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CHAPITRE PREMIER

La France au Laos.

I. Situation politique du Laos depuis le commencement du xviii® siècle jusqu’à la prise de Vien-Tiane, en 1827. — - II. Empiétements du Siam vers l’Est. Motifs de l’intervention de la France dans le bassin du Mékong. Arrangement du 27 mars 1889. — III. Violation par le Siam de l’arrangement de 1889. Incidents divers. Occupation du Bas-Laos. — IV. Démonstration navale de Pak-Nam. Ultimatum et traité du 3 octobre 1893. — V. Question des Sib-Song- Pahn-Na. — VL Du traité de 1893 au traité de 1907.

I. Situation politique du Laos depuis le commencement DU XVIII® siècle jusqu’à la prise de Vien- Tiane, EN 1827. •— Au début du xviii® siècle, les territoires situés dans le bassin du fleuve Mékong, désignés sous le nom de Laos ou Lao, formaient, au point de vue politique, deux Etats autonomes.

Cette autonomie, beaucoup plus apparente que réelle, n’existait de fait que pour l’administration intérieure de ces deux royaumes ; à l’extérieur, en effet, ils étaient dépendants de nations plus puissantes qui les entouraient.

Le plus septentrional des deux, le royaume de Luang- Prabang (ou Lan-Xang : du million d’éléphants), limitrophe du Yunnan, du Tonkin, de l’Annam, du Vien-Tiane (ou Vieng-Ghang), des États birmans (ou Sib-Song- Pahn-Na) et des États You-Eiins (ou Lao-Xieng), était tenu de fournir à la Chine, à l’Annam et au Siam, annuellement ou tous les trois ans, un tribut consistant en certains produits de valeur et eu métaux précieux, dits : « Fleurs d’or et d’argent ».

L’autre, le royaume de Vien-Tiane, le plus méridional, borné au nord par le Luang-Prabang, à l’est par l’Annam, au sud par le Cambodge et à l’ouest par le Siam, dépendait de l’Annam et du Siam au même titre et dans les mêmes conditions que le précédent.

Cet état de choses fut profondément modifié au commencement et au milieu du xix® siècle par divers événements d’une importance capitale.

Le royaume Thaï ou Siam, à la fin du xviii® siècle et au commencement du xix®, avait fait souvent appel au concours des princes laotiens pour repousser, grâce à leur aide, les invasions birmanes ou réprimer les insurrections de Ngiéous, de Shans et de You-Eûns, fréquentes à cette époque. Le secours de ces princes fut mal récompensé. En effet, vers 1825, le royaume de Vien- Tiane paraissant vouloir s’affranchir de la suzeraineté du Siam, les armées siamoises envahissent son territoire :• après deux ans de guerre, le pays, démembré, dépeuplé, privé de ses bestiaux et de ses éléphants emmenés dans la vallée de la Ménam, est conquis par le souverain thaï.

Le Siam créa alors, au sud-est de l’ancien royaume, le fief héréditaire de Tiampa-Sak (Bassac) ; il mit à sa tête un cousin du roi de Vien-Tiane, pour le récompenser de sa double trahison à l’égard du roi et envers son frère, le

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prince d’Oubone, qu’il avait livrés tous deux au vainqueur des Laotiens, le général siamois Phiéa-Le-Bô-Dyn.

Le Siam fit une province siamoise de l’ancien royaume de Vien-Tiane qu’il nomma Lao-Pou-Eùn, et, au mépris des droits de l’Annam, occupa avec ses troupes le bassin de la Sé-Bang-Hien, dans le Phu de Kam-Lô, situé sur la rive gauche du Mékong.

IL Empiétements du Siam vers l’Est. Motifs de l’intervention de la France dans le bassin du Mékong. Arrangement du 27 mars 1889. — Les agrandissements du Siam ne se bornèrent pas à ces conquêtes. Grâce à une politique habile, il se fit attribuer, vers 1840, par le Cambodge les provinces de Mélouprey et Tonlé-Répou, situées sur les deux rives du Mékong. A la suite de cette annexion, le Siam régnait en maître sur tout le bassin de ce fleuve, depuis la province de Cutbaï-Thani-Si-Pak-Lay (Luang-Prabang) jusqu’à Siemboc, c’est-à-dire du dix-huitième au troisième degré de latitude nord.

Mais l’installation de la France en Cochinchine fit obstacle aux ambitions des Siamois et aux projets de conquête qu’ils nourrissaient. Le Cambodge étant l’arrièrepays de notre nouvelle possession, nous fûmes amenés à intervenir dans ses affaires extérieures et à lui assurer enfin une situation politique stable. C’est ici qu’il convient de louer l’amiral de La Grandière, qui, par son habileté diplomatique et par sa fermeté, sut imposer, en 1863, au roi Norodom un traité qui faisait échec à une autre convention siamo-khmère de la même année, en plaçant le royaume du Cambodge sous le protectorat de la France.

Cette entente était loin de satisfaire le Siam ; l’instal-

lation d’une grande nation européenne en Extrême-Orient, sur les bords du Mékong, exerçant une domination effective sur plusieurs millions d’individus, était la ruine de ses espérances secrètes. De plus, ses projets d’extension territoriale jusqu’à la chaîne annamitique rencontraient par notre intervention des adversaires avec lesquels il devait compter. Il craignait également que le Cambodge, devenu notre allié, fort de sa nouvelle situation, ne lui réclamât les territoires dont il avait été dépouillé.

Ne pouvant entrer en lutte ouverte avec nous, le Siam suscita sourdement des divisions au sein du royaume khmer. Il intrigua, de concert avec les agents anglais de Bangkok, pour créer des révolutions de palais, et tenta d’amener ainsi le versatile Norodom à abandonner notre protection pour une vassalité siamoise plus étroite, mais déguisée sous de grands honneurs apparents.

Pour ne point perdre le bénéfice de notre action et pour mettre fin à la situation ambiguë d’un double protectorat français et siamois au Cambodge, notre gouvernement dut agir avec vigueur; alors fut conclu le traité francosiamois du 15 juillet 1867.

Malgré de nombreuses et d’irréparables erreurs, ce traité consacrait la reconnaissance par le Siam du protectorat français sur le Cambodge; il annulait la convention siamo-khmère de 1863, établissait en politique le statu quo, accordait aux nationaux des deux pays des facilités réciproques pour le commerce, la résidence, la propriété, les communications, etc.

Malheureusement, il laissait au Siam les riches provinces de Battambang et d’Angkor (1), en faisant vaguement prévoir une délimitation ultérieure de ces terri-

(1) Le Siam avait, au commencement du xix® siècle, annexé ces provinces, sans qu’aucun traité ne vînt sanctionner cette spoliation.

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toires. Le calme relatif de cette période permit de régler définitivement diverses affaires, restées jusque-là en suspens.

Ainsi la convention du 14 juillet 1870 détermina les conditions de la pêche sur le Grand Lac. En 1882, la construction d’une ligne télégraphique entre Bangkok et Pnom-Penh fut décidée ; enfin, le 23 mai 1883, un accord intervint pour régler le commerce et la vente des boissons et des liqueurs françaises au Siam.

Ces bonnes dispositions ne tardèrent pas à se modifier au moment de l’expédition du Tonkin.

Les agents de la Grande-Bretagne au Siam craignaient que notre établissement dans la vallée du Fleuve Rouge et dans le Haut-Laos ne lût une entrave aux projets anglais de pénétration commerciale au Yunnan, et n’empêchât sa domination sur les deux Kouang. Aussi, jaloux de conserver leur influence dans cette contrée, ils poussèrent le souverain siamois à agir contre nous. Sur les frontières de Chine il devait nous barrer le chemin, ainsi qu’au Laos, ayant l’Annam pour objectif.

Le roi, flatté dans son orgueil par ses conseillers étrangers, et croyant avoir à jouer un rôle de souverain de « grande nation », abandonna sa prudente réserve, ne tint plus la balance égale entre les nations rivales et se lança dans une politique aventureuse. Il se préparait ainsi de grandes désillusions et des amoindrissements de territoire tels que ceux qui résultèrent des traités de 1893, de 1907, ou de la convention de Londres de 1896.

Les circonstances, d’ailleurs, semblaient à cette époque favoriser les agissements du Siam et même, dans une certaine mesure, excuser son attitude.

L’invasion du Laos par les Hôs (1) permettait au sou-

(i; Pillards chinois, venus du Yunnan.

verain du Siam de conserver vis-à-vis de nous des apparences de neutralité, de cordialité même.

Elle lui fournissait l’occasion de se poser en défenseur des populations tributaires de l’Annam et des sujets de son vassal honorifique, le roi de Luang-Prabang. Au moment venu, le roi Ghulahlong-Kliorn pourrait ainsi profiter habilement, et selon les circonstances, des avantages acquis pour transformer en possession absolue une autorité mal établie à Luang-Prabang, et, grâce à nos embarras, faire sentir dans tout le bassin du Mékong le droit du plus fort.

Cette invasion des Hôs, qui s’était étendue jusqu’à Nong-Khay à travers les Sib-Song-Chau-Thaï, les Hua- Pahn-Ha-Tang-Hoc, le Tran-Ninh et le Vien-Tiane, n’a jamais été combattue bien sérieusement par les Siamois, quoi qu’ils en disent. Leur prétendue action permit cependant au roi de conserver Vien-Tiane et de chasser les pillards chinois des territoires du Laos.

Tout cela put faire temporairement illusion ; mais, en réalité, les troupes de Ghulahlong-Khorn, sauf en quelques rares escarmouches sans importance, suivirent seulement les Hôs, à mesure que ceux-ci remontaient vers le Yunnan, abandonnant, après les avoir saccagés, les territoires qu’ils avaient envahis.

Profitant de l’inattention de la France et de l’Annam occupés sur d’autres points, le Siam, sous le fallacieux prétexte de protéger les provinces dévastées par les Hôs et d’empêcher leur retour éventuel, s’y installa sournoisement.

Pendant ce temps, les pillards chinois, après avoir quitté Vien-Tiane et le Tran-Ninh, envahirent le royaume de Luang-Prabang. Celui-ci était encore tributaire du Siam, sous forme d’envoi triennal de « fleurs d’or et

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d’argent » ; il était pourtant resté en dehors de sa domination directe, jouissant d’une autonomie comparable à celle de Vien-Tiane avant la conquête, et payant une redevance honorifique à la Chine et à l’Annam.

Toujours sous prétexte d’en chasser les Hôs, les troupes siamoises pénétrèrent sur le territoire de Luang- Prabang et s’y établirent comme en pays conquis. Leur général, qui avait reçu le titre de commissaire royal, administra la contrée, leva des troupes, perçut des impôts et se comporta absolument comme si le pays lui appartenait (1885).

Une telle mainmise, prélude certain d’une annexion plus complète, secoua enfin notre torpeur et stimula notre visrilance.

Le roi d’Annam, notre nouveau protégé, ayant sur cette contrée des droits égaux et même supérieurs, dans plusieurs cas, à ceux du Siam, notre intervention devint nécessaire ; elle aboutit à la convention du 7 mai 1886.

Afin qu’elle ne restât pas lettre morte, le gouvernement de la République française chargea M. Pavie (1) d’une mission géographique et politique dans le Haut-Laos et le nomma consul à Luang-Prabang, mais sans exequsiiuT du Siam.

Les travaux de cette première mission fournirent de précieux renseignements sur toutes les régions envahies par les Hôs et occupées ensuite par les Siamois.

Notre vaillant consul, aidé du commandant Pennequin, parvint à refouler en Chine les derniers pillards et fit rétrograder, jusqu’aux extrêmes limites du bassin du Mékong, les avant-postes établis par les Siamois. Mettant à profit cette situation, forte maintenant de l’expérience acquise, notre diplomatie, pour faire face dans

(1) Aujourd’hui ministre plénipotentiaire.

l’avenir à toute fâcheuse éventualité, aussi bien que pour nous donner le temps de la réflexion, conclut, avec la cour de Bangkok, l’arrangement du 27 mars 1889 par lequel elle s’engageait à respecter le statu quo (2).

III. Violation par le Siam de l’arrangement de 1889. — Incidents divers. Occupation du Bas-Laos. — L’arrangement de 1889 était malheureusement trop bénin. Mais, même plusieurs années après la chute du grand patriote clairvoyant que fut Jules Ferry, et par suite de la résistance que l’opinion offrait chez nous à l’idée et à la cause coloniales, notre situation politique ne nous permit pas de prendre des mesures plus efficaces et d’affirmer davantage les droits de l’empereur d’Annam et du roi du Cambodge, nos protégés. Nous ne pouvions non plus donner pleine satisfaction aux demandes très légitimes de protection faites par le roi de Luang-Prabang.

Nos difficultés politiques étaient parfaitement connues du gouvernement siamois. Rendu audacieux par notre hésitation, il consentit, d’accord avec la Grande-Bretagne, à des arrangements et à des délimitations de frontières, dans les états Shans, qui anéantirent le plan conçu par Jules Ferry, en 1883, et annulèrent tous les effets du traité Deloncle conclu, en 1884, avec la Haute-Birmanie, alors indépendante. Ce traité, en effet, reconnaissait comme limites du « Tonkin français le fleuve Mékong, depuis le point où il sort de Chine jusqu’à Xieng-Sèn », englobant les Pahn-Na de la rive gauche, la principauté

(1) a Aux termes de cette convention, les troupes siamoises devaient arrêter leur marche vers l'Est, puis évacuer la région du Cammon ; un U Kha-luong » siamois était autorisé à demeurer provisoirement dans cette province, et nous obtenions le droit de construire un poste militaire à Napé ». E. Picanon, 1900 : Le Laos français.

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de Muong-Sing et les états de Pou-Kha, Xieng-Khoog et Xleng-Sèn, à l’ouest du Nam-Hou.

En échange de ces territoires, don gracieux lui coûtant d’autant moins qu’ils ne lui appartenaient pas, l’Angleterre recevait du Siam le Karennée (ou Karèng) situé dans la vallée de la Salouen, sur lequel la domination du Siam s’étendait depuis des siècles.

La délimitation des frontières anglo-siamoises, y compris celles des états shans de Xieng-Maï, Lam-Poun et Muong-Haut, ne fut achevée qu’en 1892.

En 1889, M. Pavie reçut une nouvelle mission; de nombreux collaborateurs civils et militaires l’accompagnaient. Les uns étaient spécialement chargés de la topographie et des sciences naturelles, les autres des questions commerciales et industrielles. Ces derniers devaient étudier la question des voies de communication terrestres et fluviales, créer des comptoirs, recueillir des échantillons, examiner les procédés commerciaux en usage, déterminer la nature et la valeur des produits du bassin du Mékong. Une association qui venait d’être formée au capital initial de 100.000 francs, sous le nom de Syndicat français du Haut-Laos, constituait le fonds nécessaire à un premier envoi de 15 tonnes de marchandises mises à la disposition de la mission. Le syndicat comprenait des commerçants et des industriels parisiens, groupés en vue de cet essai, grâce à l’initiative de M. Léon Tharel, qui en futle président.

Au cours des années 1890 et 1891, les missions remplirent leur tâche avec ardeur, non sans avoir à lutter contre l’hostilité sourde des Siamois qui, bien que dissimulée parfois sous des dehors afl’ables, ne cessa pas moins de se manifester, accumulant partout des obstacles, dans le but de décourager les vaillants explorateurs et d’essayer de faire échouer leurs travaux.

Cependant, malgré les dii'ficultés rencontrées, cette délicate entreprise, qui eut des résultats très appréciables, put être menée à bien. Désormais, nous étions en possession de renseignements précis sur tout le pays qui s’étend du Yunnan jusqu’au Cambodge.

En outre, continuant la tradition commencée par Mouhot, Doudard de Lagrée, Harmand, ÎS’éïs, etc., nous avions pris contact avec les populations laotiennes ; nous leur avions fait connaître et aimer le nom français, et elles saluaient en nous leurs libérateurs futurs, ceux qui viendraient les affranchir du joug brutal et détesté des Siamois.

Enfin, fait non moins important, grâce à l’action de la mission commerciale, aux comptoirs qu’elle avait fondés, aux relations et aux arrangements qu’elle avait préparés, nous possédions depuis ce moment des intérêts commerciaux privés dans le bassin du Mékong. Ainsi se trouvaient renforcés les droits que nous avions déjà d’intervenir au Laos contre les agissements siamois, au nom de nos protégés, l’empereur d’Annam et le roi du Cambodge.

Effrayé et surpris des résultats obtenus en si peu de temps par nous dans la vallée du Mékong, malgré les embûches tendues de toutes parts et les menées hostiles qu’il avait provoquées et soutenues, le Siam, craignant que la France n’envahisse ses territoires laotiens, invoqua l’amitié de l’Angleterre et s’entoura de conseillers officiels de cette nation.

Avec une remarquable rapidité, il organise son armée et sa marine qu’il fait instruire et commander par des officiers européens ; il développe sa force militaire du Laos, fait des levées supplémentaires, et, après avoir créé des approvisionnements d’armes et de munitions, construit des fortins : en un mot, se prépare à la guerre.

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Il annonça aux populations que toutes ces dispositions étaient prises pour « chasser les Français et étendre le royaume thaï jusqu’en Annam ».

L’arrangement de 1889, établissant le statu quo, fut alors violé : les troupes et les commissaires du Siam s’avancèrent vers la chaîne annamitique qu ils franchirent en plusieurs points, notamment à Hatraï ainsi qu à Aï- Lao, et arrivèrent jusqu’à 40 kilomètres de Hué. Au cours de cette marche en avant se produisirent des incidents divers, qui obligèrent le gouvernement français à sortir de la réserve dans laquelle il s’était tenu jusque-là ; il se prépara enfin à agir vigoureusement.

Au moins de janvier 1892, la plus grande partie des membres de la mission Pavie étaient rentrés en France ; trois d’entre eux seulement étaient restés au Laos : deux à Luang-Prabang et un à Stung-Treng.

C’est à cette époque que le Syndicat français du Haut- Laos, devenu Syndicat français du Laos, ayant doublé son capital, envoya une nouvelle mission de six personnes ainsi qu’un gros approvisionnement de marchandises. Le but était d’occuper de nouveau les anciens comptoirs de Luang-Prabang et de Nong-Khay, et d’en fonder d autres à Bassac, Outhène et Xieng-Hong, échelonnés sur le Mékong, et dont l’action devait s’étendre du Cambodge au Yunnan. Cette nouvelle mission du Syndicat devait développer les intérêts commerciaux qui existaient déjà dans le bassin du Mékong ; elle plaçait d’autre part, dans tous les postes, des agents vigilants, capables de surveiller les agissements des Siamois et de rassurer les populations, en leur montrant que, malgré les menaces et les préparatifs guerriers du Siam, nous ne les abandonnions point. Les Laotiens se voyaient ainsi soutenus au moment où leurs envahisseurs, devenus plus durs et plus arrogants, les

menaçaient de représailles pour les punir d’avoir mis en nous leur confiance en sollicitant notre protection.

Dans ces circonstances critiques, pour que l’action politique de la France au Siam devienne plus efficace, notre gouvernement décida de placer à Bangkok un consul général ; il choisit, pour occuper ce poste élevé, M. Pavie, tant en raison de ses connaissances toutes spéciales du pays et des questions en litige, que pour récompenser les services exceptionnels qu’il avait rendus à la France, au cours de ses précédentes missions. Peu après, pour mettre notre représentant au Siam sur le même rang que ceux des autres nations, le titre de ministre résident de France lui fut conféré.

En même temps, afin d’étendre notre action dans le bassin du Mékong, le gouvernement supprima le viceconsulat de Luang-Prabang, toujours resté sans exequatur du Siam, et le remplaça par une agence commerciale. Trois autres agences semblables furent créées à Outhène, Bassac et Stung-Treng.

Ces postes furent gérés, les trois premiers, par les agents, chefs de comptoir du Syndicat français ; le dernier, par un commis principal des postes et télégraphes. Ils reçurent le titre d’agents commerciaux du gouvernement et, tout en continuant d’effectuer des opérations commerciales, ils touchaient des émoluments sur le budget des colonies. Ils correspondaient directement avec le gouverneur général de l’Indochine et le ministre résident à Bangkok, auxquels ils adressaient télégrammes et rapports officiels.

Entre temps, les Siamois, se croyant tout permis, poussés secrètement par les agents anglais, continuaiezit à avancer vers l’Est, terrorisant les populations, maltraitant nos sujets, protégés et ressortissants, aussi bien

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au Siam qu’au Laos et au Cambodge, dans la région du Grand Lac.

Ils mirent le comble à leur audace en insultant, d’une façon très grave, notre pavillon à Tong-Xieng-Kham, et forcèrent, par l’accumulation de tous ces griefs, le gouvernement français à agir vigoureusement. C’est à la suite de l’interpellation de M. François Deloncle, député, que la Chambre se décida à sauvegarder les droits de nos protégés et à rappeler le Siam au respect des traités et des arrangements consentis.

Voici en quels termes M. Deloncle exposa la question au Parlement, le 4 février 1893 :

Les Siamois ignorent ou prétendent ignorer les droits del’Annam sur son antique vassale, la principauté de Luang-Prabang. Les Siamois ignorent ou prétendent ignorer les droits de l’Annam sur les petits Etats laotiens au nord de l’ancien Cambodge, de la rive droite du Mékong, et dont un certain nombre envoyaient, jusqu’à ces dernières années, un tribut à Hué ; les Siamois ignorent ou veulent ignorer les droits absolus de l'Annam sur tous les territoires placés entre la mer et la rive gauche du Mékong, c’est-à-dire les pays d’Attopeu, de Saravane, les phus de Cam-lô, de Lac-bien, de Tran-tinh, Tran-dinh, Tran-ninb, Tran-bien, le Muong-lu, etc., qui de temps immémorial ont fait partie de l empire annamite et doivent être purement et simplement rattachés à l’administration directe de nos résidences ; enfin, les Siamois ignorent ou prétendent ignorer les droits du Cambodge sur les anciennes provinces du royaume cambodgien, que le Siam détient indûment et en dépit du traité de 1867 ordonnant une délimitation à laquelle la cour de Bangkok s’est toujours refusée.

Et c’est ainsi que, patiemment et sans bruit, les Siamois usurpent une à une toutes les dépendances de nos pi'otégés, l’empereur d’Annamet le roi Norodom. Vainement nos protégés protestent, et réclament notre protection contre cette invasion : nous laissons faire, depuis quelques années, avec de telles apparences de résignation que l’audace siamoise s’en accroît tous les jours et que les bons patriotes se demandent avec inquiétude jusqu’où elle n’ira pas. Voilà les postes siamois aux portes de Hué ; les voilà à quelques jours d’Hanoi ; ils ne se gênent pas pour traiter avec le plus parfait

dédain nos agents politiques et maltraiter nos commerçants, témoin l'expulsion de Outhène de M. Champenois, qui réclame de ce chef, non sans raison, une indemnité de 100.000 francs. Pour tout dire, la faiblesse de nos représentants et quelquefois de notre gouvernement dans ces régions est telle, que deux fonctionnaires siamois n’ont pas craint, au mois de septembre 1891, de renverser le drapeau français chez les Pouens ; non seulement on ne les a pas inquiétés, mais l'un d’eux a reçu la rosette d’officier de la Légion d’honneur et l’autre a été fait chevalier par la diplomatie de la République. {Mouvements divers.)

Il me semble qu’en vérité nous y mettons trop de longanimité II n’est pas possible que nous ayons conquis le Cambodge, le Tonkin et l’Annam, et acquis des droits sur tout le Laos des deux rives du Mékong, en vertu de traités solennels et sans conteste, pour abandonner au Siam les meilleurs fruits de notre conquête. Nous sommes dupes du Siam depuis cinq ou six ans; en voilà assez.

Sachons revenir à la politique virile qui, en 1882, sous le consulat général de M. Harmand et sous l’administration de l'honorable M. Le Myre de Vilers, avait mis le Siam sous noti’e influence, parce que la France savait alors lui parler net et sans barguigner. Rappelons au Siam les limites auxquelles il doit se borner et qu'il a très bien respectées jusqu’à l’expédition des Hôs, jusqu’à notre guerre du Tonkin et jusqu’à la rébellion cambodgienne de Si-Votha.

Sans doute, à cette époque, quelques mandarins siamois allaient parfois chercher aventure chez les Laotiens du Mékong : mais c’était pure tolérance de la part des Cambodgiens et des Annamites, et il n’y avait pas comme aujourd'hui des frères du roi et des généraux en chef campés en maîtres absolus sur les deux rives du fleuve. L’administration régulière, officielle, de la cour de Bangkok ne dépassait pas le bassin de la Ménam proprement dit et la péninsule malaise, et le royaume ne comprenait que les provinces énumérées dans les quatre classes reproduites par les lois imprimées du Siam, dont le Siam Direetory, annuaire officiel, donne des extraits authentiques, publiés sous le contrôle du roi lui-même. Ce document est absolument probant : ramenons-y le Siam ; qu’il règne en paix, dans la plénitude de son intégrité et de son indépendance, sur les provinces énumérées au Siam Direetory, mais qu’il n’essaie pas plus longtemps de s’établir impunément sur les territoires dépendant de notre empire.

Ne craignez pas, monsieur le sous-secrétaire d’État, de marquer à Bangkok notre dessein bien arrêté de ne pas être joués plus longtemps par les bonnes mines, la diplomatie endormante, les intrigues

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compliquées avec lesquelles, depuis 1884, on a su paralyser les meilleures volontés de nos agents. {Très bien. Très bien.)

Les Siamois sont comme tous les autres peuples d’Orient. Ils se croient forts parce que nous les avons habitués à se considérer comme tels; ils portent beaucoup de fierté, parce que nous avons été et nous sommes trop humbles à leur égard. Ils jouent beaucoup, vis-à-vis de nous, de prétendus concours qu'ils attendent avec confiance de l’Angleterre ou de l’Allemagne; mais, je vous le demande, messieurs, que peuvent avoir à faire l’Angleterre et l’Allemagne dans une question de frontière entre le Siam, le Cambodge et l’Annam, qui n'intéresse que la France ? Est-ce que nous nous occupons de la délimitation, actuellement en cours dans les États Sbans-Birmans, entre le Siam et l’Angleterre ? Est-ce que nous avons jamais gêné un seul instant l’action commerciale allemande ou italienne à Bangkok ?

Non, messieurs, il n’y a pas d’intérêts internationaux engagés dans cette affaire. Avec l’Angletei’re, nous n’avons dans ces régions qu’une seule question, celle du Haut-Mékong, du point où ce fleuve sort de Chine, en amont de Xien-hong, jusqu’au point de Xien-sen, où il touche à la frontière nord-ouest du Siam. Là, vous le savez, la rive gauche du Mékong constitue la limite du Tonkin français et des États Shans-Birmans, de par la déclaration birmane que j’ai rapportée en 1884 de Mandalay, et de par d’autres arrangements qui ont permis à l'honorable M. Ribot, alors ministre des Affaires étrangères, de déclarer, il y a deux ans, à la Chambre, que jamais il n’admettrait d’autre ligne de frontière entre le Tonkin et les États Shans- Birmans dépendant de l’Angleterre.

J’ajouterai que, depuis cette époque, lord Salisbury a reconnu, à la Chambre des lords, que son gouvernement n’avait rien à voir aux difficultés de frontières pendantes entre le Siam et la France. Nous avons donc les mains libres, à condition de respecter l’intégrité et l’indépendance du Siam proprement dit.

Les mesures à prendre, dans ces conditions, le gouvernement les connaît, et je m’en rapporte à l’esprit de résolution de notre honorable ami, M. le sous-secrétaire d’Etat.

Ce ne sont pas de grandes mesures militaires, car, vous l’apprendrez non sans quelque surprise, ce travail d’invasion est accompli par le Siam rien qu’à l’aide de 150 à 200 soldats siamois : avec ce faible chiffre de troupes, ils occupent une région plus grande que la moitié de la France.

Avouez, messieurs, qu’il suffirait d’y mettre un peu de bonne volonté et d'avoir la vraie conscience des droits de la France pour

faire rentrer tout dans l’ordre. Malheui’eusement, je crains que trop souvent nos agents ne manquent de cette vraie conscience. {Très bien. Très bien.)

IV. Démonstration navale a Pak-Nam. Ultimatum ET TRAITÉ DU 3 OCTOBRE 1893. — Notre intervention en Indochine une fois décidée, les opérations furent engagées sur trois points différents : dans la région d’Aï-Lao, au Camraon et au nord du Cambodge.

Nos agents restaient isolés dans la vallée du Mékong.

Ceux de Luang-Prabang, réfugiés dans les bâtiments de l’ancien consulat, sur la rive droite du fleuve, furent bloqués et assiégés. Des menaces de mort étaient faites à tous les indigènes qui se mettraient en relations avec eux et les serviraient sous quelque forme que ce soit.

Notre agent commercial à Outhène fut expulsé par ordre du vice-roi de Nong-Khay, et ses marchandises, d’abord confisquées, furent presque toutes vendues par les Siamois. Celui de Bassac n’échappa à un semblable traitement que grâce à la bienveillance du prince Prit- Chit, vice-roi d’Oubone et ami de la France ; on se contenta de le surveiller. Il le fut si étroitement qu’il ne pouvait recevoir ni envoyer sa correspondance et ses denrées.

Les instructions données par M. de Lanessan, gouverneur général de l’Indochine, pour la campagne qui commençait, étaient bien nettes. Il prescrivait d’éviter, autant que possible, de livrer bataille; il fallait, disait-il, chercher à gagner la sympathie des habitants et préférer toujours la diplomatie et les moyens pacifiques aux engagements incertains. Pour atteindre ce but, le gouverneur général préconisait l’emploi de troupes indigènes, commandées par des inspecteurs de la milice et placées sous l’autorité supérieure de quelques résidents choisis.

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C’est en cette qualité que MM. Luce, Dufrénil et Bastard prirent part aux opérations.

Une colonne, ayant pour objectif Muong-Phin, fut placée sous le commandement de M. Dufrénil, vice-résident à Dong-Hoï, assisté de M. Garnier, inspecteur de milice. Tout en suivant les instructions du gouvernement général, c’est-à-dire sans livrer aucun combat, cette troupe parvint, après une marche rapide, à Muong-Phin où elle entrait le 14 mai 1893 ; le 26 du même mois, elle atteignait le Mékong, en face de Kemmarat.

C’était, de ce côté, une véritable déroute pour les Siamois ; ils en étaient réduits à faire courir le bruit de l’arrivée prochaine de renforts importants qui réoccuperaient le pays d’où nous les chassions.

Pendant ce temps, une autre colonne, commandée par l’inspecteur Grosgurin et placée sous la direction de M. Luce, résident du Nghé-An, opérait dans la région du Cammon.

On se trouvait là en face de difficultés plus considérables ; le pays avait été organisé par le commissaire siamois Phrayot. Ce dernier s’entendit avec les deux commissaires voisins, de Nong-Kbay et d’Outhène, et, avec leur aide, put cerner M. Grosgurin à Keng-Kièt, dernière étape de la colonne française avant d’atteindre le Mékong. Cette petite troupe y fut , massacrée par les Siamois, et son chef qui était couché, terrassé par la fièvre, fut tué à bout portant, sans pouvoir se défendre (juin).

A la suite de ce guet-apens, M. Luce, ne pouvant obtenir les renforts qu’il demandait, et en proie d’ailleurs à de forts accès de fièvre, rentra à Saigon, en laissant le commandement à l’inspecteur Soler. Celui-ci, vaillamment secondé par le garde principal Muguet, mit les

Laotiens en déroute, après un engagement à Na-Kliaï.

Phrayot, dont l’autorité venait d’être très ébranlée par cet échec, se replia sur la rive droite du fleuve en entraînant malheureusement avec lui une grande partie de la population de la rive gauche.

Une autre série d’opérations se poursuivait au nord du Cambodge, sous la direction de M. Bastard, vice-résident au Cambodge.

Dans une marche rapide, une compagnie de tirailleurs annamites, commandée par M. le capitaine Thoreux, occupa Stung-Treng avril), puis Kône (5 avril), que le commissaire siamois et la faible garnison abandonnèrent en hâte.

M. Bastard descendit alors à Saïgon pour rendre compte du résultat de sa mission, et le capitaine Thoreux, laissant un détachement dans l’île de Kône, revint, presque seul, dans la direction de Stung-Treng où il devait établir un service d’approvisionnements. Pendant qu’il longeait la rive droite du fleuve, il fut fait prisonnier par une petite troupe siamoise qui l’emmena jusqu’à Oubone, où le prince Piût-Chit, favorable aux Français, adoucit sa captivité.

Des renforts étant arrivés d’Oubone, les Siamois essayèrent, au mois de mai, de reprendre Kône. Le capitaine Adam de Villiers amena deux compagnies qui firent échouer leur projet. L’île fut débloquée ; tout le groupe d’îles et notamment celle de Don-Som, qui avait été fortifiée, fut occupé en juillet.

Ces actions simultanées émurent les Siamois. On pouvait craindre à Bangkok que la population, hostile à notre influence et soulevée d’ailleurs par certains fonctionnaires de la Cour, ne vînt à se livrer à des représailles sur les Européens habitant la capitale. Dans ces circons-

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tances et aussi peut-être pour tirer parti d’une situation mal définie, l’Angleterre résolut de renforcer sa station navale à Bangkok.

Ce fut 1 assassinat de l’inspecteur Grosgurin qui nous obligea, malgré nos intentions pacifiques, à entrer en lutte nouvelle avec le Siam ; ce meurtre exigeait, en effet, une réparation immédiate.

Jusque-là les chancelleries n’étaient pas intervenues et les opérations s’étaient poursuivies, pour ainsi dire, à l’insu des diplomates; l’incident de Keng-Kièt précipita le cours des événements.

M. Le Myre de Yilers, qui se rendait en Gochinchine, fut chargé de demander des explications à la Cour de Bangkok, et l’amiral Humann, commandant en chef de l’escadre de l’Extrême-Orient, reçut l’ordre de se rendre dans le golfe de Siam.

Le 12 juillet, 1 IncoTistsLTit et la Comète, précédés par le vapeur J.-B. Say, des Messageries fluviales de Cochinchine, qui faisait son voyage régulier, s’avancèrent vers la barre de la Ménam. Comme il voulait franchir la passe de Pak-Nam, en se conformant au règlement du port de Bangkok (article 15 du traité du 15 août 1856), le J. -B. Say fut canonné et dut s’échouer, a3’ant reçu un projectile dans ses œuvres vives. A une aussi lâche agression,

1 amiral Humann fut forcé de répondre. Les deux canonnières franchirent la barre et, passant sous le feu des batteries siamoises de Pak-Nam et de Phra-Chula, remontèrent la Ménam jusqu’à Bangkok où elles mouillaient, le soir même 12 juillet.

(c Nos marins, selon l’expression de M. Flourens, avaient franchi les barrages, les torpilles, les obstacles de toute nature accumulés par le gouvernement siamois pour abriter, derrière une barrière qu’il croyait insurmon-

table, l’audacieuse lâcheté de ses incessantes provoca-

tiens. » i

La nouvelle, dès quelle fut connue en France, suscita l’indignation et, dans sa séance du 18 juillet, la Chambre i autorisait le ministre des Affaires étrangères à poser l’ul- ' timatum suivant au gouvernement siamois : |

1» Reconnaissance des droits français sur la rive gauche du | Mékong et sur ses îles ;

2“ Évacuation des postes siamois établis sur la rive gauche du Mékong, dans le délai d’un mois ;

3° Satisfaction pour les agressions commises ;

4° Châtiment des coupables ;

5“ Indemnité de deux millions pour les dommages causés ,

GO Dépôt d’une somme de trois millions comme gage ou remise ; de la perception des fermes dans les provinces de Battambang et de Siem-Reap.

Le Siam refusa d’abord d’accepter ces conditions et offrit, le 22 juillet, la cession de la rive gauche jusqu’au > dix-huitième degré seulement, voulant ainsi garder Vien- ' Tiane, Luang-Prabang, le Tran-Ninh, les Hua-Pahn, | Muong-Poukha, Xieng-Khong, Muong-Sing, les deux !: Muong-Hou et les Pahn-Na de la rive gauche ; il comptait, , et avec raison, sur l’appui de l’Angleterre.

Lord Roseberry et sir Ed. Grey essayèrent, mais en vain, de soulever l’opinion à Londres et de provoquer : une intervention diplomatique. Le Foreign Office refusa ; net. Désillusionné par ce brusque abandon et intimidé par | l’attitude résolue du gouvernement français (1), le roi de ; Siam accepta purement et simplement les conditions I offertes. Nommé ambassadeur extraordinaire, M. LeMyre ;

(1) Se conformant aux instructions reçues, M. Pavie avait amené j

son pavillon et, le 26 juillet, quittait Bangkok à bord de 17ncons- | tant. '

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de Vilers parvint à conclure avec la Cour de Siam un traité, basé sur Tultimatum. Signé le 3 octobre 1893 à Bangkok, il fut ratifié, en janvier 1894, par le Parlement français. Ce traité était suivi d’une convention additionnelle.

Voici les clauses de ce traité :

Tra.ité conclu à Bangkok le 3 octobre 1893, entre le gouvernement de la République française et le gouvernement de Sa Majesté le roi de Siam, pour mettre un terme aux contestations survenues entre les deux pays et consolider les relations d'amitié.

Le Président de la République française et S. M. le roi de Siam, voulant mettre un terme aux contestations survenues dans ces derniers temps entre les deux États et consolider les relations d'amitié qui existent depuis des siècles entre la France et le Siam, ont nommé pour leurs plénipotentiaires :

Le Président de la République française,

M. Charles-Marie Le Myre de Vilers, grand officier de la Légion d’honneur et de l’Éléphant Blanc, ministre plénipotentiaire de première classe, député ;

Et S. M. le roi de Siam, Son Altesse royale le prince Devawongse Varoprakar, chevalier de l’ordre de Maha Chakrkri, grand-officier de la Légion d’honneur, etc..., ministre des Affaires étrangères; lesquels, après s'être communiqué leurs pleins pouvoirs et les avoir reconnus en bonne et due forme, sont convenus des articles suivants :

Article prehier

Le gouvernement siamois renonce à toute prétention sur l’ensemble des territoires de la rive gauche du Mékong et sur les îles du fleuve.

Article 2

Le gouvernement siamois s’interdit d’entretenir ou de faire circuler des embarcations ou des bâtiments armés sur les eaux du Grand Lac, du Mékong, et de leurs affluents situés dans les limites visées à l’article suivant.

Article 3

Le gouvernement siamois ne construira aucun poste fortifié ou établissement militaire dans les provinces de Battambang et de Siem-Reap et dans un rayon de vingt-cinq kilomètres sur la rive droite du Mékong.

Article 4

Dans les zones visées par l’article 3, la police sera exercée, selon l’usage, par les autorités locales avec les contingents strictement nécessaires. 11 n'y sera entretenu aucune force armée régulière ou irrégulière.

Article b

Le gouvernement siamois s’engage à ouvrir, dans un délai de six mois, des négociations avec le gouvernement français, en vue du règlement du régime douanier et commercial des territoires visés à l’article 3, et de la révision du traité de 1856.

Jusqu’à la conclusion de cet accord, il ne sera pas établi des droits de douane dans la zone visée à l’article 3. La réciprocité continuera à être accordée par le gouvernement français aux produits de ladite zone.

Article 6

Le développement de la navigation du Mékong pouvant rendre nécessaires, sur la rive droite, certains travaux, ou l’établissement de relais de batellerie et de dépôts de bois et de charbon, le gouvernement siamois s’engage à donner, sur la demande du gouvernement français, toutes facilités nécessaires à cet effet.

Article 7

Les citoyens, sujets ou ressortissants français pourront librement circuler et commercer dans les territoires visés à l’article 3, munis d’une passe délivrée par les autorités françaises. La réciprocité sera accordée aux habitants desdites zones.

Article 8

Le gouvernement français se réserve d’établir des consuls où il le jugera convenable dans l’intérêt de ses ressortissants, et notamment à Korat et Muong-Nan.

Article 9

En cas de difficulté d’interprétation le texte français fera seul foi.

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Article 10

Le présent traité devra être ratifié dans un délai de quatre mois à partir du jour de la signature.

En foi de quoi les plénipotentiaires respectifs susnommés ont signé le présent traité en duplicata et y ont apposé leurs cachets.

Fait au palais de Vallabha, à Bangkok, le 3 octobre 1893.

(L. S.) Le Myre de Vilers.

(L. S.) Devawongse Varüphak.ar.

Une convention dont voici le texte était annexée au traité précédent :

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