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AVERTISSEMENT

Celle réimpression esl quasi textuelle . Cependant l'auteur a voulu corriger les traductions en quelques passages douteux el modifier quelques appréciations inconsidérées. Voilà tout. Ces changements ne portent pas au total sur une page entière. Il se félicite de s'être rendu compte que de plus amples retouches l'eussent conduit à la refonte générale d'un travail immense qui aurait demandé encore plusieurs années de recherches et il s'en est tenu là. Mais il s'en excuse aussi.

15 novembre 1912.

INTRODUCTION

Le latin d'église et la superstition classique.

Les décadents. — L'esprit de chasteté.

Le catholicisme en littérature.

LES ordinaires historiques de la littérature latine se clôturent sous la main des cuistres scandalisés, vers le quatrième siècle. Claudien, mentionné par condescendance, le compilateur orthodoxe, craint d'avoir été un peu loin et conseille, en épilogue, une relecture de YÉpître aux Pisons. Pour de telles gens, pour tous les professeurs, universitaires ou ecclésiastiques, franchir cette approximative date, c'est blasphémer, c'est attenter à une religion, c'est introduire dans le Canon les Apocrj'phes : — pas d'herbes fraîches : du foin.

Pendant que ceux-là broutent au râtelier classique, quelques indépendants, libérés de l'étable et reprenant, comme l'Ane d'Apulée, la forme humaine, se mirent à botaniser parmi les vastes prés de la poésie latine : de ces chercheurs le plus mémorable fut Ebert, dont l'œuvre sûre s'arrête malheureusement à l'époque carlovingienne ; d'antres recueillirent des documents, prouvèrent une bonne volonté.

L'ouvrage d'Ebert est un monument d'érudition et de cri-

tique directe ; les études que nous entreprenons à sa suite sont un travail, non d'érudition, mais de littérature, où l'exactitude a été priée, non la science ; le plan selon lequel elles se développeront est assez modeste : on voudrait établir une anthologie de la poésie latine du troisième au quatorzième siècle et entremêler de notes les citations et les traductions. Aucun des textes qui seront mis en français n'avaient encore été interprétés selon la méthode littéraire-littérale et la plupart n'avaient jamais été traduits : à ce point de vue, et aussi par son ensemble et sa logique, ce travail aura donc un intérêt certain pour tous ceux qui ne sont pas atteints de misonéisme. qui ont échappé à l'incuriosité de ce siècle, à sa stupidité, à son incapacité spirituelle.

C'est à l'époque précise où on la délaisse que la langue latine commence à offrir çà et là les séductions de la décomposition stylistique, à s'exprimer non plus en un immuable jargon de rhéteur, mais selon le tempérament personnel d'orientaux ou de barbares étrangers à la discipline romaine, — jusqu'à ce que la victoire définitive des idiomes populaires la relègue au musée des instruments oratoires. Définitive, cette victoire, mais combien tardive : longtemps les deux langues, la mère et la fille, vécurent côte à côte dans les pays romans, parlées l'une et l'autre par de différents clients : le Libéra qui est du onzième siècle est écrit en une langue aussi vivante que la Chanson de Boland, et encore au quatorzième siècle, après l'expansion prodigieuse du français, le latin avait gardé des fidèles, qui n'auraient su formuler selon la mode du plus grand nombre ni leurs pensées, ni leurs prières.

Ce latin, méprisamment connu sous le nom de latin

INTRODUCTION

d'église, est, nous senible-t-il, un peu plus attirant que celui d'Horace, et l'àme de ces ascètes plus riche d'idéalité que celle du vieux podagre égoïste et sournois.

Seule, que Ton soit croyant ou non, seule la littérature mvsti({ue convient à notre immense fatigue, et pour nous (jui ne prévoyons qu'un au-delà de misères de plus en plus sûrement, do plus en plus rapidement réalisé, nous voulons nous borner à la connaissance de nous-mêmes et des obscurs rêves contradictoires, qui se donnent rendez- vous en nos âmes éprises de jadis.

Horace, pour ce dessein, ni Térence, ne nous sera d'aucun secours et de préférence nous nous adresserons à la Psychomachie de Prudence, aux Séquences de sainte Hildegarde, aux Rhyihmes de saint Bernard, — mais cela sans nier la valeur, dite par les sièr\^s, de spontanés tels que Catulle, ce Verlaine; de tendrement tragiques tels que Virgile; de roués, comme Ovide; de philosophes, comme Lucrèce. Il s'agit moins de détruire les vieilles admirations que d'en créer d'autres.

Mystiques, barbares, ou décadents , il les a bien jugés, cet ermite (auquel ne convient que peu le De Laude Eremi de saint Eucher), — et cela serait une surprise pour qui ne connaîtrait pas l'absolue conscience littéraire de M. Huysmans, qu'en dix-huit pages sur ces ténébreux auteurs, l'épluchage le plus minutieux ne puisse trouver une épithète ou une glose, qui ne soit d'une merveilleuse précision. Ébert lui a été un bon guide.

Ni pour la première période de cette littérature oubliée, ni pour la seconde, plus inconnue encore, nous n'avons cru nécessaires de bien particuliers détails biographiques. Moines, prêtres, évêques, ces poètes, à part quelques-uns.

b LE LATIN MYSTIQUE

comme Théodulphe, comme saint Bernard, menèrent les vies les plus obscurs et les plus monotones, des vies qui, écourtées, rapidement résumées, apparaîtraient toutes les mêmes, sans aventures, sans événements, sans presque de relations avec l'extérieur. Un fait général surprend, c'est qu'à partir des environs du onzième siècle, presque tous les poètes , presque tous les écrivains sont des ab])és de monastère ou des évêques : une poésie très difl'érente de la poésie mona cale allemande, très différente aussi des inspirations mystiques des Franciscains et- des Dominicains, une poésie surgit, parénétique et sermonnaire, lyrique et pastorale. La surprise, c'est de voir qu'en des temps mal réputés, les évêques étaient choisis parmi les doctes, les doués de talent et d'indépendance d'esprit, parmi les dignes, — tandis qu'à cette heure ces fonctions très hautes sont uniquement conférées aux plus adroits quémandeurs, que les évêques ne sont plus que des préfets en robe violette, aussi peu mystiques que les autres. Les dixième et onzième siècles, c'est l'époque, avec les évêques, les abbés et les moines, de la séquence, de l'allitération et de la rime intérieure; c'est, depuis Godeschalk et les séquentiaires anonymes, une langue nouvelle, d'une simplicité magnifiquement compliquée par des musiciens barbares, que l'amour désordonné du verbe induit parfois aux trouvailles harmoniques les plus inattendues.

L'objection éternelle et professorale contre de tels poètes, contre tous les poètes de ces temps, c'est ce qu'on dénomme, en termes de maître répétiteur ou d'académicien, l'incorrection de leur latin, c'est-à-dire la non-conformité de leur lexique et de leur grammaire avec les règles verbales et syntaxiques d'usage aux temps augustes, aux siècles n°0

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et n° 1, aux deux siècles qui contiennent, précèdent ou suivent le règne du premier imperator romain. Il ne faut pas mentir ; quelques-unes s'efforcent vers cette écriture type : ce sont les médiocres, les anti-poètes, les versifica teurs, humbles abréviateurs et centonistes. D'autres écrivent le latin que l'on parlait de leur temps, du moins le latin littéraire tel qu'il s'était incessamment modifié de livre en livre : là leur mérite et leur intérêt. Il demeure difficile de le faire admettre. C'est le bon M, Hauréau, irréprochable savant, mais classique naïvement servile, geignant que les vers de Théodulphe offrent « beaucoup de locutions inconnues au siècle d'Auguste ». C'est un autre, navré qu'Abbon (Abbo le Courbé) néglige la césure, — loi émanée de Dieu même, loi primordiale, règle incréée. C'est un autre reconnaissant en udj thèse doctorale à Marins Victor, une louable verbalité classique. C'est encore M. Hauréau félicitant un carlovingien, le grammairien Smaragde d'une langue « sobre d'images, plus sobre encore de subtilités ou de trivialités mystiques ». Et c'est le même encore qui nous affirme : « L'art gothique est élégant, subtil, ingénieux, mais il manque de style », — sottise que devait rééditer Renan.

Pas plus que le respect du vocabulaire, ne nous séduit le culte de la prosodie. Le poète, s'il n'est lui-même, ce qui importe peu, créateur de règles, admet celles que lui dicte son temps, ou bien les récuse et n'en reçoit aucunes : des querelles, sont, à ce sujet, bien vaines ; il faut le prendre tel que sa fantaisie l'a façonné. Plus urgente encore cette nécessaire bonne volonté, quand il s'agit d'une versification aussi factice que la latine, factice même aux années de sa gloire, toute grecque, importée violemment, insen-

sible à des oreilles latines faites seulement pour la numération, l'allitération, la rime, l'assonance.

Selon la plus stricte littéralité, on entre avec le christianisme dans un nouvel univers : les idées sont baptisées, et les mots. « C'est, dit en son étude très savante sur Grégoire de Nazianze, M. A. Grenier, un des rares dévots de l'art rénové, c'est une langue neuve, indépendante, caractérisée, faite pour des sentiments nouveaux, ne relevant d'aucune grammaire classique, d'aucun modèle, imprégnée d'hébraïsmes, abondante en locutions et en images populaires, dure et barbare, mais grande dans sa dureté, et souvent d'une grâce divine dans sa barbarie. Elle se forma comme le métal de Corinthe, merveilleux alliage dont on ignore les proportions, dans l'incendie et la fusion du vieux monde. Se souvient-on de Virgile, d'Horace, d'Ovide, en écoutant le Pange lingiia ? Pense-t-on àDidonou à Ariane, en lisant le Salve Regina ? »

Cette langue rigoureusement neuve, le texte latin de la Vulgate la contient toute et c'est là que vinrent, l'un après l'autre, puiser tous les écrivains mystiques, — et cette langue est au latin classique ce que Notre-Dame est au Parthénon, ce qu'un poème de pierres et de larmes est à une ode de Pindare, ce que le Calvaire est aux jeux Pythiques, ce que Marie est à Diane. Hello, en son livre, V Homme, dit cela avec la simplicité de celai qui profère l'incontestable et le définitif : « Quant à saint Jérôme, il a créé le magnifique idiome dans lequel iî a parlé. Tacite et Juvénal sont les balbutiements humains de la langue que saint Jérôme a parlée divinement. »

Plus d'un trait de la figure caractéristique des poètes latins du christianisme se retrouve en la présente poésie fran-

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çaise, — et doux sont frappants : la quêtu d'un idéal différent des postulats officiels de la nation résumés en une vocifération vers un paganisme scientifique et confortable (déification de la nature, de la science, de la force, de l'argent, de l'hygiène, culte de l'enfant, du petit soldat et de la gymnastique, etc.) ; et, pour ce qui est des normes prosodiques, un grand dédain. A cause, sans doute, de ces semblances vaguement perçues, le nom nous fut donné de décadents ; il ne peut convenir. La décadence d'une langue c'est sa mort lente ; elle ne peut être perçue qu'après son extinction totale. Décadents furent relativement les poètes qui sculptèrent en un bois vermineux ; décadents par fatalité; le mot est de convention : pour en référer encore, par exemple, au Stabat Maler, quels signes de décadence reconnaître en ce poème œuvré par une main douloureuse mais sûre, selon des lignes très nobles, des voiles raidis comme par des larmes de sang, en cette robe de deuil mais frangée d'or vert, mais stellée d'améthystes ?

Ne furent-ils pas bien plutôt les décadents, les Italiens qui alors, ou plus tard un peu, ovidifiaient de m}'thologiques lamentations ?

Et en ces récentes années, quel fut l'authenticjue décadent, du poète chercheur de formes, d'images, du poète forgeur de son verbe ; d'un Laforgue ou d'un Sully-Prudhomme ; de ce fol ivre d'impossible ou de ce rédacteur de vers, à l'âme polytechnique et morale ?

« Je vous en supplie, écrivait Commodien de Gaza, apprenez à discerner le bon, — et méfiez-vous des simulacres » :

Discite quaeso bonum, cives, simulacra cavete. Mais nous savons et nous allons communier à des tables moins prostituées, — bien ailleurs ! disait Laforgue, en mourant :

Oui, sous ces airs supérieurs, Le cœur me piaffe de génie En labyrinthes d'insomnies !

Et puis, et puis, c'est bien ailleurs Que je communie...

Maintenant, si, au cours de cette étude, j'ai été amené à des citations particulièrement afférentes au « péché de la chair », c'est que les poètes ecclésiastiques s'adonnent sans relâche à faucher cette herbe sans cesse renaissante.

« Entre toutes les attaques du démon, dit saint Augustin dans son livre De Honestate mulierum, les plus violentes sont celles de la chasteté ; les combats en sont très fréquents et les victoires très rares. »

Leurs gémissements sur le siècle aboutissent là. Du bélier de leurs homélies, ils battent en vain les remparts de l'éternelle chair, et les pierres des frondes sacrées glissent sur les seins et sur les ventres, plus caressantes peutêtre que blessantes. Ne pouvant vaincre ce péché, les théologiens, plus tard, le codifièrent, créèrent la mœchialogie ; cela devint une science, la science de la luxure (et, si Marins Victor est assez supérieur à Stace, comme poète, Liguori, comme moraliste, peut faire oublier Sénèque) nos poètes n'en profèrent que les premiers vagissements comme théologues, n'en posent que les premières notions cela suffit pour qu'à la prééminence verbale sur les contemporains d'Horace, ils joignent encore celle de la clairvoyance psj'cho logique.

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Le passage entre l'esprit païen, qui est de jouissance, et l'esprit chrétien, qui est de renoncement, n'avait été ni soudain, ni inattendu. Les Alexandrins d'avant l'ÉVangile vantaient, souvent pratiquaient la chasteté ; et après que le christianisme fut devenu quasi universel, sous les premières années du règne de Constantin, on voyait des platoniciens attardés, comme Proclos, le dernier des grands rhéteurs de l'école d'Athènes, refuser de se marier, moins par amour de la liberté que par dégoût charnel, — Pro clos qui combattait les doctrines chrétiennes, qui suivait pour la science et pour les mœurs des devanciers purement philosophes.

Sans doute, le mépris de la chair est essentiellement chrétien, mais il ne fut pas imposé par le christianisme, qui ne fit que l'adopter, le prôner, l'exagérer jusqu'à la plus dure et la plus absolue haine. Saint Paul n'a pour la chair nulle mansuétude, ni Tertullien, ni aucun des premiers Pères : c'est à peine s'ils tolèrent le mariage, s'ils admettent en cette matière les vertus sacramentelles, mais ce ne fut qu'en la plénitude de son autorité, après l'apaisement du paganisme et l'apaisement des invasions, que l'Eglise osa entrer dans la charnalité, comme dans un laboratoire d'anatomie, et là, dépecer vivant le futur cadavre hun^ain.

Odon de Cluny, le plus violent, apparaît, en ce rôle, triste et grand, d'une hardiesse de langue qui fait pâlir jusqu'à l'évanouissement, rapetisse jusqu'à la puérilité, les plus osées des analyses modernes, les autopsies les plus brutales. Voici de ce moine une assez cruelle analyse de la beauté corporelle {Collationes, liv. II) :

... Corporea pulchritudo in pelle solummodo constat. Nam si vidèrent homines hoc quod subtus pellem est, sicut lynces in Boeotia cerncre interiore dicuntur, mulieres videre nausearent. Iste décor in flegmate et sanguine et humore ac felle constitit. Si quis enim considérât quae intra nares et quae intra fauces et quae intra ventrem lateant, sordes utique reperiet... Et si nec extremis digitis flegma vel stercus tangere patimur, quomodo ipsum stercoris saccum amplecti desideramus !

« La beauté du corps est tout entière dans la peau. En effet, si les hommes voyaient ce qui est sous la peau, doués comme les lynx de Béotie d'intérieure pénétration visuelle, la vue seule des femmes leur serait nauséabonde : cette féminine grâce n'est que saburre, sang, humeur, fiel. Considérez ce qui se cache dans les narines, dans la gorge, dans le ventre: saletés, partout... Et nous qui répugnons à toucher même du bout du doigt de la vomissure ou du fumier, comment donc pouVons-nous désirer de serrer dans nos bras un simple sac d'excréments ! »

C'est ce (jue répète Anselme de Gantorbéry, avec non moins de précision [De Contempla mundi) :

... Clara facie satis est et forma venusta Et tibi non minimum lactea tota placet. Viscera si pateant occulta et caeteras carnis Carnes quas sordes contegat alba cutis !...

« Elle est, la femme, de face claire et de forme venuste, et elle ne te plaît pas médiocrement, la créature toute lactée ! Ah ! si les viscères s'ouvraient et tous les autres coffrets de la chair, quelles sales chairs ne verrais -tu pas, sous la blanche peau ! . . . »

Et saint Bernard, en son style toujours vêtu de mysti-

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cisrae, donne de pareils arguments contre le culte charnel; ainsi, au traité De interiori Domo :

Considéra quomodo morieris... inter longa suspiria et difficiles singultus, inter diverses dolores et timorés... Tune veniet corpus in pallorem et horrorem, in saniem et fetorem; erit vermis tt cibu.s vermium...

« Considère comment tu mourras, parmi les longs soupirs et les rudes hoquets, parmi toutes les douleurs et toutes les terreurs... Ton corps s'en ira en pâleur et en horreur, en sanie et en fétidité, ver et nourriture des vers... »

Ainsi, dans son sermon sur Y Impureté Immundilia du cœur et du corps : La fornication est un appétit d'obscène commixtion.

« Elle est quadriforme... Première espèce, quand, en esprit seulement, le concupiscent désire entrer dans les obscènes voluptés de la chair... Deuxième, lorsque l'homme, entré dans la copulation charnelle, conduit à l'apogée cette même œuvre de voluptueuse concupiscence... Troisième, lorsque, échauffé de désirs terrestres, il aime la créature plus que le Créateur... Quatrième enfin, lorsque, vénérant les simulacres en place de Dieu, il se livre en servitude aux démons. »

Sciendum quod fornicatio quadriformis intelligitur... Prima itaque hujus quadripartitae fornicationîs species est quae quisque mente tantum obscoeni's camis voluptatibus misceri concupiscit... Altéra autem qua ipsius voluplatis opus concupitum copula carnali admistus ad effectum perducit... Tertia vero, qua terrenis desideriis aestuans plus creaturam quam Creatorem creaturarum diligit... yuarta vero. qua simulacra pro Deo venerans, daemonibus servitutem impendil...

Allusion, cette dernière phrase, à la parole de Jérémie disant de la nation juive : Moechata est cum ligno et la^ pide. C'est la fornication avec le bois et avec la pierre, le culte de la matière riche ou enrichie, l'adoration minérale et végétale, le veau d'or ou le panneau, les délices d'une copulation spirituelle, indue et vaine.

Tels, avec du lyrisme d'amour et de gloire, de larmes et de peur, les fondements de la littérature catholique. Toujours elle proclama la vie intolérable et sordide ; et pour mieux nous en dégoûter, elle s'ingénie à réduire à l'ordure le plaisir pour lequel l'humanité, qui en est fille, travaille jusqu'au désespoir :

Ah! Seigneur ! Donnez-moi la force et le courage De contempler mon cœur et mon corps sans dégoût.

Commodicn de Gaza et la naissance

de la poésie chrétienne. — Les acrostiches.

Le Carmen Apologeticum .

La légende de Néron. — La fin du monde.

La langue de Commodien.

Au concile tenu à Rome, l'an 496, par le pape Gélase, on dressa une liste des livres autorisés et des livres défendus. C'est la première édition de cet Index librorum prohibitorum que la patience de la sainte congrégation afférente ne suffit plus à tenir au courant des foudres excommunicatoires. Parmi les ouvrages chrétiens prohibés comme apocryphes (non orthodoxes), les évêques inscrivirent les opuscules d'un certain Commodien de Gaza, syriaque.

Vers le même temps, Gennadius insère cette note à l'article Commodianus de son Catalogue des hommes illustres: « C'était un païen converti qui, voulant faire quelque chose pour le Christ, auteur de son salut, écrivit, en un style médiocre, des manières de vers contre les gentils. »

Nul ne prononça plus le nom de Commodien avant le P. Sirmond, qui cita quelques-uns de ses acrostiches à la suite de son édition d'Ennodius, en 1611, et ses œuvres complètes ne furent publiées qu'en ce siècle, parle cardinal Pitra, d'abord, puis à diverses reprises, sous une critique sûre, par les Allemands.

LaUn mystique. *

18 LE LATIN MYSTigUL

Avec stupeur, ayant lu les acrostiches de ce poète d'une si ingénieuse barbarie, on apprend qu'il rédigeait en plein troisième siècle, parmi les exemples encore récents de la plus correcte latinité, au temps de Justin et avant Quinte- Curce. Il est vrai que l'on date de cette époque la définitive rédaction dt!s évangiles et les premiers efforts des chrétiens à inaugurer une littérature nouvelle. Commodien signe le prcjo-gue de la lente défaite d'une mythologie qui ne contient plus que de symboliques gaudrioles : il s'en fait l'exorciste, l'eau bénite de ses anathèmes chasse les antiques démons, et le Christ, en spondée, clôt les lourds hexamètres. Il semble que déjà l'on entende comme de lointains psalmodieraients ; une conscience nouvelle crie dans les âmes : le monde est délivré ! Le sensualisme rentre dans la nuit (ou il se confectionne en secret d'hypocrites robes) ; les gens ont appris une vérité merveilleuse et terrible : celui-là est mort qui ne vit pas en Dieu. C'est la naissance de la tristesse. L'homme regarde autour de lui, ne voit plus rien de visible et se réfugie en lui-même, où l'invisible vient le visiter : c'est aussi la naissance de l'idéalisme.

Commodien de Gaza, l'esprit chrétien l'incite à un profond mépris de la traditionnelle métrique. Ce fut, sans doute, un évéque qui arrangeait pour les catéchumènes un sommaire versifié du Credo. Mais l'indignation jointe à une énergique foi impriment à son style une originalité bizarre. Il n'imite pas Virgile (le trouvant sur son chemin, M. Gaston Boissier le lui reprocha amèrement), il se ]>ermet des assonances et même des rimes, remplace par un IVacas de sonorités la traditionnelle et enl'antini' harmonie iniitative, s'élève ainsi à une sorte d'éloquence toute verbale.

Voici, par exemple, un acrostiche où l'on sent dé}à frémir quelques-uns des grondements du Dies irae ; je le cite entièrement, car un acrostiche ne se peut couper et, d'ailleurs (que cela soit dit une fois pour toutes), je prétends mettre dans les citations multipliées de ces poètes inconnus, l'intérêt premier de cette étude :

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