussi... Ce n’est pas drôle... pour rous.

Vous aussi, vous savez?.. C’était un voleur.

M"* DK SAVENAY.

Celui qu’on a trouvé chez vous?

BILLANCOURT

Cbcz moi !

M** DE SAVENAY

En votre absence!

BILLANCOURT

Pendant mon voyage.

DE SAVE! «Aï.

Et qu'on n emmené !..

BILLANCOURT

A la maison de détention de la garde nationale... à ma place... pour n'aroir pas monté ma garde...

«“* DK SAVENAY.

Mais, qui tous a dit.,.

BILLANCOURT

Parbleu ! ma femme... qui était 14... quand on l’a pris pour moi.

M** DE 8AVENAY

Votre femme?... c’est voire (a pan.) L’itnbérdle.

BILLANCOURT

C’était un voleur... snperhc. Je l’ai aperçu de loin, j’ai demandé la permission de le voir. Je dois dire que celle physionomie m’était complètement étrangère ; c’en étonnant : moi nul connais tous les filous de Paris, Je n'avais Jamais vu celui-ci.

ill aperçoit Michel cl le salue.

MICHEL , qui a entendu tes derniers mou.

Qu’est-cc qu’il dit?

BILLANCOURT, riant lus érlats.

C'était un toleur.

céSARiNï, s'approchant.

Un voleur ? qui donc ?

U”* DE saven AV, imposant silence A Billancourt.

rrrson ic.

nu LANCOURT.

Non , personne. (A M*' de Savenay.) Voua ne voulct pas lui conter... Ah! ah! (Appelant son domestlqne qui est au fond.) Aristide... (Ans dames.) J'ai amené Arlslide , J’ai pensé qu'il pourrait se rendre utile, Aristide I.,

(Aristide entre, i! est en grande livrée moderne, Cl

porte une ligure sinistre; il se dent ail fond).

CÉSAfll.NE.

Ab ! quelle ligure !

BILLANCOURT, présentant Aristide.

C’est mon domestique de conlianc.%

Cfs.ARiNE, reculant légèrement.

H a l'air d'un bien honnête homme.

AftcnEL, Iras à Césarine.

Vous trouvez ?

BILLANCOURT

Aristide, vous aiderez aux gens de M" e la baronne.

ne SAVENAY.

C'est inutile.

BELLANCOCRT.

Je vous demande pardon ; il ne sera pas de trop. C'est un garçon intelligent, qui a l'ad! 4 tout, qui ne laisse rien traîner. Je lui coplierais les clés de ma caisse.

MICHEL, a part.

Je vais cacher celle de ma montre.

BILLANCOURT, A Aristide.

Allez...

(Aristide se dirige vers les appartement.)

Non pas par 14.., (Indiquant ta gauche.) De ce côté. (Aristide sort.) (Am dames.) Il n’en sera pas de votre soirée comme de ce grand bal où l'on a f dl dernièrement une rallc de tabatières et de bijoux. C’était une upératinn bien mal adroite ; U ois jours après on les avait tous retrouvés,

CÉSABINe,

Les bijoux et les tabatières?

BILLANCOURT

Non, ceux qui avaient fait le coup... On ne retrouve jamais que ça.

M** DE SAVENAY

Je regrette que vous vous soyjrz dérobé pour moi à vos graves occupations.

CÉSABINK.

Moi je m’en applaudis au contraire. La présenre de H, de Billancourt sera pcul-élrc utile à quelqu’un.

ItlLLANCOUBT.

En vérité ?.. (Avec satisfaction.) J'ose dire que j’aj déjà rendu quelques services 4 la société,

Al"' DE SAVEN VY.

Oui, en vous occupant du bien-être de ceux qu'elle rejette de son sein.

BILLANCOURT

En les moralisant.

césarine, eu riant.

Je crois, qu'à la longue , çà deviendra une classe bien estimable.

Tout le fait espérer. Eh! mon Dieu ! qu’est-re que le vire? le résultat des besoins... Il est des gens qui. par leur nature, ont des besoins plus dispendieux que les autres.

MICHEL

N’est-il pas aussi quelquefois la conséquence de la misère?

ntLLANCOUBT.

Enrore... faites-moi a ' bacun rie ces gaillards une dizaine de mille livres de rentes, et...

MICHEL

On ne sait pas tout ce qu'il faut de mérite au pauvre pour rester vertueuv.

BILLANCOURT

Il lui en faut énormément , Monsieur. J'en sais quelque chose , moi qui , dans mes visites à certains ports de mer, n’ai pas affaire , en général, à des capitalistes.

CÊSARINE.

Tout au plus à des gens qui avaient envie de le devenir.

BILLANCOURT

C'est là leur défaut. Eh bien! il n’en est pas un seul à qui il n'en colite horriblement pour devenir honnête.

C’est étonnant.

BILLANCOURT

C’est étonnant! la preuve, c’est que sur trois cents individusquenousrelaxons annuellement... dans les meilleurs principes, il nous en est rentré deux cents quatre-vingt-dix-huit cette année.

UE SATINAT.

Sur trois cents? c’est joli.

BILLANCOURT

C’est deux de moins que l’année dernière.

M”' DE SAVENAY

Voilà un heureux résultat

CÊSARINE.

Enfin, il y en a toujours deux qui aut onl profilé de vos teçoDS.

BILLANCOURT

Probablement. On ne sait pas ce qu’ils sont devenus.

M** DE SAVENAY

Ils sont morts ?

BILLANCOURT

Je le crains; mais, pardon, vous disiez tout à l’heure...

Je disais que, grâce à votre position, à votre crédit, il vous serait peut-être possible de venir en aide à de pauvres gens.

BILLANCOURT

Qui vous sont recommandés?

U"' DE SAVENAY, montrant Michel.

Que Monsieur cornait.

CÊSARINE.

Et si vous pouviez...

BILLANCOURT

Comment donc... mais le premier devoir de tout coeur vraiment sensible...

M”*. DF. SAVENAY

Il s'agit d'une famille.

BILLANCOURT

Très-bien.

MICnEL.

D'un jeune homme...

CÊSARINE.

De seize ans.

uicnEL.

Digne d’intérêt.

BILLANCOURT

A-t-il volé?

Volé! lui? Ah!.. Monsieur !... C’est le garçon le plus loyal, le plus irréprochable...

BILLANCOURT

Pardon... je vois... oui, il s'agit de tout autre chose, un jeune homme honnête,.,

CÊSARINE.

C’est cela.

BILLANCOUERT.

Laborieux...

MICHEL

Précisément.

BILLANCOURT

Rangé... qui s’est toujours bien conduit...

qui... Je ne peux rien faire pour lui.

M"* DE SAVENAY

Qu'est-ce à dire ?

MICHEL

Comment?

BILLANCOURT

J’en suis désolé, mais vous allez me comprendre. Je m’occupe exclusivement d’améliorer le moral des infortunés qu’une première faute à conduit à une seconde... quelquefois même à une troisième, presque toujours à une quatrième ; je n'opèrcquesurlcs coupables. La société les châlie : moi, je leur fais oublier sa sévérité et je lâche de les ramener à elle par une foule de petites attentions... Si vous saviez comment ils étaient traités autrefois! pas le moindre égard !... maintenant, grâce à mes soins, ils ont du feu, de bonnes redingotes à la propriétaire, un peu de travail , beaucoup de tabac, du beeftak deuxjfoisparseniainc.. Et tenez, dans ce moment même, je m'occupe d'une combinaison, pour voir si on ne pourrait pas leur offrir un peu de volaille le dimanche : je suis sûr que ça en ramènerait pas mal à la vertu... surtout ceux qui auraient les blanrs !

MICHEL

Eh ! monsieur, Je n’en demanderais pas tant pour tnes malheureux ouvriers.

BILLANCOURT

San» doute, niais qu'est-ce que vous voulez?

les miens sont fort intéressai» aussi. Il est beau. Monsieur, de voir les gens vicieux redevenir honnêtes.

MICHEL

Il vaudrait peut-être miens empêcher les gens honnêtes de devenir vicieux.

BILLANCOURT

C'est un point de vue nouveau, on ne s’en est pas encore occupé... Mais tout cela nous à entraînés loin du bal. et...

ne SAVEKAY.

Voulez-vous que je vous dise ? vous êtes fou. CÉSARINE, i elle-même.

C'est indigne 1

LE valet DE CHAMBBE, annonçant.

M. ctM" Parfait.. M ,u Adèle ParfaiL césarine, bu a Michel.

Tout le monde ici ne ressemble pas à M. de Billancourt, croyei-le.

MICHEL

Heureusement.

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