‹ Le latin mystiqueChapitre 7 sur 50 · DE SAECULI ISTIUS FINE · texte numérisé non relu

DE SAECULI ISTIUS FINE

D ai tuba coelo signum sublata leone,

E t fiant de subito tenebrae cum cœli fragore.

S ubmittit oculos Dominus, ut terra tremescat, A dclamat et jain ut audiant omnes in orbem: E cce diu tacui sulTerens tante tempore vestra! C onclamant pariter plagentes sero gementes. U lulatur, ploratur, née spatium datur iniquis. L actanti quid faciet mater, cum ipsa crematur? I n flamma ignis Dominus judicabit iniquos :

I ustos autem non tanget ignis, sed immo delinget.

S ub uno morantur, sed pars in sententia Jflebit.

T antus erit ardor, ut lapides ipsi liquescant,

I n fulmine cogunt venti, furit ira coelestis :

U t, quacumque fugit, impius occupetur ab i'gne ;

S uppetium nullum tune erit, nec nauticae puppes.

F iamma tamen gen tes média parti taque servans, I n annis mille ut ferant corpora sanctis. N am inde post annos mille gehennae traduntur, E t fabrica cujus erant cum ipsa cremantur.

« De la fin du siècle. — Dans les cieux, la trompette a donné le signal, le Lion s'abolit, et soudain voici les ténèbres avec un grand fracas d'en haut. Dieu regarde la terre afin que la terre tremble, il vocifère afin que tous

entendent jusqu'au bout de la terre : « Je me suis tu long- « temps, si longtemps j'ai souffert vos crimes ! » Et vocifèrent avec lui ceux qui pleurent trop tard et trop tard gémissent. On hurle, on aboie, on implore; en vain : pas un instant n'est accordé aux méchants. Que peut- elle pour son nourrisson la mère plongée dans les flammes ? C'est dans les flammes du feu que le Seigneur jugera les méchants. Quant aux justes, le feu ce les touchera pas, ne les léchera même pas. Les voilà tous assemblés, les hommes, et la moitié d'entre eux va pleurer sous la sentence. Si grande est la chaleur que les pierres se liquéfient, les vents sont pareils à la foudre, la colère céleste s'enrage, l'impie a beau fuir, le feu saura le rejoindre; nul secours, nul recours, nul navire pour franchir les mers. Et la flamme cependant épargnera la moitié de ces damnés, afin qu'au bout de mille ans leurs corps soient portés devant les bienheureux. Car c'est après ces mille ans qu'ils seront livrés à la géhenne et avec le monde dont ils faisaient partie, consumés. »

Est-ce que l'effroi de la damnation, les inutiles gémissements, les aboiements sinistres des maudits ne sont pas exprimés avec quelque force en ces vers pénibles comme des fardeaux, écrasants comme des chaînes ?

Conclamant pariter plangentes sero gemenles, Ululalur, ploralur, nec spatiura d'aiur iniquis...

Avec son effroyable férocité de nouveau converti, de chrétien sûr de passer à droite, convaincu d'un inéluctable salut, le barbare multiplie, sur le jour de terreur, les acrostiches et les solécismes. A l'abri des peurs qu'il évoque, de la divine rage qu'il attise furieusement, des

torsions infernales où il se voudrait tortionnaire (rêve bien légitime pour une àme qui aurait moins de dégoût que de colère), le bon catéchiste, croquemitaine plus encoi-e que bourreau, s'ingénie à faire treml)ler, tels que des petits enfants, son prochain :

« A cause des incrédules, j'ajoute ceci sur le Jour du Jugement : Pour la seconde fois le feu du Seigneur va maîtriser le monde : la terre et les choses poussent leurs suprêmes gémissements, la terre, les gentils et tous les incrédules : seules sont épargnées les demeures des saints. La nature entière n'est plus qu'une flamme unique : la terre brûle dans ses profondeurs et les montagnes se liquéfient. De la mer il ne reste rien : elle est vaincue par la puissance du feu ; le ciel périt, la terre se transforme et surgissent une autre nouveauté de ciel, une terre éternelle. Alors ceux qui le méritent seront envoyés à une seconde mort, ftndis que les justes entreront dans leurs habitacles. »

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