HENRI. ARTHUR
(Arthur entre par la porte du fond.)
ARTHcn, regardant autour de lui.
Personne! (A la cantonnnde.) Avance ici, triple marouffle !... ( Henri entre ; il porte un habit galonné, une perruque roulée , poudrée, et un tricorne garni de glands oux angles.)
llENni, nonchalamment.
Un moment 1
artiht., assis à droite.
Fermez celle fenêtre! [Henri va vers le fond avec les gestes de la plus vive contanété. s'approche de la fenêtre rl ne ta ferme nas.— Arthur continue, sans s'assurer si son ordre a été exécuté.) Fort bien !... Ramassez mon mouchoir... ( Henri ne bouge pas.) Eh bien? r *
HENRI, eenanf s'asseoir prés d’Arthur .
Je ne fermerai pas la fenêtre et jo ne ramasserai pas ton mouchoir. parce quo lu m’ennuies ; si tu as le caprice de' jouei Huy-Blas, jouons-le dans une chambre fermée avec des paravents; mai» ici, Ircs-décidément, je ne consens pas... ai* T in u.
Tu ne consens pa>l... Comment dit-il cela? Tu es mou
valet, mon bon ! ( Il se le ve.) Or, un valet est un homme qui s’engage à vous servir en toute occasion, un maraud galonné qui vole son maître, boit le vin en cachette, écoule aux portes, joue le piquet à l'ofUce, comme rite les journaux et prend la taille de Dorino, si monsieur veut bien le permettre I Ici , jo suis monsieur, cl Dorino s'appelle Nanelte... Fais en ton profil ; grise-toi, si tu peux; courtise Nanelte, si tu l'oses! Mais, d’ailleurs, parle-moi respectueusement , et souviens-Loi que tu es simplement, seulement, absolument, sous tous les rapports et à tous les points do vue, mon domestique. iiemii, assis a droite.
Moi, jè soutiens, mon cher ami...
ARTHUR
Qu'est-co que c'est que celte familiarilé-là?
HENRI
Eh! nous avons assez longtemps fait durer la plaisanterie.
ARTHUR
Soit! j’accepte pour un moment «a fiction I Je no suis pas ton maiLre, lu n'es pas Labrie, mon valet de chambre; tu qs mon ami, llcnii deSalgues, le plus riche propriétaire de» environs, un sage, un être primitif qui n’a pas mangé sa fortune comme nous, et qui n'a pas, comme nous, traîné le boulet de l'existence ‘amusante !
IIF.XRI.
Et on me ridiculise, parce que je ne connais encore que par oui dire les cheveux blancs et les rhumatismes, parce que je n’ai pas une liasse de lettres de change prolestées, parce que jo monte a cheval à la française, et, enfin, parce que jo ne donne pas le déplorable spectacle d’une jeunesse usée, éreintée, ennuyée, et si bien esclave de la mode, que la mode elle -même en passe de mode. Dieu soit loué, et le bon sens aussi I
ARTIICR.
J'en conviens , tu no donnes pas ce spectacle ; mais lu fais pis : lu donnes des conseils... Un véritable ridicule, celui-là... et ce soir, pour me fjire les honneurs du château que tu viens d'acquérir et où lu m'héberges, tu as joué au lansquenet; si bien que, las de le gagner tou argent, l’idée m’est venue... non, je crois qu’elle «'si de toi... de jouer à qui serait, pondant quelques heures, le domestique, et, notons bien ceci, le domestique en livrée do l'autre. Le vin de champagne avait fondu quetquo peu les neiges de ta sagesse ; tu as accepté la partie, tu l'as perdue, et, jusqu’à minuit, tu n’cs plus qu’un groom, un pitre, un scapin ridicule I
• IIF.NRI.
Nos conventions ue vont pas jusque là, et...
ARTHUR
Il est charmant! mais comprends donc, La b rie, qu'ayant un valet, c’est pour en abuser a ma guise. Parbleu 1 pour me lire Lamartine et pour tno servir d’adversaire aux echecs, je préfère enrore un ami qui me donne ses cigares et à qui je prends ses maîtresse», c’est clair comme le jour I Si je suis forcé de respecter mon serviteur et de solliciter pour lui de» distinctions honorifiques, je m'écrierai comme cet ancien : « Finissons-en tout do suite, cl qu'on me ramené a l’amitié I »
HENRI
Mais pour quel motif me conduire ici , dans ce château? arthur, se béant.
Tu veux savoir lemotil? eh bien ! je vais te le dire : c'est que tu es amoureux de madame de Suncy, la maîtresse de ce château. Oh I j’en suis certain I... Depuis trois jours tu rodes autour de son parc. Elle ne s’en est pas encore aperçue peutêtre! elle te connaît à peine; mai» son cœur finirait pars intéresser à ce petit roman île campagne, et le mystérieux inconnu l’emporterait sur moi, qui suis posé en adorateur et le premier en date... Or, jp suis heureux, très-heureux de te rendre ridicule aux yeux de la belle veuve. Oui, mon bon, je veux to montrer avec cet habit rouge, cette perruque roulée et ce chapeau galonné, à la femme que tu idolâtres, afin que tu apparaisses toujours à son souvenir sous la forme do Labrie, do , Champagne ou de Mascarillel
HENRI
Et si je m’en allais?
ARTHUR
Je t’en défie! dette de jeu, dette d’honneur!... tu os trop gentilhomme pour...
HENRI
Mais...
ARTHUR
Ahl mon cher, c’est do bonne guerre. Cependant, écoule.
Si tu rêvas un dénouement bourgeois à tes promenades autour de ce manoir, si tu songes au prosaïque mariage, tu pont aller revêtir ton frac, cL le jour ou lu allumeras les flambeaux do l’hymen, j'altacherai des guirlandes a U porte... Voyons, songes-tu à épouser madame do Sancy ?