‹ Le lauréat; critique des œuvres de Louis FréchetteChapitre 41 sur 83 · VIVE I.A FRAN'CE · texte numérisé non relu

VIVE I.A FRAN'CE

Oïl voit donc que M. Fréchotto uvuit sou modèle sous les yeux quand il u écrit ses vers, car non seulement il s'est servi des idées de Coppée, mais jusque de ses expressions, et Monsieur le consol qui, en apostrophe, ri'mplace Mon cajjUainc, — nous sommes cinq cents hommes, qui remplace nous sommes cent hommes, est tout à fait charmant comme . . . .imitation.

C(>[q»é<' ;i liiii ainsi sîi iticce :

Et le vici! ullicicr, contenant mal ses larnus, A ses soldats d'un jour <jiii déposaient leuM ariucs, Ktreijiiiaii les deux mains à leur rougir la peau, Kt (lisait rndement :

— J/em pour le drapean.

Et M. Fréchette a terminé Vive bi France de la même façtni :

Kt W eonsul, «jui m'a eonté cela souvent.

Kn lenr disaiU merci, plenr.iit comme nn iiilarit.

Le consnl remercie cvunme le commandant du haii^ne, av<'c cette dift'érence ([ue le (-ou-^ul pleure et que l'autre contient nnd ses larmes.

Il y a donc dans Pimr le Drapeau et Vire la France le même thème, c'est-à-dire les mêmes fonctionnaires représentant la France, les mêmes braves prêts à verser leur sang ])Our l'honneur du drapeau, les mêmes offres, les mêmes larmes et les mêmes remerciements.

Et save/.-voiis ce ([uo ^^. Fr'clicttc a réptnidii au

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Bon Combat, qui lui roproeluiit de s'être servi trop copieusement de Ooppée pour digérer Vice la France ?

Lisez :

Vnc touto petite renianiue cm terMiiiiant, iiriusieur l'aiyhé : vous croyez ni'hninilier en disant (|ue j'imite Victor Hugo et Lamartine. Je vous avouerai que j'aime mieux imiter ces grands luaîtres qui ont alimenté !a littcratiu\? du siLClc <iue de signer du Cliapmau.

J'aimerais l^ieu savoir ce que Lamartine peut bien avoir à faire avec une pièce <|u'on accuse M. Fréclicttc d'avoir imitée trop crûment de Coppéc.

tSi encore le lauréat n'eût parlé que de Victor Hugo, — à (pli il a j»ris un alexandrin pour le glisser dans le thème de Ooppée, — il y aurait en presque du l»on sens.

Mais amener là Lamartine, c'est très cocasse, et surtout c'est très fort comme.. ..défense.

])u moment (pie M. Fréchette est forcé d'admettre «[u'il imite Lamartine et Victor ]Iugo, il fait l'aveu. i»'ertt-ce pas, (pTil n'a point d'originalité.

Or l'originalité — qui seule constitue la véritable poésie — faisant défaut chez le laarénf, il n'est donc qu'un sinqile versificateur.

Il n'est qu'un versificateur sans virtiu)sité, ct> mûmc «'il ne plagiait pas, il serait en France à la

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queue (les imitateurs de l'époque, <i(uit le uombreest pourtant si considérable.

Parlant de ces imitateurs, Charles Fuster dit :

11 y il eu France et en Navarre, îl l'heurr où j'écris, trois cents ya/««Mr», trois cents virtuoses sftrs d'eux-mêmes.

Et le plus lamentalile, c'est ([ue tous ceux-là se ressojublent. Les uns procèdent d(î Lcconte de Lisle, les autres de Sully-Priidliomme, (inehiuc-iins de M. Banville ; tous ont la niênic aisance dans le rythme, le mémo ver* sonore et nombreux, le même vocabulaire, l'exploitation des m<!'mcs sujets, le monopole des mônu^ gentiUos«<'«. Qui a lu l'un, a. lu les autres ; ontro les Col^.rc» de Jult^ et les Jn-ensfi* de r.éopold, la dillerencc; est nulle ; c'est runilormité du joli, c'est même — ^si vous y tenez — lu banalité du beau ; ce n'est plus de l'art personnel, ce ne i)eut être de l'art «[ui dure. '

Non, l'imitation, quelle que savante qu'elle puisse être, ne peut tenir lieu d'inspiration.

Le versitîcateur ne peut pas plus imiter la poésie des grands maîtres (pie l'alchimiste ne peut avec profit imiter l'or, pas plus que le peintre ne parvient à rendre d'uiu^ nuuiière satisfaisante les coideurs du prisme, les ondidatious insaisissables et mystérieuses de l'aurore boréale.

Parmi les écrivains fran<;ais qui, depuis Molière et Latbntaine, ont voulu imiter les Grecs et les Latins. André Chénier est certainement le seul qui ait travaillé avec succès — dans ses pastiches d'Homère et de Théocrlte.

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