‹ Le latin mystiqueChapitre 22 sur 50 · Caritas nunquam est otiosa · texte numérisé non relu

Caritas nunquam est otiosa

Operatur enim magna

Et sublimia,

Inclinât se etiam libenter ad humilia

Et abjecta.

Ipsa penicit diligenter honesta,

Delectatur viliora

Sibi injungi ex obedientia.

Non abhorret tangere infirmorumvulnera,

Lavare pedes,

Sternare lectulos, purgare vestes,

Tergere sordes.

Ita patienter fert aspera,

Laetatur inter opprobria.

« 2. La Charité n'est jamais oisive, elle opère en effet des choses grandes et sublimes et s'incline encore volontiers vers les humiliations et les abjections. Elle accomplit diligemment les choses décentes et elle se délecte lorsque les plus^ viles lui sont par obéissance imposées. Elle n'abhorre pas de toucher aux blessures des infirmes, de laver les pieds, de faire les lits, de purifier les vêtements, de nettoyer les ordures. Ainsi patiemment elle souffre les duretés de la vie et elle s'éjouit au milieu de l'opprobre. »

La séquence suivante extraite d'un traité en prose est rigoureusement régulière :

Oraliones piae. — Oralio X.

Gaude, Agnes, virgo Christi Quae in mundo dum fuisti

Jesum dilexisti.

Gaude, Agnes, virgo mitis

Quae moiibus redimitis

Deo placuisti.

Gaude, Agnes, gemma castitati

Quae candorem luae puritatis

Nunquam amisisti.

Gaude, Agnes, pulchra facio

Quae a nulla mundi specie

Vinci potuisti.

Gaude, Agnes, rosa speciosa

Quae accepta morte pretiosa

Coelos conscendisti.

« Triomphe, Agnès, vierge du Christ, toi qui pendant ta vie humaine aimas Jésus. — Triomphe, Agnès, ô vierge douce, toi qui ceinte de vertus, plus au Seigneur. — Triomphe, Agnès, gemme très chaste, à la candeur toujours si pure, toujours pareille. — Triomphe, Agnès, car ta beauté par nulle autre beauté mondaine ne fut vaincue. — Triomphe, Agnès, rose précieuse, ta mort exquise de martyre t'ouvrit le ciel. »

N'est-ce pas bien toujours, de même qu'en l'Imitation, la phrase passionnée, mais un peu lasse, proférée comme avec regret par un moine qui sait que la parole véritable est la parole intérieure, par un moine qui a écrit un Traité sur le Silence, qu'il qualifie de sacré, « sacrum scilicet silenlium ! »

B. — Formation du Bréviaire romain actuel. — Liste de toutes les proses, hymnes et principales antiphones du Paroissien romain complet à l'usage de Paris, avec les noms des auteurs ; à défaut, la date approximative ou la source la plus anciennement connue.

COMME maintes fois il le fut, au cours de cette étude, noté, il ne faut pas s'attendre à trouver dans les missels actuellement liturgiques les textes authentiques des hymnes, des proses, des antiphones dues aux poètes latins mystiques du moyen âge ; ils ont été à différentes reprises mutilés.

Voici, succinctement, l'histoire du Bréviaire romain, aujourd'hui en usage dans l'Église universelle. Il date de 1568, fut la conséquence du Concile de Trente, clos en 1562. Promulgué par Pie V, il eut à subir plusieurs corrections ultérieures. Sous Clément YIIl (1602), une commission composée du cardinal Bellarmin, de Baronius et de Silvius Antonianus le remania; Urbain VIII, en 1631, délégua pour un nouveau et grave bouleversement les jésuites Faminiano Strada, Hieronimo Petruci et Tarquino Galucci. Ces trois réformateurs corrigèrent les hymnes et les proses dans le sens d'une latinité classique (œuvre tentée en vain, dès 1523, par Zacharie Ferreri, avec l'approbation de Clément VII) et d'une conformité

aux mètres d'Horace. Cette seule préoccupation leur lit l'aire aux textes anciens plus de 900 adultérations : tel est le Bréviaire actuel, et c'est dire qu'on ne peut avouer pour ce recueil un absolu respect littéraire, — encore qu'en son ensemble il demeure l'un des plus enviables livres de lecture et de relecture qui soient au monde.

Quant au Bréviaire de Paris, il fut revisé pour la première fois en 1680, puis en 1736, sous l'inspiration janséniste et la direction de l'abbé Coffin. De cette dernière réforme sortit un ouvrage d'une abjection sans pareille, d'une infamie à faire pleurer. Dans ce témoin de la basse stupidité où était chue l'Église au dix-huitième siècle, la haine du mysticisme et la folie classique sont aiguisées à un tel poin. que dans l'office du Saint Nom de Jésus, par exemple, on lit à deux pages de distance le divin chef-d'œuvre de saint Bernard Jesu, didcis memoria (qu'on n'osait encore renier) et une amplification qui débute ainsi :

Hue triomphantis proceres Olympi...

Toutes les paroisses de Paris n'acceptèrent pas une réforme où de pures poésies étaient remplacées par des odes de régent de collège. Les Propres de Saint-Séverin, vSaint-Merry, Saint-Jacques-du Haut-Pas, Saint-Etiennedu-Mont, etc., conservèrent leurs proses traditionnelles dont quelques-unes sont fort belles; telles, la prose de l'office de la Réparation (Saint-Merry) :

Flange, Sion, muta voceni, Da lamentum et atroceni Die f'urorem honiinuin...

ou la prose de saint Jacques et saint Philippe (Saint-Jacques-du-Haut-Pa.s) :

histoihk du bukviauie homain 377

Vos una laeti canimus Orbis sacri praesidia...

Il fallut, [)Our que le sacrilège lut accueilli uuiversellement, le Concordat : alors, depuis le premier Empire jusque vers 1870, régua un bréviaire contenant 88 hymnes de Santeul, unt» centaine de l'abbé Coffin, — le reste ayant pour auteurs Guillaume de la Brunetière, Claude Santeul, frère du Victorin, Nicolas Le Tourneux, Isaac Habert, Sébastien Hesuault, etc. L'actuel bréviaire est le romain ; quant au Propre de Paris, il est toujours conforme, à peu près, ou texte réformé de 1736.

On a cru intéressant, au moins pour quelques personnes, de dresser une liste de toutes les hymnes, proses et antiphoncs, non du Bréviaire entier, mais du Paroissien romain complet, avec indication des modifications subies par les textes, le nom des auteurs ; à défaut de nom connu, la date approximative de leur composition, ou la source la plus anciennement connue.

Ad coenam agni providi S. Ambroise.

Adesle, fidclea .' S. Bonaventlke.

(Atlributioii. — Peut être du quinzième ou ménip du seizième siècle.)

Ad Jesum accurrilc /iréo. Paris.

Adoro le dévoie S. Thomas d'Aoiin.

Ad regias ayni dapes.

(Hymne modifiée. — Y. Ad coenam agni providi.)

/Elerne re.rum condilor. S. .\mhroi.si;.

Aima redemploris maler ■ Hermanls Conthactu.s.

A solis orlits cardine. Sf.dulius.

Attribué aussi à - S. A.vtBROiSE.

Aiictor béate saeculi Brév. romain.

Audi bénigne condilor S. Grégoire le Gr.

(4« str. modifiée.)

Aiirea luce et décore roseo . . . . Helpidie.

Aurora lucis riililal S. Ambroise.

Ave, maris stella [Huitième-dixième siècles.)

Ave, regina coelorum Brév. franciscain.

Ave, verum corpus nalum S. Thomas d'Aquin.

Bone pastor, panis vere.

(Fragment de : Lauda, Sion, Salvalorem.)

Christe, redemptor gentium .... S. Ambroise. Christe, redemptor omnium .... (Dixième siècle. Christe, sanclorum decus angelorum . Raban Maur.

Coelesîis agni nuptias Fr. Lorenzini.

Coelesîis urbs Jérusalem.

(Hymne modifiée. — V. Urbs beata

Jérusalem.) Coelo quos eadem gloria consecrat. . J.-B. Santeul.

Condilor aime siderum S. Ambroise.

Creator aime .nderum.

(Hymne modifiée. — V. Condilor

aime siderum.) Crudelis Herodes Deum.

(Hymne modifiée. — V. Hoslis Herodes impie.) Custodes hominum psallimus angelos. Bellarmin.

(Attribution.;

Décora lux aelernitatis auream.

(Hymne modifiée. — V. Aurea luce

el décore roseo.) Deus Creator omnium S. A.mbroise

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