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III. CE QUI RESTE A FAIRE

Toute notre étude a été traversée par ce leit-motiv : débloquer le Laos, le rattacher fortement à l'Union Indochinoise.

Il s'agit de changer l'orientation naturelle et historique d'un pays. Si parfaites, si confiantes, si amicales que soient nos relations avec le Siam, nous devons reconnaître que si nous tardons à nouer ces liens nouveaux et forts, l'activité de nos voisins rendra notre tâche plus difficile. Déjà les voies ferrées siamoises atteignent Xieng Mai et Oubone, elles s'avancent vers Khon Khene à 200 kilomètres de Vientiane et de Thakhek, drainant le commerce du Laos vers le port de Bangkok, permettant la contrebande dont nous avons parlé.

La construction rapide d'une voie ferrée reliant le Haut Mékong au golfe du Tonkin devient une nécessité vitale. Cette construction est décidée, le tracé en est reconnu, ce sera le Tanap-Takhek reliant par 285 kilomètres de rail le bief navigable supérieur du grand fleuve au port maritime

de Vinh Benthy et mettant Thakhek à 600 kilomètres d'Hanoï. Ce travail sera exécuté sur les fonds du grand emprunt colonial dont le vote n'a que trop tardé depuis plus d'un an et dont une part importante est réservée à l'Indochine.

Ce tracé se détache du transindochinois à Tanap, à la côte 46, remonte la vallée du Song-Giang, franchit le col de Mogia à l'altitude maxima de 368 m. sous deux tunnels successifs longs de 392 m. et 65 m. redescend au Laos les pentes du Phou Ak et aboutit à Thakhek sur le grand bief navigable du Haut Mékong à la côte 140. Un chemin de service pour le ravitaillement des chantiers a déjà été ouvert sur l'ensemble du parcours envisagé.

Les rails employés seront du type standard, de 30 kilogrammes au mètre courant. L'écartement de 1 mètre sera celui du réseau indochinois. L'exécution d'une durée prévue de 5 à 6 ans se poursuivra en trois tronçons.

Le premier, long de 28 km. au départ de Tanap, sera exécuté assez rapidement et sans difficultés sérieuses.

Le second, soit 48 km. au départ de Thakhek ne comportera d'abord que l'infrastructure et sera réalisé par la main-d'œuvre locale. Enfin le tronçon central long de 122 kilomètres comprend la traversée de la chaîne annamitique et présente de sérieuses difficultés. Il sera construit à l'avancement à la suite du 1er tronçon et au moyen d'un câble transporteur aérien, long de 43 kilomètres, qui facilitera le transport du matériel lourd à pied d'œuvre. Les deux premiers lots de la ligne ont été adjugés au cours de l'année 1929 et tout permet d'espérer que la locomotive atteindra le Mékong vers 1936.

Ce n'est qu'après l'achèvement de ce chemin de fer que la mise en valeur du Laos pourra être entreprise par des moyens véritablement modernes. Civilisation égale transports a dit Kipling, c'est la véritable équation, la véritable formule de l'action coloniale.

Jusqu'à cet achèvement, il convient de poursuivre avec activité l'inventaire des richesses de tous ordres que recèle le Laos. Au point de vue minier d'abord, au point de vue agricole ensuite. Nous ne reviendrons pas sur la question minière mais il nous reste à dire quelques mots des possibilités agricoles. (1)

Des services agricoles techniques ont été créés en 1928. Il leur appartient de déterminer les régions, les terres, les altitudes où sont possibles les diverses cultures industrielles, celles qui méritent d'être entreprises avec des capitaux et des techniciens européens. On a reconnu déjà, sur le plateau des Bolovens, ces terres rouges si fertiles et si recherchées par les planteurs de Cochinchine pour l'extension des cultures d'hévéas. Est-ce que l'altitude de ce plateau ,les basses températures qu'il subit en certains mois de l'année, ne s'opposeront pas à la culture de l'hévéa ? De même pour le caféier, le théier, le quinquina, le tabac, le coton, on a noté des possibilités.

Il est également nécessaire d'étendre au Laos le service forestier qui est en voie de réorganisation pour toute l'Indochine. L'inventaire des bois précieux que peuvent contenir les forêts laotiennes, leur préservation contre les coupes libres et les incendies (les « rays ») que pratiquent les indigènes, sont des nécessités urgentes. L'Est Asiatique français exploite sur le Haut Mékong des forêts de teck et expédie chaque année par flottage sur Saigon douze à quinze mille billes de ce bois.

Les sous produits d'exploitation forestière ou les produits de cueillette, sticklac, résine, cire, les plantes à parfum et les plantes médicinales (benjoin, pavot, cardamone etc) peuvent donner lieu à un trafic important. La culture du cardamone peut être très développée sur le plateau des Bolovens.

(1) Sur les différents produits végétaux que produit le Laos on consultera avec profit l'ouvrage de M. U. Malpuech, Le Laos économique. Hanoi 1924.

Il convient enfin de diriger les indigènes dans l'application de moyens de culture plus perfectionnés qui les mettront à l'abri de la disette et permettront d'obtenir un meilleur rendement de leurs rizières. La récolte de riz de 1928 gênée par des orages et des invasions de rats et de chenilles a été en régression de 20.000 tonnes sur celle de 1927 (340.000 tonnes contre 360.000). Aussi l'administration at-elle encouragé le développement de la culture du maïs pour parer aux dangers de la monoculture. Une rizerie fondée en 1928 dans la région de Savannaket est en mesure de débiter 3.000 kilos de riz décortiqué par jour.

L'élevage a souffert de la peste bovine, en raison de laquelle les exportations de bœufs sur l'Annam ont été interdites. Là encore nos services techniques ont un rôle décisif à jouer : en pays neuf le vétérinaire est aussi important que le médecin. Il paraît établi aujourd'hui que l'herbe courte du Tran-Ninh et des Hua-Panh se prêterait admirablement à l'élevage du mouton.

On voit par cette énumération la variété et l'étendue des efforts qui nous restent à accomplir au Laos pour permettre à ce pays, nouveau venu dans l'Union Indochinoise, de regagner la distance qui le sépare encore de ses voisins.

Notre devoir est d'y travailler avec foi, avec cœur, et avec méthode. Avec foi, parce que les richesses déjà reconnues du Laos permettent d'espérer pour lui un brillant développement. Avec cœur parce que ses populations — douces ou rudes — se sont elles-mêmes données à nous avec cœur et avec confiance. Avec méthode enfin: nulle part, plus que dans notre œuvre colonisatrice, nous ne devons perdre de vue la grande loi intellectuelle de l'ordre et nulle part nous ne devons davantage nous imposer la grande règle de tout travail fécond: la ténacité.

Pierre DELONCLE.

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