I. La Colonisation française en Indo-Ckine
COLOMSATION
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se font justice à eux-mêmes, s'ils se croient lésés d'une manière quelconque. Cette manière de procéder suffirait pour empêcher la réussite de l'entreprise la mieux organisée, ou la plus riche. C'est à l'administration qu'il appartient de veiller à ce que les indig-ènes ne soient l'objet d'aucune injustice, d'aucun mauvais traitement.
« Mais alors elle doit, en revanche, assurer aux colons une protection aussi étendue et aussi efficace que possible. Elle doit intervenir, s'il en est besoin, auprès des autorités indigènes, pour faciliter le recrutement des travailleurs, la construction des chemins de servitude... »
L'élevage peut, dès l'heure actuelle, être entrepris par des Français, munis de capitaux d'un chiffre relativement faible. Le nombre des bestiaux, déjà important , et qui s'accroît sensiblement chaque année, depuis que la province est entrée dans une période de calme et de paix, peut facilement être augmenté dans de très grandes proportions. De vastes espaces de terrains herbeux, riches en graminées, comprenant des milliers d'hectares, peuvent fournir une nourriture suffisante à de nombreux troupeaux qui j vivraient et s'y reproduiraient librement. Au moment de la saison des pluies, ils seraient conduits dans la région des plateaux, à l'abri des inondations, même pendant les années des plus fortes crues. Un colon aisé pourrait ainsi, avec quel([ues menus frais de garde, service auquel les Laotiens seuls suffiraient, constituer en peu de temps un troupeau considérable.
Les débouchés vers l'Aiinain seraient assurés; la création de fabriques de conserves ou de viandes cong-elées augmenterait encore les bénéfices; les peaux et les cornes des animaux trouveraient, sur les marchés du sud, un placement certain et très rémunérateur.
Toutes ces considérations nous donnent une confiance justifiée dans l'avenir très prochain de cette province de Gam Mon, si heureusement munie de tous les éléments qui peuvent amener la prospérité d'un pajs.
Le sous-sol, qui paraît des plus riche, n'a été exploré qu'insuffisamment, à notre avis; aussi désirons-nous très vivement voir le syndicat minier du Laos, auquel les gisements d'étain et de cuivre ont été provisoirement concédés , faire reprendre les travaux, et leur donner, cette fois, assez de durée et d'extension pour que l'on soit définitivement fixé sur la valeur des terrains et des minerais.
Nous désirons voir des jeunes gens, amateurs de la vie en pays presque neuf, et munis de quelques capitaux, entreprendre dans les plaines de Tlia Khck et de Mahasaj l'élevage en grand du bétail, et nous leur assurons le succès, s'ils se conforment aux conditions que nous avons indiquées.
Nous souhaitons enfin qu'à très bref délai une société se constitue pour exploiter les lianes caoutchouc dont le produit est de si bonne qualité, et, accessoirement, pour organiser la récolte méthodique de la cire, si abondante dans certaines parties de la province.
COLOMSATIOX 3 I 3
Nous pensons que, commencée de ces façons, l'exploitation européenne du Cam Mon assurera la fortune des Français qui l'entreprendront, et sera le début d'une ère d'activité et de richesse pour les populations qui habitent cette belle et intéressante province.
Traité conclu le 3 octobre 1893 entre le Gouvernement de la République Française et le Gouvernement de Sa Majesté le Roi de Siam.
Le Président de la Républicfue Française et Sa Majesté le Roi de Siam, voulant mettre un terme aux contestations survenues dans ces derniers temps entre les deux Etats, et consolider les relations d'amitié qui existent depuis des siècles entre la Fiance et le Siam, ont nommé pour leurs plénipotentiaires :
Le Président de la Piépublique Française :
M. Charles-Marie Le Myre de Vilers, grand officier de la Légion d'honneur et de l'Eléphant Blanc, ministre plénipotentiaire de première classe, député.
Et Sa Majesté le roi de Siam :
Son Altesse Royale le prince Devawong-se Varoprakar, chevalier de l'ordre de Maha Chakrkri, grand ofîicierde la Légion d'honneur, etc., ministre des aftaircs étrangères,
Lesquels, après s'être communiqué leurs pleins pouvoirs, et les avoir reconnus en due et bonne forme, sont convenus des articles suivants :
Article i^^"^ — J,e gouvernement siamois renonce à toute prétention sur l'ensemble des territoires de la rive gauche du Mékong, et sur les îles du fleuve.
Article 2. — Le gouvernement siamois s'interdit d'entretenir ou de faire circuler des embarcations ou des bâtiments armés sur les eaux du Grand Lac, du Mékong-,
APPENDICES 3l5
et de leurs affluents situés dans les limites visées à l'article suivant.
Article 3. — Le g-ouvernement siamois no construira aucun poste fortifié ou élablisscment militaire dans les provinces de Battambang- et de Sicm Reap, et dans un rayon de vingt-cinq kilomètres sur la rive droite du Mékong-.
Article 4> — Dans les zones visées par l'article 3, la police sera exercée, scion l'usage, par les autorités locales, avec les contingents strictement nécessaires. Il n'y sera entretenu aucune force armée régulière ou irrégulière.
Article 5. — Le gouvernement siamois s'engage à ouvrir, dans un délai de six mois, des négociations avec le gouvernement français, en vue du règlement du régime douanier et commercial des territoires visés à l'article 3, et de la révision du traité de i856. Jusqu'à la conclusion de cet accord, il ne sera pas établi de droits de douane dans la zone visée à l'article 3. La réciprocité continuei'a à être accordée par le gouvernement français aux produits de la dite zone.
Article 6. — Le développement de la navigation du Mékong pouvant rendre nécessaires, sur la rive droite, certains travaux, ou l'établissement de relais de batellerie, et de dépôts de bois et de charbon, le gouvernement siamois s'engage à donner, sur la demande du gouvernement français, toutes les facilités nécessaires à cet effet.
Article 7. — Les citoyens, sujets ou ressortissants français pourront librement circuler et commercer dans les territoires visés à l'article 3, luunis d'une passe délivrée par les autorités françaises. La i"éciprocité sera accordée aux habitants des dites zones.
Article 8. — Le gouvernement français se réserve d'établir des Consuls où il le jugera convenable dans l'intérêt de ses ressortissants, et notamment à Korat et à Muonsr Nan.
Article 9. — En cas de difficultés d'interprétation, le texte français fera seul foi.
Article ro. — Le présent traité devra être ratifié dans un délai de quatre mois à partir du jourde la signature.
En foi de quoi, les plénipotentiaires respectifs susnommés ont signé le présent traité en duplicata, et y ont apposé leurs cachets.
Fait au palais de Vallabha, à Bangkok, le 3 octobre iSgS.
(L. S.) Le Myre de Vilers.
(L. S.) Devawongse Varoprakar.
CONVENTIOiN
Les plénipotentiaires ont arrêté, dans la présente convention, les différentes mesures et les dispositions qu'entraîne l'exécution du traité de paix signé en ce jour, et de l'ultimatum accepté le 5 août dernier.
Article i'^''. — Les derniers postes militaires siamois de la rive g-auche du Mékong- devront être évacués dans le délai maximum d'un mois, à partir du 5 septembre.
Article 2. — Toutes les fortifications de la zone visée à l'article 3 du traité en date de ce jour devront être rasées.
Article 3. — Les auteurs des attentats de Tong- Xieug- Kham et de Cam Mon seront jug-és par les autorités siamoises; un représentant de la France assistera au jug-ement et veillera à l'exécution des peines prononcées. Le g-ouvernemcnt français se réserve le droit d'apprécier si les condamnations sont suffisantes, et, le cas échéant, de réclamer un nouveau jug-ement devant un tribunal mixte dont il fixera la composition.
Article 4 • — Le g-ouvernement siamois devra remettre à la disposition du ministre de France à Bang-kok, ou aux autorités françaises de la frontière, tous les sujets français, annamites, laotiens de la rive g-auche, et les Cambodg-iens détenus à un titre quelconque; il ne mettra aucun obstacle au retour sur la rive g-auche des anciens habitants de cette région.
Article 5 . — Le Ban Bien de Tong- Xieng- Kham et sa suite seront amenés par un délégué du ministre des affaires étrang-ères à la légation de France, ainsi que les
3l8 APPENDICES
armes et le pavillon français saisis par les autorités siamoises.
Article 6. — Le gouvernement français continuera à occuper Chantaboun jusqu'à l'exécution des stipulations de la présente convention, et notamment jusqu'à complète évacuation et pacification, tant de la rive g-auche que des zones visées à l'article 3 du traité en date de ce jour.
En foi de quoi les plénipotentiaires respectifs ont signé la présente convention, et y ont apposé leurs cachets.
Fait double au palais dd \'allabha, à Bani^kok, le 3 oclobrc i8o3.
(L, S.) Le Myre de Vilers.
(L. S.) Devawo.ngse Varoprakar.
Arrangement intervenu entre les cabinets de Londres et de Paris le 15 janvier 1896
pénétrer dans aucun cas, et sous aucun prétexte, sans le consentement de l'un et de l'autre, leurs forces armées dans les rég-ions comprenant les bassins des rivières Petchaboury, Mékong, Ménam, et Bang Pa Kong- (rivière de Petriou) et de leurs affluents respectifs, ainsi que le littoral qui s'étend depuis Muong Bang- Tapan jusqu'à Muong Pase, et comprenant ainsi tout le territoire situé au nord du bassin du Ménam entre la frontière ang-losiamoise, le fleuve Mékong', et la limite orientale du bassin de Ma Ing. Ils s'engagent, en outre, à n'acquérir dans cette région aucun privilège ou avantage particulier, dont le bénéfice ne soit pas commun à la France et à la Grande-Bretagne, à leurs nationaux ou ressortissants ou qui ne leur serait pas accessible sur le pied de l'égalité.
Ces Stipulations, toutefois, ne seront pas interprétées comme dérog-eant aux clauses spéciales qui, en vertu du traité conclu le 3 octobre 1898 entre la France et le Siam s'appliquent à une zone de ving-t-cinq kilomètres sur la rive droite du Mékong-, et à la navigation de ce fleuve.
Article 2. — Rien, dans la clause qui précède, ne mettra obstacle à aucune action dont les deux puissances pourraient convenir, et qu'elles jug-eraient nécessaire pour maintenir l'indépendance du royaume de Siam. Mais elles s'eng-ag-ent à n'entrer dans aucun arrangement séparé, qui permette à une tierce puissance de faire ce qu'elles s'interdisent réciproquement par la présente déclaration.
Article 8. — A partir de l'emboucliure du Nani Huok, et en remontant vers le nord jusqu'à la frontière chinoise, le thalweg- du Mékong- formera la limite des possessions, ou sphères d'influence, de la France et de la Grande-Bretagne. Il est convenu que les nationaux et les ressortissants d'aucun des deux pays n'exerceront une juridiction ou autorité quelconque dans les possessions, ou la sphère d'influence, de l'autre pays.
Article 4- — Les deux gouvernements conviennent que les privilèges et avantages commerciaux ou autres, concédés dans les deux provinces chinoises du Yunnam et du Setchuen, soit à la France, soit à la Grande-Bretag-ne, en vertu de leurs conventions i^espectives avec la Chine du i*"' mars 1894 et du 20 juin 1896 , et tous les privilèges et avantages de nature quelconque qui pourront être concédés par la suite dans les mêmes provinces chinoises, soit à la France, soit à la Grande-Bretagne, seront, autant qu'il dépend d'eux, étendus et reconnus communs aux deux puissances, à leurs nationaux et ressortissants, et ils s'engagent à user, à cet effet, de leur influence, et de leurs bons offices auprès du gouvernement chinois.
Art. 5. — Cet article concerne le Niger.
Art. G. — Cet article traite de né";-ociatioas à ouvrir
pour remplacer la présente convention g'énérale par une convention nouvelle, répondant aux intentions annoncées par les articles susdits.
Fait à Londres, le i5 janvier 189O.
(L. S.) A. DE CouncEL.
(L. S.) Salisbury.
Proclamation lancée en Annam, au nom du roi Ham Nghi, après son départ de Hué.
Nous, Ham Nghi, Roi d'Annam.
ire année, 11 ''jour du 8" mois lunaire de notre règne, faisons savoir à nos ministres, mandarins civils et militaires, grands ou petits, 'et à tout le peuple de notre royaume, ce qui suit :
Notre royaume d'Annam a fait un traité de paix avec les barbares d'Europe, depuis de longues années. Tout d'abord nous leur avons cédé trois provinces de la Basse Cochinchine. Environ deux ans après, ils prirent trois autres provinces de cette même région. Cela n'a pas suffi pour apaiser leur soif, car ils se sont dit : — « tout cela est encore peu de chose. » Alors ils sont arrivés, par ruse, à installer un chargé d'affaires à Hué, et un autre au Tonkin, puis ont exigé qu'on fasse un nouveau traité de paix, puis ils y ont ajouté, retranché, l'ont aboli, puis refait maintes fois. Après cela, ils résolurent de s'emparer, de vive force, des provinces du Tonkin, afin que la richesse du pays tout entier soit entre leurs mains. A la mort de Tu Duc, qui fut un grand deuil, les Français amenèrent des troupes pour s"emparer du port de Thuan An, et nous forcèrent à brûler le sceau que nos ancêtres avaient reçu de l'Empire Chinois. Ils exigèrent de plus qu'on les laissât s'établir dans la citadelle, afin qu'ils puissent placer leurs canons sur les remparts, où ils enclouèrent les nôtres. Comment vou-
lez-vous que nous ayons la patience de supporter jusqu'à la fin une conduite si déraisonnable de leur part.
Malg-ré tout cela, grâce à la vig-ilance des mandarins et des soldats, le lendemain on put procéder aux funérailles de notre roi, mais la solennité de cette cérémonie fut loin d'ég;-aler celles qui avaient été faites pour ses prédécesseurs.
Au cinquième mois de cette année, les Français réunirent plus de dix mille hommes i, et nous contraig^nirent à leur céder la capitale. Leur intention était d'essayer de prendre le roi, et d'en faire leur serviteur : eux gouverneraient le peuple, en l'opprimant, et en lui imposant des lois sauvages 'j de la sorte ils n'auraient pas grande fatigue, et les bénéfices leur appartiendraient en entier.
Voilà bien leurs machinations à découvert. C'est pourquoi nous réunîmes nos ministres en conseil secret ; il fut arrêté que l'on tenterait un combat à Hué, Si la victoire était pour nous, Nguyen Van Tuong devait former une escorte, et nous conduire dans les provinces de Nghé An, Ha Tinh ; Ton That Thayet resterait à Hué, pour préparer le stratagème nécessaire au massacre des catholiques, afin de vaincre ensuite les Français plus facilement, car les chrétiens font cause commune avec ces barbares de l'Occident.
Si, au contraire, nous étions défaits, le roi et sa suite devaient fuir devant la face de ces barbares, afin d'aviser à un autre moyen de reprendre notre royaume.
Mais voilà que le combat engagé vers minuit dura jusqu'à la moitié de la matinée ; les ennemis tombèrent en nombre incroyable. Quant à nos compatriotes, très nombreux dans la citadelle, il nous fut impossible de leur porter secours, aussi il en mourut un grand nombre; mais le Ciel avait décrété leur mort.
En ce moment, Nguyen Van Tuong nous accompa-
I. Nous avioas à Hué, le 5 juillet, 3i officiers et 1887 liommes.
g-na au sortir de la citadelle. Thuvct resta pour combattre, et emprcher les Français de se mettre à notre poursuite. Qui eût pu penser que ce Tuoni^;' fit un détour, et entra à la mission catholique ? Voilà ce qui a amené la division parmi les mandarins civils et militaires, et fait naître dans le cœur de plusieurs le commencement de l'ing-ratltudc à notre égard,
A notre arrivée à Quang--Tri, nous apprîmes que les Français avaient charg-é Tuong de chercher un moyen de nous ramener à la capitale; on promettait de nous remettre la citadelle.
Voilà bien la ruse des Français, qui voulaient nous tuer. Nguyen Van Tuong- nous a abandonné, puis il s'est uni aux Français pour tromper le peuple, et le détourner de ses devoirs envers nous; il en arriva jusqu'à essayer de nous livrer à ces Diables blancs, afin de se faire éparg-ner. Qui pourrait dire la gravité de la faute de Tuong? Comment pourrais-je supporter la vue d'une pareilleface? Enfin ce monstre a envoyé Ton That Phan et Vo Khou s'entendre avec les mandarins des provinces pour nous ramener. Je connais clairement leur manière d'agir, mais faut-il que les mandarins des provinces se dégradent jusqu'à suivre cette voie erronée !
Si les Français avaient vraiment l'intention de nous remettre la citadelle de Hué, pourquoi continuent-ils à amener des soldats et des canons, et à demeurer dans la citadelle? En outre, pourquoi user de ruse, et envoyer des émissaires dans les provinces de Thanh Hoa et de Nghé An pour nous ramener? Bien qu'ils se soient emparés de la capitale, nous et notre premier ministre Ton That Thuyet étant sortis de la citadelle, les Français craignent que nous nous concertions avec les mandainns des provinces pour les combattre. Voilà pourquoi ils ne sont pas tranquilles; ils ne peuvent gouverner, et ils s'adjoignent Nguyen Van Tuong, homme faux, pour simuler l'intention de nous rendre la citadelle. C'est comme l'amorce qu'on lance aux poissons, afin qu'après
nous avoir pris, ils déclareot leur protectorat, comme ils l'ont fait pour le malheureux Cambodg-e. Mais qui voudrait croire à la sincérité d'hommes qui sont de vrais loups, et des chats-tigres?
Qu'on ne dise pas que nous sommes jeune et inexpérimenté. Oui, nous sommes jeune, et ne connaissons pas encore à fond les choses de ce monde, mais l'intention des barbares de l'Europe, nous la connaissons, et nous connaissons aussi le mobile qui dirig'e cet infâme et ce trompeur nommé Tuong-.
De plus, nous avonsappris que cet infâme Tuong* avait simulé un écrit disant : les trois Reines envojent un décret pour inviter le Roi à revenir. Les trois Reines étaient déjà sorties de la citadelle, lorsque ce rebelle Tuong- les a ramenées avec les barbres d'Occident pour faire ce décret. Gomment les trois Reines auraient-elles pu refuser?
Du reste notre ancêtre Tu Duc a mis dans son testament ces mots ; une loi inflexible de notre royaume statue que les femmes ne pourront pas gouverner. C'est pourquoi les trois Reines n'ont pu faire ce décret en leur nom; c'est ce faussaire de Tuong qui a usurpé le nom des Reines pour tromper le peuple; alors les mandarins des provinces ont pris peur, et ont suivi le parti des rebelles.
Il faut qu'on nous apporte ce décret, afin que nous le brûlions, et qu'il n'en soit plus question, et qu'on ne parle plus jamais d'un écrit de ce genre. Ceux qui attacheraient encore de l'importance à ces sortes d'édits seraient des ingrats de la pire espèce à notrcégard. Que chacun reconnaisse donc sa faute, et cela sans tarder, de peur que ses parents ne soyent considérés comme coupables du même méfait.
Nous avons mis deux mois à venir jusqu'ici, par dts détours dans la montagne, et ce retard a donné prétexte à nos ennemis d'inventer bien des légendes pour décourager le peuple. Vous saurez désormais que notre pre-
mier minisfre, Ton That Thnyet, nous a amené à la monfag'ne de An Son, huycn de Huong- Khé, et que tous les ministres, tous les mandarins du dehors comme du dedans, fi-rands et petits, tous les mandarins des provinces : Tong Docs,TuanPhus, Bo Chanhs, An Sats, De Docs, Lanh Binhs, Ilicp Ouans, Dois, tous, dis-je,g;-rands ou petits, sont rentrés près de nous.
Tous les licenciés, bacheliers, étudiants, notables des villag-es, peuple et soldats, tous sont venus nous présenter leurs respects. Au moment où tout est bouleversé dans notre royaume, comment pourrions-nous rester indifférent, et ne pas ag-ir?
C'est pourquoi nous ordonnons que chacun montre de la bonne volonté, et soit prêt à se lever à un signal donné, pour massacrer ceux qui embrassent la cause des barbares de l'Occident, et n'en laisser échapper aucun. Nous défendons absolument d'avoir des rapports avec eux; ils ne sauront comment faire, ne pourront avoir aucun renseignement, ni acheter des vivres. Ensuite il faut arriver à les tuer par surprise. S'ils nous forcent à travailler pour eux, travaillez vaille que vaille, mais pensez toujours à préparer des ruses pour les détruire.
De cette manière ils ne pourront ni g-ouverner, ni tirer aucun bénéfice de leur occupation du pays. C'est le meilleur moyen de combattre ces bandits.
N'allez pas prêter l'oreille aux flatteries trompeuses, et, quand vous rencontrerez ces bêtes féroces, n'en ayez point peur. Quand vous les aurez détruits, venez nous chercher. Nous établirons notre capitale dans la province de Thanh Hoa; c'est un endroit précieux. Mais voici que nous apprenons que les Français y sont établis, et ont installé des postes dans les montag-nes ; les mandarins de cette province baissent la tête, et supportent la présence des ennemis. Nous ne pouvons nous expliquer leur conduite.
Voici maintenant un ordre très secret qui concerne le peuple des provinces de Thanh Hoa, Nghé An, Ha Tinh,
les provinces de Ninh Binh, et celles qui sont plus au nord; les lettrés et les notables des villag-es doivent s'entendre pour se soulever à la fois, et aller demander le secours d'un allié très puissant qui nous vienne en aide. Les phus, les liuyens s'uniront aux chefs de cantons et aux maires pour aller chercher cet allié, et alors nous combattrons les Français; d'abord on en débarrassera les provinces du nord, en commençant par Ha Tinh, puis on choisira un endroit pour y établir la capitale. Ce résultat, tôt ou tard, il faut que nous l'atteig-nions.
Toutes les provinces du royaume, depuis Quang Binh jusqu'au midi, nous les devons aux mérites de nos vénérables ancêtres. Dans toutes ces provinces, il y a beaucoup d'hommes d'élite et ceux qui nous sont restés fidèles sont aussi très nombreux. Que tous, sans exception, suivent la conduite indiquée plus haut, et surtout évitent de suivre les conseils de ce traître ïuong-. Nous demandons au ciel que notre peuple s'unisse de cœur pour combattre les barbares, et ceux qui les soutiennent. Quant aux traîtres, nous prions le ciel de les faire disparaître. Ce sont eux qu'il faut d'abord surprendre et tuer tous. Après cela nous viendrons à bout des Français.
On a déjà vu pareilles choses autrefois. Ne laissez pas le décourag-ement entrer dans votre cœur. Gia Long-, jadis, dans la Basse Cochinchine, n'a livré qu'un seul combat, et il a reconquis son royaume, il y a près de cent ans. Maintenant que nous sommes dans la détresse, comment voudriez-vous que nous puissions abandonner la lutte et ne pas faire tous nos efforts pour combattre?
Nous espérons que tous, mandarins, soldats et simple peuple, s'uniront dans un commun effort; alors il n'y aura plus de doute possible, le Royaume d'Annam restera aux Annamites; quoique les Français soyent forts, ils ne pourront pas nous soumettre.
Les noms de ceux qui nous seront dévoués jusqu'à la fin, pour repousser les Français, seront inscrits dans un
livre, sur lequel on écrira : Voici les noms des braves qui ont contribué à délivrer le rovaume. Tous leurs parents auront la protection royale, d'une manière spéciale pendant des milliers de siècles. De la sorte, le mérite de cliacun ne sera pas célébré seulement pendant un mois, ou un an, mais pendant des milliers de siècles. En outre nous ferons faire une stèle commémorativc, où l'on inscrira les mérites de chacun, et cette stèle sera placée dans un t'jmple du côté droit. Nous récompenserons chacun suivant son mérite.
Toutes nos paroles doivent être connues de tous, de ceux qui sont loin, comme de ceux qui sont près. Nous disons la pure vérité, sans mélange d'aucun mensong-e.
Proclamation adressée par Sa Majesté le roi Dong Khanh, au sujet de rinternement. en Algérie, de son frère Ham Nghi, aux mandarins, fonctionnaires, lettrés, et hommes du peuple dans son empire.
Celui qui détient les pouvoirs royaux, doit la majesté de son trône à la volonté du Ciel, et à l'assentiment du peuple. Celui qui aime ses frères doit les traiter avec bonté et bienveillance.
Pendant les dernières années, notre pays est tombé dans une grande décadence. Les pouvoirs royaux furent usurpés par des serviteurs ambitieux, qui obligèrent notre jeune frère Ung Lich à prendre le sceptre, afin de gouverner le pays à leur gré. Ils violèrent ensuite les traités, par des actes insensés et criminels, puis, obligés de prendre la fuite, ils entra'nèrent le jeune prince à leur suite. Alors, sous un faux prétexte de patriotisme, ils n'ont cessé de tromper les classes lettrées, et de causer la ruine de nombreuses familles.
Depuis trois ans, nous sommes monté sur le trône de notre glorieuse dynastie. Du fond de notre cœur, nous n'avons jamais cessé de penser à notre jeune frère,
errant dans les hautes montag-nes, et dans les épaisses forêts. Déjà plusieurs fois nous lui avons adressé des proclamations, pour l'eng-ag-er à revenir près de nous. Xous lui promettions de l'élever à la grande dignité de Quan Gong-. Les fonctionnaires du protectorat sont allés, mais en vain, à sa recherche.
Dans le courant du mois dernier, un nommé Truong QuangXgoc, venant, avec ses partisans, faire sa soumission s'engagea à ramener le prince. Alors les fonctionnaires du protectorat, et les mandarins provinciaux, suivis d'une nombreuse escorte, allèrent directement à la renconti-e de notre jeune frère. A ce moment, le nommé Thiep, fils du rebelle Thujet, voulut tuer notre frère d'un coup de sabre. Heureusement les fonctionnaires français purent, à temps, donner la mort à ce traître, et sauver le prince, qui fut conduit en grande pompe au poste de Dong Ca, et traité avec de grands égards.
Apprenant du haut du trône cette heureuse nouvelle, nous en avons tressailli de joie. Immédiatement nous avons ordonné aux mandarins du QuangBinh d'aller auprès de notre frère Lien-aimé, pour le recevoir, et l'amènera Hué, avec tous les honneurs qui lui reviennent.
Lorsqu'il arriva sur le territoire de Thua Thien, nous avons envoyé à sa rencontre nos hauts mandarins de la cour, civils et militaires, suivis d'une troupe nombreuse. En même temps une installation royale était préparée dans notre ancien palais pour le recevoir. Tout le peuple a pu voir combien est grande l'affection sincère que nous portons à notre frère.
Mais S. E. M. le Résident général a conseillé que le prince fût conduit par voie de mer jusqu'à Thuan An, ainsi que les fonctionnaires français qui l'accompagnaient. De plus, S. E. M. le Résident général, d'accord avec M. le Général en chef, estima que l'état de santé de notre frère était assez gravement compromis, par son séjour prolongé dans des régions malsaines, sous l'influence d'un climat délétère, et par l'usage continuel d'eaux cor-
rompue?, et qu'il avait besoin de se soigner; qu'il était bien difficile que les médecins indis-ènes puissent le g"uérir complètement du mal qui l'avait atteint, tandis que les médecins français, fort instruits en matière médicale et connaissant à fond tous les çenres de maladies, pourraient lui rendre complètement sa santé primitive; que dès lors il convenait que le prince fut emmené en France pour y être installé et soig'né dans un endroit très sain, qu'il pourrait s'y rétablir en peu de temps, et alors être ramené en Annam ; qu'il n'y avait pas lieu d'être inquiet à son sujet.
Nous sommes très heureux de constater l'affection sincère et le respect dont les fonctionnaires français ont donné tant de preuves à notre frère.
Le Quan Cong-, qui regrette la capitale, a manifesté le désir de la revoir, mais son départ ayant été fixé sur le prochain courrier, il n'a pas été possible de satisfaire à sa demande.
Toutes ces dispositions prouvent bien la sollicitude dont le Grand Gouvernement français entoure notre frère ; aussi nous avons cru devoir faire abstraction de nos sentiments fraternels, et ne pas retarder le départ fixé, par crainte d'abuser par trop delà bienveillance qui nous était ainsi témoignée. Mais nous avons envoyé nos grands mandarins à Thuan An, pour souhaiter au prince un bon et heureux voyage.
D'autre part, considérant qu'il ne peut pas plus y avoir deux souverains dans un même Etat que deux soleils dans le ciel, nous ordonnons ce qui suit :
A l'occasion du retour de notre frère Ung Lich, nous rélevons à la dignité de Quan Cong, ainsi que nous le lui avons promis dans nos proclamations. Quant aux deux mots Ham Nghi, à l'avenir il est formellement interdit de les prononcer, ou d'en faire usage dans aucun écrit. Quand on désignera ce prince, on l'appellera seulement Quan Cong Ung Lich : c'est là son vrai nom.
Lettrés et hommes du peuple, vous devez tous vous
conformer strictement à nos prescriptions. Toute infraction à ce décret sera sévèrement punie.
Quant aux rebelles, il n'ont plus, dès lors, aucune raison ni aucun prétexte pour contineur leurs entreprises impies et criminelles. Ils doivent donc faire leur soumission, et, comme preuve de leur sincère repentir, apporter entre les mains des autorités provinciales la tête des principaux chefs de la rébellion.
Si, contrairement aux prescriptions contenues dans la présente proclamation, certaines personnes persistaient à se servir du mot d'ordre illég-al, pour tromper le peuple, et troubler la tranquillité publique, elles seraient impitoyablement (rasées, dans le textej exterminées par nos troupes.
Quant à l'élévation de Ung Lich à la haute dignité de Quan Gong-, et aux récompenses à accorder à Truong- Quang- Ngoc, ainsi qu'à ses compagnons, le conseil de la famille royale, et les grands mandarins de la cour, sont chargés de l'élaboration d'un projet de proposition qui sera soumis à notre signature.
Une copie de la présente proclamation sera adressée, pour publication, à chaque province.
La photographie du Ouau Coug Ung Lich sera distribuée pour les soins du Tri phu de Thua Thien dans toutes les provinces de notre Empire, en Annam et au Tonkin. Elle sera également affichée, pour qu'elle puisse être connue de tout le monde. Ces photographies seront rendues à la cour, après avoir été vues par le peuple.
Que chacun de vous, mandarins, fonctionnaires, lettrés et hommes du peuple , à la cour et dans les provinces, se conforme à notre volonté.
Le 20*^ jour du lo^ mois de la troisième année de Dong Khanh — 29 novembre 1888.
33o APPENDICES
Etapes de la cour d'Anaam en fuite, à travers la province de CamMon (fin juillet 1885).
iprjour. Ban Ta Pa Chon, sur le Nam Pha Nangaffluent de la Se Bang- Fal, — coucher.
a** jour. Ban Na Pouiig', coucher.
3*^ et 4^ jours. Ban Na Son. coucher deux nuits.
5« jour. Ban Na Pong-, coucher.
6® jour. Ban Soi, coucher,
76 jour. Ban Sok, coucher.
8^ jour. Ban Tha Chon ; g-ué sur le Se Bang- Fai, coucher.
gc jour. Ban Bo, coucher.
Traversée de la montag-ne de Phu Ak.
10*^ jour, coucher dans la montagne.
11^ jour, coucher dans la forêt, sur la rivière Nam On.
12« jour. Ban Tong-, séjour jirolongc.
Durée du voyage de Saigon à Luang Pranbang en remontant le Mékong.
Le voyag-e de Saïg-on à Luang* Prabang' se fait par les soins de la Compag-nie des Messag-eries fluviales de Cochinchine. II était, à la fin de l'année 1897, rég-lé de la façon indiquée ci-dessous. Il doit d'ailleurs en être encore de môme aujourd'hui, les circonstances dans lesquelles ce voyage s'accomplit étant restées les mêmes.
Il faut tenir compte que les bateaux à vapeur ou les pirog-ues ne marchent jamais la nuit.
De Saigon à Pnom Penh, et de là à Kratlé, les bateaux à vapeur des Messageries fluviales font le service en lout temps.
Service à l'époque des hautes eaux, fin juin aux premiers jours d'octobre
1 0 De Pnom Penh à Kratié , vapeur des Messag-eries fluviales, aller deux jours, retour i jour.
1" De Kralié à Khône Sud, vapeur des Messag-eries, aller i jour, retour i jour.
30 Traversée de l'île de Khône en chemiu de fer.
Long-ueur de la lig-ne environ cinq kilomètres et demi.
4" De Khône Nord à Ban Mouang-, vapeur de la Compag-nie, aller i jour, retour i jour.
5'^ De Ban Mouang- à Pak Se, vapeur de la Compag-nie, aller i jour, retour uue demi-journée.
0° De Pak Se à Savannakhet, par pirog-ues, aller i5 à 18 jours, retour 4 à 5 jours.
7° De Savannakhet à Pak Hin Boun,par vapeur de la Compag-nie, aller 1 jour, retour i jour.
8' De Pak Hin Boun à Vien Chan, vapeurde la Compagnie, aller i jour, retour i jour.
9° DeVien Chan à Luang-Prabang, par pirog-ues, aller 22 à 25 jours, retour 8 à 10 jours.
Soit, au total, à l'aller un minimum de 44 à 5o jours, et au retour de 16 à 21 jours.
La distance de Khône à Luang- Prabang- est d'environ 6G0 milles marins, soit 1222 kilomètres.
Service à Vépoqne des basses eaux, du mois d'octobre au mois de juin.
1° De Pnom Penh à Kratié par vapeur de la Compagnie, aller 2 jours, retour i jour.
'1° De Kratié à Stung Treog-, par pirog-ue, aller G à 7 jours, retour 3 jours.
3" De Stung Treng- à Khône, par vapeur, aller une demi-journée, retour une demi-journée.
4" Dj Khône à Ban Dong',pir pirog-ue, aller i jour et •demi, retour i jour et demi.
5'^ DeBanDong-à DonSai, par vapeur, aller une demijournée, retour une demi-journée.
6'J De Don Sai à Pak Se, parpirog"ue, aller 2 jours, retour 2 jours.
7'J De Pak Se à Savannakiiet, par pirogue, aller 18 à 20 jours, retour 10 jours.
8'J De Savannakiiet à Panom, par pirogue, aller ijour, retour i jour.
9° De Panom à Keng Kassek, par vapeur, aller i jour, retour i jour.
10° Transbordement par pirogue à travers le rapide Keng Kassek, aller 6 heures, retour 3 heures.
11° De Keng Kassek à Vien Ghan, par vapeur, aller I jour, retour i jour.
12° De Vien Ghan à Luanc^- Prabang, par pirogue, aller 22 à 20 jours, retour 12 jours.
Soit, en résumé, un minimum de 57 ù C3 jours à l'aller, et de 35 au retour.
Principales voies de communication par terre de la province de Cam Mon.
Pendant la saison sèche, des chemins assez bons conduisent de Pak Hin Boun aux quatre chefs-lieu.x des autres muongs de la province.
Une route, qui s'améliorera chaque année, remonte la rivière Nam Hin Boun jusqu'à Keng Kiet,se dirige sur Cam Keut, Gam Mon, et rejoint Na Huong, poste situé au pied des montagnes d'Annam. Le trajet de Pak Hin Boun à Na Huong se fait en sept jours. De Na Huong à Ha Trai, premier poste de rAnnam,ilfaut encore deux jours, très pénibles pour les piétons, en raison de la traversée des montagnes. De Ha Trai à Vinh, deux jours sont nécessaires par voie de terre ; un jour et une nuit suffisent par voie fluviale. En résumé, le vovage du Mékong à la côte d'Annam par cette voie exige onzejours pour des hommes voyageant à pied, sans être chargés.
Unctrès bonne piste part de Keng-Kiet, sur la rivière Nam Hin Boun, et se dirige directement sur le Mékong-, en deux étapes, aboutissant au villag-e de Ban Don. Ce villag-e est relié à Pak Hin Boun par un bon chemin. — Durée du trajet de Ban Don à Pak Hin Boun, deux jours.
Une piste bien dég-ag-ée, mais qu'il est nécessaire de débroussailler chaque année, conduit du poste de Na Huong- à Mahasay en quatre jours.
Enfin Tha Khek est relié à Mahasay par un excellent sentier; la durée du trajet est de deux jours et demi.
Outre la route de Na Huong* à Ha Trai, par laquelle passent les convois de ravitaillement venant de l'Annam, quatre sentiers assez fréquentés établissent des communications entre la province de Cam Mon et l'Annam.
Le premier part du villag-e abandonné de Na Chan, et aboutit cà Vu Ouang, dans le Ha Tinh.
Le second part de Na Kai, et se dirig-e sur Qui Hop, situé ég-alement dans le Ha Tinh.
Le troisième part de Mahasay, passe par Ban Tong-, et rejoint la vallée du haut Song- Giang, dans le Quang- Binh; c'est cette voie que suivit la cour d'Annam, à sa sortie de la province.
Le quatrième part de la haute vallée de la Se Bang" Fai, et aboutit en Annam à la rivière de Lang- Dai.
En bordure du Mékong", existe un sentier très peu fréquenté par les Laotiens, qui préfèrent la voie du fleuve, reliant le Cam Mon à la province voisine de Vien Chan, au nord, et à celle de Song Khùne au sud. Plusieurs sentiers peu fréquentés font communiquer cette dernière province avec notre muong- de Mahasay.
Enfin, une route, sur laquelle nous n'avons pu avoir que des renseignements peu précis, relie le nord du muong de Cam Keutà la province de Nghé An, et aboutit au marché de Cho Rao, situé sur le Song Ca, rivière de Vinh. Les Laotiens seraient allés autrefois à ce marché, avec leurs éléphants, puis l'auraient délaissé, au
moment des insurrections qui agitèrent toutes les provinces du nord de l'Annam.
Renseignements sur les routes de la rive droite du Mékong
Il nous paraît nécessairededirequelquesmotsdes routes principales de la rive droite du Mékong-. C'est toujours chose utile de savoir ce qui se passe chez ses voisins, surtout quand il existe, comme c'est lecas pour les deux rives du Mékong, tant d'intérêts communs, et uniformité de race et de langage.
— Route de Lakhone à Sakon Lakhone.
Beau chemin de chars ; 3 jours de route.
ler jour — étape à Kout la Kou. — 'Bonne sala. — Rivière avec un très beau pont.
2« jour — déjeuner à la rivière Sa Nen — coucher à Kout Sou Mane.
3^ jour. Sakon Lakhone.
Les chars dont il est fait mention sont traînés par des bœufs. Ce mode de locomotion est emploj'é dans tout le Cambodge, le Siam, certaines provinces du Bas Laos, et sur toute la rive droite du Mékong, Il est absolument inconnu dans la province de Gam Mon. Le mauvais état des chemins, et les ramifications montagneuses qui couvrent le pays en rendraient d'ailleurs l'emploi bien difficile.
— DePaKam,à quarante-cinq minutes de pirogue audessous de Pa Nom, part une bonne route de chars allant à Sakon Lakhone.
— Route de Oubon à Houa Don Tan.
Bonne route de chars, huit journées de marche. Ce serait, d'après les missionnaires, le meilleur chemin pour aller du Mékong à Oubon. On traverse cependant une forêt nommée Dong Mang Hi, assez ravinée, et malsaine surtout à la saison des pluies.
— Si l'on veut aller directement de Sakon Lakhone à
Oubon, 11 faut dix jours de marche. La route est mauvaise ; ce n'est qu'une série de sentiers de montag-ne. Les chars ne peuvent passer qu'en faisant un détour par Ban Monk.
— Route de Pak Hin Boun à Sakon Lakhone. 3 jours de marche.
i""" jour, coucher à Na Nai, ou autre villag-e des envitons.
2^ jour. Kout Sou Mane.
3^ jour, i6 kilomètres de Kout Sou Mane à la mission catholique de Tha Ray, située sur la rive orientale du lac de Sakon Lakhone. De la mission à Sakon Lakhone, 4 heures de marche en contournant le lac.
Les habitants de Kout Sou Mane viennent de chez eux à Pak Hin Boun en une journée de marche, s'ils sont pressés, et non chargés.
— Route de Kemmarat à Oubon ; — quatre journées de route pour un homme à pied. — Pas d'autres renseignements.
— Route de SakonLakhoneà BanDua Makeng-. Cinq jours de trajet.
i®' jour : étape à Ban Phok.
2® jour : Ban Sang- Du.
3e jour : Ban Ngon ,
4' jour : On trouve une série de villages non interrompue jusqu'à Ban Dua Makeng.
5« jour : arrivée de bonne heure à Ban Dua Makeng.
Un homme à cheval fait facilement ce trajet en trois jours. Les courriers du prince siamois qui réside à Ban Dua Makeng arrivent à Sakon Lakhone le 2^ jour au soir, après leur départ.
Tout le long de ce chemin existent des salas très bien organisées, non seulement pour les haltes du soir, mais aussi pour les haltes du milieu de la journée.
— On m'a signalé, sans queje puisse recueillir àcesujet des renseignements précis, une route de chai\s, partant
Oubon en cinq jours. Il y aurait de l'eau à tous les points où l'on doit passer la nuit.
Monnaies et mesures diverses usitées dans la province de Cam Mon.
Monnaies. Avant notre arrivée dans le pays, les monnaies en usages étaient :
Monnaies d'arg-ent : la barre d'arçent annamite, du poids de 370 grammes, d'une valeur de iG piastres.
Il V en a en circulation qui sont fausses.
Le tical rond en boule, monnaie siamoise, du poids de i5 grammes, et d'une valeur de 60 à G2 cents de la piastre. Beaucoup de ces ticaux sont faux.
Le tical plat, à l'effigie du roi de Siam, d'une valeur de 60 cents, monnaie de bon aloi.
Monnaies de cuivre : les pièces de un ou deux ats ou lats, à l'effigie du roi de Slam, valant un ou deux cents; les ats ou lats en forme de petites pirogues de cuivre valant un cent^ proviennent des provinces du Nord du Laos.
Actuellement toutes ces monnaies sont encore en usage, concurremment avec la piastre mexicaine, la piastre indo-chinoise^ et ses subdivisions.
Dans certaines parties des muongs de CamKeut, Cam Mon, et Mahasay, voisines de la frontière annamite, on fait usage des sapèques de cuivre provenant de l'Annam.
Façon de com/>^er. — Les Laotiens comptent toujours par ticaux.
Les sommes importantes sont comptées par tamlungs, c'est-à-dire par quatre ticaux.
Vir eaux.
Dix sangs font un mua.
Dix muns font un hap.
Dix haps font un sen .
Dix sens font un lan.
Dix lans font un kot.
Les subdivisions du tical employées sont :
Le salung-, qui vaut un quart du ticaL
Lo fuong-, qui vaut la moitié du salung-, ou le huitième du tical.
L'at, ou le lat, qui vaut un huitième de fuong", ou la soixante-quatrième partie du tical.
Poids. — Les principaux poids employés dans la province de Cam Mon sont :
le sang-, ou cattie, qui vaut i kil. 200
le mun, ou dix sang-s 12 kilogr.
le hap, ou dix muns 120 kilogr.
le demi-hap. ... 60 kilgr. picule des Annamites, le sen, ou dix haps.. 1200 kilogr.
Ces poids sont employés dans le commerce en gros ; on fait usag-e, pour les pesées, d'une espèce de grande balance romaine.
Les subdivisions du sang- sont le hun, le bat (poids du tical), le talung-. Elles sont employées pour peser l'or, l'arg-ent, et les objets de bijouterie et d'orfèvrerie.
On se sert alors d'une balance chinoise de petites dimensions.
Lonr/aeiirs. — Pour mesurer les iong-ucurs, les Laotiens employent :
Le wa, bra.sse, longueur du bras entier.
Le sok, coudée, long-ueur du coude à l'extrémité du médius.
Le muoi, doigt, longueur du médius.
Le khup, distance de l'extrémité du pouce à l'extrémité de l'indox, en écartant ces doigts sur une table.
Pour mesurer le diamètre des poteaux, on employé l'expression kam, g-rosseur du poing- fermé.
Pour mesurer les dimensions d'un objet de bijouterie ou d'orfèvrerie, on se sert du mot pô, grosseur du pouce.
Mesures itinéraires. — Pour mesurer les distances,
les Laotiens du Cam Mon s'expriment par seu, qui correspond k la lon^^ucur de 20 brasses.
Mesures des liquides. — Il n'existe aucune mesure pour les liquides, qui sont vendus par t.isscs, bouteilles ou jarres. L'eau-de-vie est d'ailleurs le seul liquide qui se puisse vendre.
Mesures des surfaces. — Il n'existe également, dans la province, aucune mesure de surface. Si l'on veut exprimer la surface d'un terrain, on dit : il a tant de brasses de longueur, et de tant de largeur.
Nous croyons intéressant de donner ici, comme exemple, le montant des frais de justice dans une affaire de vol. On verra que la justice est aussi chère en Extrême- Orient que dans nos pays d'Occident.
II s'ag-it d'un vol de deux buffles, valant chacun 20 ticaux environ.
Le voleur est condamné à une amende de 192 tlcaux, n'ayant pu restituer les buffles qui avaient été vendus par lui à des habitants de la rive droite.
Sur cet 192 ticauxjla dixième partie revient aux mandarins du muong, soit 19 ticaux 12 cents.
Les mandarins et fonctionnaires touchent en outre les sommes suivantes :
1° Amende individuelle. ... iG ticaux. 2° Rachat de la peine corporelle ]5 ticaux.
3° Frais de caution i tical.
4° Frais d'acte 1 tical 3o cents.
5° Frais de consullation. . . . 1 tical 3ocents. 6° Frais de siège (déplacement) I tical.
70 Frais de nourriture 3o cents.
8'^ Frais de rédaction 3o cents.
90 Frais de garde du dossier. i tical.
10° Frais de prison 1 tical.
Ce qui donne un total de 42 ticaux, prélevés eux aussi sur l'amende g'énérale de 192 ticaux.
Les mandarins, fonctionnaires, écrivains touchent donc un ensemble de Gi ticaux 12 cents. Le plaignant reçoit la difTerence, soit i3o ticaux 48 cents.
Le rachat de la peine corporelle est toujours facultatif.
Celui qui ne le pave pas est soumis à la peine du rotin.
Principales essences de bois existant dans la province de Cam-Mon.
Mai Denj.
Mai Don .
Mai Khan Nliang.
Mai Khan.
Mai M an Pa.
-Nom Annamite
Bois de rose ÇaylIoiMoc.
Cai/ Trac.
Bois de trac.
Bois à bétel.
Principales Qualités
employé généralement à la fabrication des colonnes et poteaux. Dur et résistant, très connu de tous les Laotiens ; n'est pas attaqué par les fourmis blanches; abondant dans la province. Durée illimitée.
Bois précieux, abonde dans la province, n'est jamais attaqué par les fourmis blanches.
Durée illimitée, atteint au Cam Mon des dimensions inconnues en Annam.
Bois très dur, de couleur noire, plus résistant et plus dur que tous les autres bois connus, estimé de premier ordre, à l'abri des attaques des fourmis blanches; ir.alheureusement assez rare dans la province, se trouve dans les forêts des muong-s de Tha Khek et de Mahasay. Durée illimitée.
Buis très dur, de couleur rouge foncé. Les Laotiens le coupent en petits morceaux pour le chiquer avec le bétel ; à l'abri des fourmis blanches.
Durée illimitée.
Bois gris, très dur et très résistant, n'est pas attaqué par les fourmis blanches. .Durée illimitée.
Mai 31 un.
Mai Chik.
Mai Nhang.
Mai Bi Mai.
31 ai Khao.
3lai Pii)i.
Mai Tioii.
Mai Kliai So.
3Iai Bok.
Mai Ngiou.
.Nom Annamile
Caij 3 fan.
Ebène.
Cai/ Clioai.
Ca\i dan.
liois résineux.
Carj Bang Lang .
Cay Cay.
Cay Gon.
ipales Qualités
Très estimé et très connu, couleur noire, existe , mais assez rare, dans la province, n'est pas attaqué par les fourmis blanches. Durée illimitée.
Bois dur et résistant, très connu et très commun dans la province, employé à la fabrication des poteaux de maisons, n'est pas attaqué par les fourmis blanches. Durée il limitée.
Très commun et très connu de tous les Laotiens. On en extrait de la résine pour la fabrication des torches. Employé à la fabrication des planches , peu résistant s'il est place en terre, attaqué à la long'ue par les fourmis blanches. Durée go à looans.
Bois dur, mais peu résistant. Durée 6 à 10 ans.
Bois blanc, de qualité inférieure; on en fabrique des planches. Durée 5 ans.
Bois blanc, peu résistant, employé dans les travaux de menuiserie. Durée lo ans.
Bois de qualité inférieure.
Durée 7 ans.
Bois de qualité inférieure.
Durée 7 ans.
Arbre donnant des fruits dont on extrait l'huile d'éclairaye .
Faux cotonniers, bois peu résistant, mais l'arbre fournit d'excellent coton, un peu court, mais de bonne qualité.
Nom Laotien
Mai Hang .
Mai Hat.
Mai Të.
Mai Khen II in.
Mai Khen.
Mai SaBeng.
Mai Ka San.
Mai Pek.
Cay Sen.
Cag Xoag.
Cag Go.
Cag Sao Da.
Cag Sao.
Cag Thong.
Piu maritime.
Principale
Bois dur et résistant, très estimé; abonde dans la province, n'est pas attaqué par les fourmis blanches. Durée illimitée.
Bois dur et résistant, couleur jaune, abondant dans la province, n'est pas attaqué par les fourmis blanches.
Durée illimitée.
Bois dur et résistant, belle couleur noir foncé, n'est pas attaqué par les fourmis blanches. Durée illimitée.
Bois très dur, de couleur rouge, très lourd, n'est pas attaqué par les fourmis blanches. Durée illimitée.
Bois peu dur et peu résistant, le seul em])l()yé à la fabrication des pirogues. Durée 12 a i5 ans.
Bois dur et résistant, très abondant dans la province, n'est pas attaqué par les fourmis blanches. Durée illimitée.
Bois dur, ressemblant beaucoup au précédent, et ayant les mêmes qualités.
Peu apprécié des Laotiens, qui le considèrent comme amenant le malheur.
Cne cinquantaine d'essences de qualité inférieure, tiès répandues dans toute la province, sont utilisées par les Laotiens pour leurs besoins journalicrs.il nous paraît inutile d'en donner ici la nomenclature.
Frix des principaux produits et denrées de la province.
Elé[)hant
Défenses d'éléphant .
Buffle
Bœuf
Cheval
Porcs
Canard
Poulet
Œufs
Elain . .
Sel de Na Kai .....
Indigo
Résine
Laque ,
Cire'
Caoutchouc (Vicn Khan)
Soie en fils
Coton brut . .
Paddy nep
Piiz ncp
lllz blanc
Soo francs
4o francs lapaire.
32 francs
o à i5 francs. .
/[O francs
à 10 francs. . .
0 fr. 35 à 0 fr.4o 0 fr. 20
0 fr . 3o
1 fr. :i5
0 f r . ôo ....... .
1 fr. 5o
1 fr. 5o. .
0 fr . Go
4 francs
2 fr. 5o
[\o francs
7 fr . 5o
1 fr. 5o
1 fr. 50
2 fr. 20
(aille moyenne, par tête, id.
iJ.
id.
id.
id.
la douzaine.
le kilogr.
les 12 kilogr.
id.
id.
le kilogramme.
id.
les 3 kilogr.
les 3 kilogr.
les 6o kiiogr,
les 24 kilogr.
les 12 kilogr.
les 12 kilosrr.
se
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