CHAPITRE X
LE MEKONG
Le Mékong. — Un prince siamois vice-roi à Ban Dua Makeng.
— Le cours du fleuve. — Les îles et les rapides. — Les grands centres de la rive droite, Saniaboury, Outhène, Lakhone. — Une relique de Boudha. — La plaine du vent.
— Pirogues et radeaux. — Les Messageries fluviales. — Cours pittoresque de la rivière NamHinBoun. — Les crocodiles. — Voies de communication terrestres.
Le Mékong^ borde la province de Cam INIon depuis le confluent de la rivière Nam Ka Dinh, jusqu'à celui de la rivière Se Banc Fai, sur une longueur de cent quatre-vingts kilomètres environ ; il coule dans une direction nord-ouest-sud-est depuis son entrée dans la province jusqu'à Lakhone. A partir de ce point il prend franchement la direction nord -sud.
Le fleuve est français, en vertu du traité conclu en 1893 avec le Siam; il en est de même des nombreuses îles que contient son lit, et, sur la rive droite, se trouve, on le sait, un zone réservée de ving-t-cinq kilomètres de largeur, dans .laquelle les Siamois ne peuvent avoir ni troupe armée, ni étatablissement fortifié, la police devant y être faite par les autorités locales seules.
Les Siamois ont paré aux désavanlai^es que peuvent avoir pour eux cette clause imposée par nous, en établissant le centre de leur domination en pays laotien à Ban Dua Makeng-, point situé derrière la ville importante de Nong- Kliay, et à la limite même de la zone réservée.
Ils ont créé à Ban Dua Makeng- un poste administratif d'une importance considérable, occupé par une troupe assez nombreuse, armée et équipée à la mode européenne, et commandée, en partie, par des officiers d'oriçine allemande et danoise.
Ce poste est la résidence d'un frère du roi de Siam actuel, le prince PraChak, homme de 38 ans, énergique et intellig^ent. Ce grand personnage est secondé dans la vice-royauté qu'il exerce sur toutes les provinces du Nord, par trois dig-nitaires d'un rangtrès élevé : Mon Chau *, neveu du roi précédent, second du prince, âgé de 45 ans, d'un caractère rusé, mais peu intelligent, le vrai type du Siamois; Luong- Vitchit, âg-é de 3o ans, matois et entêté; Mon Damrong-, âgé de 35 ans, qui, pendant huit années, a fait ses études en Angleterre. Tous passent pour être animés à notre égard des sentiments les moins sympathiques. Le prince a voyagé à plusieurs reprises en Europe, et parle particulièrement bien la langue anglaise. Ban Dua Makeng est relié à Bangkok par le télégraphe, et à Nong Khay, sur le fleuve, par le téléphone.
I. Au Siam, la prcfîxe Mon, placée devant uu nom propre, désigne un membre de la famille royale, comme celle de Ton That, en Annam.
Ce centre de Ban Dua Makcng' est à suivcillci', étant données l'agg-loniération rclativeinenl importante de troupes fjii'v ont installée les Siamois, et d'autre part la faiblesse des forces que nous possédons sur le fleuve ; il pourrait être, en cas de complications toujours possibles, un dani^er sérieux pour notre poste administratif de Vien Chan.
Les deux rives du Mékong, au point où ce fleuve commence à longer notre province, sont plates et couvertes de bambous. Le premier affluent qui lui apporte des eaux venant du Cam Mon est le Nam Thon, dont la largeur est de douze à quinze mètres, et la profondeur de cinq à six. Un peu plus bas, on rencontre l'île Don Pheng-, célèbre par sa plantation de tabac réputé dans toute la région.
Sur notre rive, un peu au sud de cette île, se trouve le petit village de Ban Don, où commence une bonne route rejoignant Keng Kiet, sur le Nam Hin Bonn. C'est de Ban Don que devra partir un jour la route de terre reliant, à travers la province de Cam Mon, le Mékong à la côte d'Annam. Les Messageries fluviales, en raison de cette éventualité, avaient, en 1897, le projet d'y établir un poste important.
En descendant le fleuve, on passe près de l'île de Don Nahé, au-dessous de laquelle trois rapides peu dangereux sont visibles aux basses eaux : le Keng * Plioung, le Keng Ngouk, et le Keng Phoum. Puis on rencontre la grande île de Don Ka Sek, et le
I. En langue laotienne Keng signifie rapide, et Don, notre mol île.
rapide très important du même nom, point de transbordement pour les messageries fluviales pendant la saison sèche, les bateaux à vapeur ne pouvant franchir cet obstacle qu'à Tépoque des grandes eaux.
Sur la rive droite, au confluent d'un petit cours d'eau, nous voyons le grand village de Saniaboury, chef-lieu d'un muong. Le muong de Saniaboury, si nous devons croire les renseignements qui nous ont été donnés par un de ses mandarins, comprend environ quinze cents inscrits. Ce lieu est réputé pour la fabrication des grandes pirogues, et il s'y fait un commerce assez fort de ces embarcations. Chaque année, un pèlerinage très nombreux descend de Saniaboury, en pirogues, pour se rendre à une pagode d'Outhène. Les pèlerins qui se couvrent, pour cette circonstance solennelle, de vêtements rouges, et les nombreuses bannières qu'ils apportent, produisent, descendant le fleuve aux sons des instruments de musique, un spectacle très pittoresque.
Au-dessous de Saniaboury, en face de Pak II in Boim, se trouve l'agglomération très importante d'Outhène, nmongqui contient 25oo à3ooo inscrits. Là réside un Chau Muong dont les titres sont Phra Si Vola Lat Chau Muong Outhène.
A l'extrémité sud du village, des Annamites, émigrés de leur pays au moment des troubles, ont fondé un hameau d'une vingtaine de maisons. En leur (pialité d'étrangers, suivant la coutume généralement adoptée sur la rive droite, ces Annamites
ne payent ancun impôt, et ne sont même pas astreints au droit fixe de distillation de l'acool. Ils en fabriquent cependant de grandes quantités, et ils ont créé, avec le soin habituel qu'ils apportent à la culture, de belles rizières qui s'étendent chaque année.
Outhène possède trois jolies pagodes desservies j)ar de nombreux bonzes. Nous avons eu dans ce nuiong, pendant quelque temps, un agent commercial, qui était en même temps représentant du syndicat du Laos. Pour des motifs d'ordres divers et dont l'exposé nous entraînerait hors du cadre de cette étude, cette combinaison n'a pas paru donner à Outhène les bons résultats qu'on en attendait ; l'agent commercial a donc été supprimé dès la (in de 1896, et la surveillance de la zone réservée sur la rive droite a été, à le même époque, confiée au commissaire du gouvernement du Cam Mon, dont la résidence est à Pak Hin Boun.
La France possède, dans Outhène même, à la pointe nord du village, et sur les rives du Mékong, un terrain assez vaste, qui nous a été concédé pour y construire les bâtiments de l'agence commerciale. Ces bâtiments sont restés provisoires, jusqu'à présent.
A quelques kilomètres en aval de Pak Hin Boun, se trouve la grande île de Don Don, dans laquelle est installée une mission catholique assez prospère, et dont nous avons déjà parlé, dirigée par un jeune missionnaire rempli d'ardeur et de dévouement. En arrivant à hauteur de la pointe sud de cette île, on peut admirer, sur la rive droite, les construc-
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lions très importantes, élevées par la mission pour servir de résidence au Père ProYicaire,chef des missions du Laos. La maison principale, très bien comprise, à étages très élevés et bien aérés, est la plus belle qui ait été construite juscpi'à présent dans toute cette partie du bassin du Mékong-. De vastes logements y sont aménagés, pour pouvoir donner abri à tous les missionnaires du Laos, qui doivent se réunir chaque année, vers le mois de novembre, pour faire une retraite, et conférer avec leur supérieur sur les intérêts particuliers de leurs circonscriptions.
Le muong de Lakhone, situé sur la rive droite du fleuve, en aval de Don Don, est un centre très important. Il comprend plus de trois cents maisons, cinq pagodes, habitées chacune par une quinzaine de bonzes, et de nombreux magasins de commerçants chinois. L'impôt est payé par 2400 inscrits ; la population cultive le riz, le coton et le tabac. Nous avons déjà eu occasion de parler du ChauMuong de Lakhone, devenu notre ChauMuong de Tha Khek, à la suite de son passage sur la rive française.
En arrière de Lakhone vit une petite colonie de deux cent cinquante Annamites, habitant depuis vingtcinq ans des hameaux qu'ils ont construits au delà des rizières des Laotiens. Ici, comme partout ailleurs, au Laos siamois, ces Annamites sont exempts de tout impôt. Les hommes ont conservé le costume annamite complet: les femmes ont abandonné le pantalon pour adopter le jupon laotien.
On sait, du reste, que le jupon est l'ancien costume traditionnel de la femme annamite ; il est encore porté au Tonkin, et dans les provinces du nord de l'Annam, jusqu'à Vinh. C'est seulement de])uis le règne de Minh Mang- que les femmes des autres parties de l'empire, y compris la Cochinchine, ont commencé à faire usage du pantalon.
Lakhone est le point où le Mékong est le plus rapproché de la côte d' Annam ; c'est pour ce motif que le docteur Harmand a choisi ce muong comme lieu de départ de son voyage d'exploration à traverg les régions laotiennes de le rive gauche, à la suite duquel il arriva heureusement à Quang Tii.
Nous avons à Lakhone une agence commerciale bien installée, et qui nous a rendu des services très appréciibbs.
En face de Lakhone, mais légèrement en aval, est situé le joli village de Tha Khek, chef-lieu de notre muong de ce nom. Nous y avons un poste, aujourd'hui inoccupé, mais qui fut, avant l'installation à Pak 1:1 in Boun, le siège du commissariat du gouvernement de la province.
Entre Tha Khek et le confluent de la Se Bang Fai, nous rencontrons un série de six îles i, dans lesquelles les Laotiens cultivent le tabac. En face de l'une de ces îles est située, sur notre rive, la petite mission catholique de Ban Sieng Vang, récemment créée, et administrée par le P. Xavier Guégo. Ce dévoué et très patriote missionnaire est parvenu, à
I. Ces îles portent les noms de Don Hat Sien, Don Ma Lai, Don Hi Kuai, Don Mak Mo, Don Sai et Doq Baug Mo.
force d'ardeur et de zèle continu, à faire des prosélytes parmi les Sos de la rég-ion.
Enfin, en face du confluent de la rivière Se Bang- Fai, qui limite notre province au Sud, on aperçoit les maisons du muong- Panom, qui relève de Lakhone. Ce village, renommé pour son importance relig-ieuse, est célèbre dans tous le Laos par le tliat qu'il contient. Ce monument, réuni au fleuve par une allée relevée en forme de digue, de quatre cents mètres de long-ueur, est entouré de quatre enceintes en briques. L'enceinte extérieure a quatre-vingt-dix mètres de côté. Le that lui-même, selon Garnier, qui l'a mesuré, aurait quarante-cinq mètres de hauteur, sur dix mètres de côté à sa base. Il est construit en briques, et l'extrémité supérieure en fut autrefois dorée. Les pagodes qui l'entourent contiennent une trentaine de bonzes. Ce monument est réputé comme renfermant une relique de Boudha, qui y aurait été apportée par un de ses disciples, très peu de temps après sa mort, soit l'an 536 avant Jésus-Christ.
Le fleuve Mékong-, dans toute la partie qui borde la province, a une largeur moyenne c[ui varie entre 1200 et i4oo mètres. Il roule entre des rives très encaissées, qui lui permettent des crues de douze à quatorze mètres, sans inonder les plaines voisines. A l'époque de la saison sèche, de nombreux bancs de sable apparaissent, soit sur ses rives, soit au milieu même de son lit. C'est ainsi qu'en face de Pak Hin Bonn s'étend, pendant cinq mois de l'année, un large et très long- banc de sable, qui rend les
conniiiiiiications avec Oiithèiio Ijieii difficiles, par suite du grand détour qu'il faut faire pour le contourner.
Le fleuve, coulant en lii^ne sensiblement droite depuis le nord de la province jusqu'à Lakhone, sur cette énorme largeur de i4oo mètres, devient très agité au moment d'un coup de vent qui arrive du Nord, chaque jour, avec une force inouïe, entre trois et quatre heures de l'après-midi. Il se forme alors d'énormes vagues, qui peuvent devenir dangereuses, si l'on ne prend pas certaines précautions, et qui rendent la traversée en pirogue bien difficile. Le phénomène dure à peine une demi-heure, puis le vent s'apaise, et les eaux reprennent immédiatement leur tranquillité habituelle. Les Laotiens, dans leur langage imagé, dénomment cette partie du fleuve : la plaine du vent.
Il faut signaler, à titre de curiosité, entre Pak Hin Bonn et l'île Don Don, un rocher qui est apparent seulement à la saison des basses eaux, réputé pour porter l'empreinte des pieds de Boudha. Dès C[ue les eaux descendantes laissent ce rocher à découvert, les Laotiens des villages environnants y apportent des offrandes, et l'ornent de drapeaux.
Les pirogues descendent très facilement le fleuve en tout temps, mais le voyage devient pénible et long quand ils s'agit de remonter le courant, très violent, principalement à l'époque des fortes crues. On ne marche plus alors à l'aviron , mais à la perche, en suivant les rives du fleuve, sur lesquelles on prend un point d'appui. Il existe à certains
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endroits des rochers qu'il est, dans ce cas, fort difficile de doubler.
Lespirog-ues en usage sur le fleuve et ses affluents sont toutes creusées dans les troncs de certains arbres, au moyen du feu et de la hache, puis élargies l)eu à peu au moyen de coins. Les plus grandes ont une largeur de i m. 20 sur une longueur de 10 à 12 mètres. On les recouvre, pour voyager, d'une toiture de forme semi-circulaire, tressée en rotins, et garnie de feuilles de latanier, de façon à s'abriter, autant que faire se peut, contre les feux du soleil, ou contre les grandes pluies, suivant la saison.
Les Laotiens venant des régions du nord, pour amener vers les grands marchés du sud des marchandises lourdes et encombrantes, accouplent l'une à l'autre deux pirogues solidement réunies par des liens de rotin, y construisent une plate-forme de bambous recouverte d'une toiture, constituant ainsi un radeau couvert, et se laissent, à la saison des hautes eaux, descendre au fil de l'eau.
La crue moyenne du fleuve est, dans nos parages, de 12 à i4 mètres. Elle commence dans les premiers jours de mai, pour atteindre son maximum au début du mois d'août. A la fin du même mois d'août, les eaux du fleuve commencent à baisser.
Le Massie, canonnière de la marine, commandée par un enseigne de vaisseau, ayaut pour équipage quatre matelots français et une dizaine d'Annamites, était, jusqu'en 1897, chargée de la police du fleuve et de ses affluents. Le commandant de ce bateau nç, devait, toutefois, exercer une action quelconque
qu'après avoir rendu compte aux représentants du gouvernement des opérations qu'il jugeait utiles. Le raj'on de sa surveillance s'étendait dans tout le bief compris entre Savannakhet et Vien Chan, le long des territoires des provinces de Song- Khône et de Cam Mon, relevant alors du Bas Laos, et de celle de Tien Chan, qui appartenait au Haut Laos.
Le ravitaillement de cette petite canonnière était des plus onéreux pour l'Etat, tous ses approvisionnements devant venir de la côte d'Annam, à dos d'éléphants, par la voie duXam mon. L'utilité de cette dépense était au moins contestable, le fleuve étant absolument tranquille, et notre domination ii'v étant, en aucune façon, contestée. En outre, l'apparition,dans les derniers jours de 1896, des bateaux delà Compagnie des Messageries fluviales, leColombert et le Trentinian, établissant un service régulier, ne faisaient qu'augmenter l'inutilité du Massie. En cas de besoin, en effet, les nouveaux bateaux, si descomplications gravessurvenaient, seraient armés, et pourraient être réquisitionnés par l'administration. La canonnière a donc été cédée à la Compagnie chargée du service du fleuve, et, dès ce moment, a pu devenir d'un emploi intéressant, son faible tirant d'eau lui permettant de franchir, à certaines saisons, des passages défendus au Colombert et au Trentinian^ qui calent davantage.
Le Massie, ainsi que la canonnière la Grandière, actuellement dans les eaux du haut fleuve, au nord de Luang Prabang, ont été amenés dans le bief Savannakhet Vien Chan, par le commandant
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Simon, lieutenant de vaisseau, commandant alors la flottille du Haut Mékong. Cet officier, auquel la Société de Géographie vient de décerner, en iSgg, pour son atlas du Mékong-, la médaille d'or instituée par le prix Devez, a accompli des prodiges sur notre g-rand fleuve. Il est actuellement hors cadres, à la disposition de la Compagnie des Messageries fluviales de Cochinchine, où il remplit les fonctions de Directeur technique. C'est encore lui qui, en cette qualité, a conduit dans les eaux de notre province les bateaux de la Compagnie, Colombert et Trentinian.
Le commandant Simon a dû lutter contre des difficultés sans nombre, d'abord pour amener ses bateaux aux points où ils devaient être utilisés, ensuite pour organiser un service difficile qui, dès les premiers moments, s'est fait avec régularité, malgré les conditions défectueuses dans lesquelles on se trouvait, et le peu de moyens dont on pouvait disposer.
Ceux qui ne l'ont pas, comme nous, vu à l'œuvre, demeurant, malgré un état de santé très affaibli par le climat, des heures entières dans les eaux du fleuve, pour déterminer un point de passag-e, ou reconnaître et baliser un rocher, ne peuvent se rendre compte des obstacles qu'il a surmontés. C'est un devoir pour tous ceux qui, dans leurs études, sont amenés à parler du Mékong-, de rendre à cet admirable officier la justice qu'il mérite, devoir bien agréable à accomplir, car la valeur du commandant Simon n'a d'ég-ale que sa modestie, et son caractère uniformément sympathique le fait aimer de tous.
Pendant la saison des liantes eaux, le service hebdomadaire des Messa^^eries fluviales, effectué par les deux bateaux dont nous avons parlé, le Colombert et le Trentinian, se fait régulièrement, et sans aucune interruption, sur la lig-ne Savanna- Khet-Pak Hin Boun-Vien Chan. Les deux bateaux se croisent chaque semaine à Pak Hin Boun, où ils passent la nuit. Sitôt que la baisse des eaux commence, cette partie du fleuve se trouve coupée en trois tronçons par deux rapides infranchissables pour les bateaux, le Keng' Kabao, situé en face dePanom, et le Keng- Kassek, qui se trouve près de Saniaboury . Le service se fait alors de la façon suivante : en pirog^ue de Savannakhet à Panom ; en bateau à vapeur de Panom au Keng Kassek ; là s'opère un transbordement en pirogue, à travers le rapide, et l'on reprend, après avoir franchi cet obstacle, le second bateau à vapeur qui va alors directement jusqu'à Vien Chan *.
Jusqu'à présent, les ateliers de réparations, magasins et bureaux de la Compagnie des Messageries fluviales sont installés à Savannakhet, mais on sera forcément amené à les transporter en partie à Pak Hin Boun, en partie à Vien Chan. Les échouages, en effet, et conséquemment les avaries peuvent se produire àl'époquedes basses eaux plus facilement qu'en tout autre temps, et, précisément, à ce moment de l'année, les deux vapeurs ne peuvent descendre jusqu'à Savannakhet, et se trouvent tous les deux blo-
1. Voir aux notes la façon dont s'opère le voyage complet du grand tleuve, de Saïgon à Luang Prabang.
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qiiés, l'un clans les eaux de Pak îlin Bonn, l'autre dans celles de Vien Ghan.
11 était difficile de tout créer et de tout prévoir d'une façon définitive dès les premiers essais, et ces améliorations se produiront assurément à très bref délai, si toutefois elles ne sont des maintenant accomplies. Les résultats atteints à la fin de 1897, en pleine période d'organisation, étaient déjà des plus satisfaisants.
Le Mékong- reçoit, dans la province de Cam Mon, trois affluents principaux dont il est nécessaire de dire quelques mots : le Nam Ka Diidj, le Nam Hin Boun, et la Se Bang Fai.
Le Nam Ka Dinli, ou Nam Teune, prend naissance au milieu du muong de Cam Mon, dans un plateau très élevé et très irrégulier où se trouve la ligne de séparation entre les bassins du Mékong et de la mer de Chine. Cette rivière torrentueuse, qui coupe le plateau de Na Kai, et en reçoit toutes les eaux, présente ce fait singulier d'avoir des affluents navigables, tandis qu'elle-même n'est pas accessible à la navigation sur la plus grande partie de son cours.
On s'expliquera facilement cette bizarrerie, en jetant les yeux sur une carte, et en remarquant la différence énorme d'altitude que présente son cours, sur une distance inférieure à soixante kilomètres, immédiatement en aval de son confluent.
La rivière Xam Hin Boun prend sa source dans les pentes ouest du plateau de Na Kai, et, après un cours de quelques kilomètres seulement, elle vient
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lieurler une liante iiuiiaille de niail)re, dont l'épaisseur peut être évaluée à huit kilomètres.
Cependant cette pittoresque rivière a réussi à percer complètement un tel obstacle; elle passe en tunnel sous les rochers, et trace de nombreux méandres dans l'immense grotte où elle reste si longtemps renfermée. Nous avons pu visiter une partie de cette grotte, car il est facile de descendre la rivière souterraine pendant quelque temps, en se servant de petites pirogues, et c'est un des spectacles les plus curieux que nous ayons vus en Indo-Chine.
Du côté du sud, le Nam Hin Boun sort du rocher par une ouverture semi-circulaire, si régulière qu'on peut se croire en présence de l'arche d'un pont gigantesque, ou d'un immense tunnel creusé par la main des hommes.
L'orifice en est élevé de (pielques mètres seulement au-dessus du bassin inférieur, qui s'élar^-it en une large nappe où l'eau tombe avec une lente régularité pleine de puissance. Au-dessus, la muraille de marbre, où s'accrochent quelques lianes et quelques arbustes qui la tapissent, s'élèveverticalement à une hauteur de plus de cinq cents mètres, et s'étend en ligne droite, de l'est à l'ouest, à perte de vue. C'est le pays béni des légendes et des pis (génies), qui peuvent seuls, au dire des Laotiens, avoir conçu et exécuté un pareil travail.
La rivière Nam Hin Boun devient navigable pour toutes les pirogues, au village de Keng Kiêt, où se trouve un ancien poste siamois, occupé pendant quelque tempspar nos milices, puis abandonné,
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et que nous avons conservé pour servir de lieu de halte aux fonctionnaires de la province, au moment de leurs tournées.
C'est près de ce poste que se trouve, comme nous l'avons vu, la tombe de l'inspecteur Grosgurin, assassiné par les Siamois le 5 juin 1898. Grosgurin avait été, pendant une année, sous-lieutenant au 26 bataillon de chasseurs annamites, dont nous avons rappelé le souvenir, en parlant de notre traversée de la province de Quang Binh.
La rivière Nam Hin Boun est habitée, à certains points, par des crocodiles de taille assez restreinte, deux mètres au maximum, redoutables néanmoins, et dang-ereux pour le voyageur qui se baig-nerait dans ses eaux sans s'être muni de renseignements.
Je me mis à l'affût en pirog-uCjUne certaine nuit, pour essayer de tuer un de ces animaux, mais je ne pus parvenir à les apercevoir. Ils étaient bien là, cependant, car j'entendais très distinctement le bruit particulier que produit le claquement de leurs mâchoires.
La Se Bang Fai prend sa source dans les montagnes qui séparent le muong- de Mahasay de l'Empire d'Annam, traverse ce muong- tout entier, puis passe à Phu Va, village près duquel se trouve Mahasay, chef-lieu de la province, et résidence du Chau Muong. Le muong de Mahasay est dénommé par les Annamites muong de Phu Va. La Se Bang Fai longe ensuite, dans des détours très sinueux, le muong de Tlia Khek, qu'elle sépare de la province
(le SongKhône, et sejetle dans le Mékoiii,'-, en face de Panom, par un estuaire très sablonneux. Cette rivière n'est navi^i'able [)our les pirogues que jusqu'à quelques kilomètres seulement au delà de Pliu Va.
La haute vallée de la Se Bang- Faï fut le théâtre de graves événements, lorsque la cour d'Annam en fuite chercha un refuge dans le muong de Mahasay. Les fugitifs ne purent s'y maintenir, et durent, quelques jours après leur arrivée, abandonner leur retraite, pour gagner la région de Ban Tong, en présence de la mauvaise volonté des Siamois, qui étaient alors les maîtres du pays.
Pendant la saison sèche, qui règne dans la pro- A'ince des premiers jours du mois de novembre au milieu du mois de juin, des chemins assez bons conduisent de Pak Hin Boun aux chefs-lieux des autres muongs 1. Sitôt, au contraire, que vient la saison des pluies, tout le pays est couvert d'eau, et la circulation devient très difficile, sinon impossible ; aussi les Laotiens restent chez eux, et ne sortent jamais de leurs villages, à cette époque de l'année.
A ce moment, en effet, toutes les passerelles qui ont été établies au commencement de la saison sèche sont emportées par les eaux, les moyens dont le pays dispose ne permettant pas, jusqu'à présent, de construire des ponts qui puissent résister aux grandes crues. Il en sera de même jusqu'à ce qu'on puisse placer sur les cours d'eau secondaires, ou torrents, des ponts Eiffel dont la présence serait bien
I. Voir aux noies des indications sur les principaux chemins.
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utile, au moins sur la route qui conduit en Annam, les courriers venant de ce pays se trouvant constamment arrêtés, souvent pendant des semaines entières, devant un ruisseau dont les grandes pluies ont fait un torrent infranchissable.
Parfois, lorsque les pluies ont une durée et une violence exceptionnelles, certaines vallées, dans lesquelles l'écoulement se fait mal, sont envahies par des masses d'eau. C'est ainsi que nous avons pu voir, dans la sala dePhu Va, près de Mahasay, une coche faite sur une colonne, indiquant le niveau atteint par les eaux pendant la saison des pluies de 1890. Cette coche est à 2 m. 60 au-dessus du niveau du sol, el cependant la vallée de Phu Va est larg-e, et compte plusieurs kilomètres de longueur. Le voyageur qui se trouverait en route au moment d'une de ces crues exceptionnelles serait fatalement exposé à périr.
Jusqu'à la fin de 1897, la province de Cam Mon était desservie, pour le service postal, par le bureau de postes et télégraphe de Savannakhet, mais, dès le début de 1898, un bureau du même genre était installé à Pak Hin Boun même. La ligne télégra- [)hique est certainement prolongée, à l'heure actuelle, jusqu'à Vien Chan et Luang Prabang, et tous les centres administratifs du Laos sont reliés par le télégraphe, entre eux, et au réseau universel.
Ainsi le progrès envahit peu à peu notre globe, et les populations que leurs instincts et leurs goûts éloigneraient le plus de l'activité et du travail sont, après les autres, forcées de subir ses lois.
COLONISATION
M. Pauliat, sénateur, charg-é, parunecommission de la haute assemblée, d'étudier une proposition relative à la constitution de Compagnies de colonisation, a publié à ce sujet un travail très intéressant, et d'une importance considérable.
Il nous montre d'abord le mouvement d'expansion de la plupart des peuples civilisés, depuis une vingtaine d'années. Les nations européennes tendent de plus en plus à s'emparer de toutes les terres disponibles du globe ; c'est ainsi que la France, l'Angleterre, la Russie, l'Allemagne, l'Italie, la Belgique ne cessent, depuis long-temps déjà, de s'annexer de nouvelles colonies. M. Pauliat en tire cette conclusion, que les Etats qui sont restés en dehors de ce mouvement se trouveront, durant le siècle qui va commencer, dans une véritable situation d'infériorité vis-à-vis des autres.
M. Pauliat traite alors cette question si importante, et tant controversée, de savoir si la France saura tirer elle-même parti de ses colonies. Si les Français n'émig-rentpas, si leurs capitaux se refusent à aller aux colonies, cela tient-il à des causes irrémédiables, ou à un état de choses passag^er ?
COLONISATION
Et il fait alors un historique très intérossant et très complet de la France coloniale. Il établit notamment que, même avant le moment où Richelieu s'occupa de doter la couronne de France de colonies, il existait, dans notre pays, de puissants courants d'émigration vers les contrées exotiques. Il rappelle la création des grandes compagnies; il en fait la critique, et démontre aussi les avantages qu'elles ont procurés, parmi lesquels, notamment, la création, par leur intermédiaire, de nombreuses colonies.
Il y eut, dit le rapporteur, vers la fin du xvii" et et pendant le xviii* siècle, un immense mouvement colonial, et la France fut la première entre les nations colonisatrices de l'Europe. Ce fut l'époque de la création, par Law, de la Compagnie des Indes Occidentales, et des Indes Orientales.
En présence de l'œuvre coloniale de cette époque, on ne saurait, sans invraisemblance, accuser notre pays de n'être pas colonisateur.
La France a été arrêtée dans son expansion au dehors par la révolution, mais cet arrêt tient à des causes et à des circonstances toutes particulières, auxquelles il serait facile de porter remède.
Sous la révolution et le premier Empire, il étai absolument impossible à la France, qui avait sans cesse à lutter pour son existence propre, d'avoir une politique coloniale. Après Napoléon P'', nous avions perdu toutes nos colonies les plus importantes, le Canada, les Indes, et nous avions du céder la Louis-ane aux Etals-Unis, dans l'impossi-
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liililé où nous nous trouvicKis de lii défendre contre les convoitises de l'Angleterre.
Les lois de succession ont eu, après i8i5, une réelle influence sur l'arrêt de l'émigration de ceux qui avaient été, auparavant, nos principaux colonisateurs. L'abolition du droit d'aînesse, en établissant l'éçalité de fortune dans les familles, eut pour effet de retenir dans la mère patrie les cadets des familles riches, qui, autrefois obligés de se créer une situation personnelle, avaient, pour principale ressource, l'exploitation de nos colonies.
« Toutefois, ajouteM. Pauliat,il estindcniablequ'à l'heure actuelle on constate les symptômes les plus évidentsd\i ne reprise de notre expansion coloniale. »
II était urgent que ce mouvement, si longtemps arrêté, reprît en France. L'ère des conquêtes lointaines paraît définitivement close; il faut donc, dès l'heure actuelle, s'occuper de mettre en valeur l'immense domaine colonial que nous ont conquis nos soldats.
C'est pour nos affaires que nous devons aller aux colonies, en Indo-Chine, au Soudan, au Cong^o, pour trouver des acheteurs d'une partie de notre excédent de production, des vendeurs à bon marché de matières premières, des centres de populations travailleuses, pourvues de bras, manquant d'arg'cnt. Mais il est nécessaire, dans notre intérêt même, que notre séjour aux colonies profite aux habitants du pays comme à nous-mêmes, que nous les aidions à augmenter leurs productions, leurbienêtre, que nous enrichissions la colonie peu à peu.
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Tous en profiteront, et eux, et nous. Pour cela, nous, Occidentaux, nous sommes utiles, indispensables même, en important des fonds, notre expérience, notre outillag-e industriel, nos avis, notre savoir, et surtout en nous montrant, en toutes circonstances, honnêtes et équitables.
Les Laotiens du Cam Mon ont, jusqu'à présent, très peu de besoins, et trouvent généralement de muong- à muong- les très rares objets de consommation ou de luxe qui leur manquent sur place ; l'importation européenne ne peut donc acquérir une certaine importance que dans quelques années, quand les habitudes se seront modifiées.
Le premier devoir des administrateurs est de repeupler le Laos français, en cherchant à y attirer les populations que les Siamois ont emmenées sur la rive droite, à la suite des g'uerres de Vien Chan. De ce côté seul il y a fort à faire : nous avons vu, en effet, pour nous occuper exclusivement de la province de Cam Mon, que le chiffre de sa population actuelle flotte dans les environs de 35.ooo habitants, pour une étendue de territoire de 35. ooo kilomètres carrés.
D'après les renseig-nements recueillis près des mandarins de chacun des muongs, le nombre d'habitants orig-inaires des territoires formant actuellement la province de Cam Mon, et résidant sur la rive droit du Mékong-, serait d'environ 70.000. On peut juger, d'après ce chiffre, du degré d'activité qu a[)porterait à notre province le retour de ces anciens érnivirés.
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Attirer rinimiyration annamite au Cani Mon paraît œuvre difficile, en ce moment, pour bien des raisons. Il n'y a d'ailleurs, crojons-nous, aucune utilité à faire des efforts dans ce sens, car peu à peu les Annamitesy viendront d'eux-mêmes. La race est très prolifique, et douée de qualités d'expansion incroyables. En quelques siècles, à peine, descendant du Tonkin, elle a envahi l'Annam actuel et la Cochinchine, elle serait au Cambodge, et même au Siam, si les guerres que l'empire a soutenues contre nous n'avaient, pendant les trente-cinq dernières années, donné un autre but à son activité. Elle s'étendra donc sur les territoires du Laos, et la province de Cam Mon paraît appelée à bénéficier la première de cette immigration, avec sa voisine la province de Song- Kbône,mais dans des conditions meilleures que celte dernière, parce que le sol du Cam Mon est beaucoup plus riche.
Au nord, en effet, dans le haut Laos, les provinces laotiennes sont séparées de celles de l'Annam par des parties très étendues de territoires qu'habitent des populations de race muong". Au sud du Song- Khône,les Khas, très nombreux, occupent toute la chaîne de montagnes, limite des deux pays, et toutes les hautes vallées des affluents duMékon^. Les deux provinces de Cam Mon et de Sons Khone seules sont en contact direct avec la race annamite.
D'autre part, il paraît impossible, à l'heure actuelle, d'appeler dans cette partie du Laos le petit colon européen. La rigueur du climat produit l'im-
COLONISATION Sog
possibilité, pour l'homme de race blanche, de se livrer lui-même à des travaux de culture.
Pour des immigrants, la première condition de succès, surtout quand leurs capitaux sont restreints, est d'arriver à produire le plus rapidement possible, avec un minimum de dépenses. Or, dans les pays neufs comme le Laos, où les moyens de communication sont rares et difficiles, les frais de voyage sont toujours considérables.
II faut tenir compte, en effet, non seulement des dépenses occasionnées par le transport des outils et des bagaçes les plus indispensables pour une première installation, mais aussi des difficultés qu'éprouveraient les colons établis, pour faire arriver leurs produits sur les marchés où ils peuvent trouver acheteurs, difficultés qui se traduisent forcément par une diminution très sensible des bénéfices.
Plus tard, quand des chemins auront été ouverts, et rendus praticables en toutes saisons, quand la navigation du Mékong et de ses affluents, voies de communication naturelles qu'il est urgent d'utiliser en premier lieu, aura été améliorée, il sera possible aux grandes entreprises agricoles de s'établir dans le pays, et d'écouler au loin leurs produits à peu de frais, car il ne faut pas compter que la partie de ces produits ([ui pourra être vendue sur place permettra jamais de réaliser des bénéfices sérieux.
La température ne permettant pas le travail à l'Européen, il devra se borner à un rôle de direction et de surveillance ; sa santé alors ne courra pas
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de risques, à la condition qu'il s'astroi^-nc aux mesures hygiéniques élémentaires qu'il y a lieu d'observer dans tous les pays intertropicaux.
Si l'époque n'est pas encore arrivée où les exploitations ag-ricoles "et la colonisation individuelle peuvent avoir des chances de réussite au Cam Mon, les sociétés françaises, au contraire, qui pourraient s'org-aniser pour obtenir en concession, et pour exploiter les richesses renfermées dans le sous-sol de la province, les essences précieuses qui abondent dans ses forêts, ou certains produits de très grande valeur, tels que le caoutchouc et la cire, sont assurées d'un succès immédiat.
Ces sociétés devront recruter le haut personnel européen destiné à la direction et à la surveillance générale des travaux exclusivement parmi nos compatriotes ayant la connaissance du pays, de ses habitants, de leurs mœurs. Les travailleurs, au début, seront recrutés en Annam, et il faut espérer que nos braves Laotiens, en voyant les bénéfices et le bien-être que le travail peut procurer, sortiront peu à peu de l'état d'indolence et de paresse qui les caractérise.
Mais il sera nécessaire, comme le dit M. de Lanessan 1, « que l'administration tienne la main à ce que tout le monde se comporte équitablement à l'égard des indigènes. Certains colons ont une forte tendance à croire que leur race suffit à leur donner de l'autorité sur les indigènes; ils maltraitent ces derniers, tiennent mal leurs engagements, ou bien