LA TETE DE M:>UT
O prodijïi' ! tout à coup un de ces crânes paraît s'ajjiter. I>'a»Hembléc tout entière est saisie d'eflVoi. Cepenthint la t^te <le mort s'agite de pluK en plus, et semble remanier, toute men:i<;ante, les téniériiires qui ont osé troubler son
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repos. Bientôt même elle s'avance comme pour demander compte de l'outrage qu'on lui a fait. Les assistants ne peuvent plus inaîtriser leur frayeur. Les uns fuient en jetant des cris perçants, les autre» se prosternent, implorant la miséricorde divine pour eux et pour le mort, dont la t<.'tc s'avançait toujours.
('NE TOUFFE DK (Il 11 VEUX BLAXCH
Ce (jui se passa alors, messieurs, défie tout langage humain.
Liî, tout droit, en façade moi, presque à portée de ma main, une tête de mort, grimaçante, me regardait dans l'ombre avec ses grands yeux sans prunelle, ci... pour comble d'iiorreur, elle s'avançait vers ?»oi par soubresauts irréguliers.
Avec la répétition vicieuse du pronom mol dans ce que je viens de citer, voila deux têtes qui regardent bien et s'avancent l)ien de la même façon, n'est-ce pas '(
LA Ti-rn-: de yronr
Le prêtre fiiit alors le signe de la croix : " Tête, s'écric-t-il, au nom du Dieu vivant, je t'abjure; Arrêtet<ii ! ''
La tête obéit et se retourna aussitôt.
On en vit sortir \m rat, qui, eti'rayé par la voix du prêtre, se perdit dans un trou voisin.
l XE TO l 'FFK ]) K ( NE I '/;/ A' BL A XCS
Tout ce que je viens de vous raconter s'est passé à la lettre.
Ce crâne (jui se mouvait de lui-même, il y avait tout simplement un crapautl dessous.
S'il est vrai qu'il y u dans la dernière phrase un contresens, — la tête de mort n" 2 ne se mouvait pas (Vdle-îneme, puisqu'un crapaud la faisait marcher, — en revanche, quel trait de génie M. Fréchette a eu pour fourrer dans le crâne de la dictée française un
batracien ù la place d'un rongeur, ou plutôt pour sortir de son crâne le crapaud qu'on vient de voir s'avancer d'une façon si horripilante !
Donc, plus on étudie l'œuvre du lauréat, plus on est convaincu de sa fourberie et de son impuissance ; et je ne crains pas d'affirmer qu'il arrive aussi souvent à M. Fréchette de voler quand il fait de la prose que lorsqu'il fait des vers, ce qui n'est pas peu dire.
Aussi, pas plus tard que l'automne dernier, au moment même où tout le monde était stupéfié des révélations que je venais de faire contre le lauréat, celui-ci osait encore plagier Eugène Sue, pour tâcher de donner quelque intérêt à un très ennuyeux article qu'il publia dans la Patrie du 21 octobre.
Je fus averti de cette nouvelle escroquerie par un billet anonyme que je trouvai, un matin, sur mon bureau, et qui était ainsi conçu :
(iiu'l>ec, M nov. 1S90.
Mon clior Moiiisicur,
Comme vous me .scmMoz plus que jamiiis détormiiio à faire connaîtro M. Fréchotto tel qu'il est, je nu' penuots <le vous signaler un chapitre des Mi/stires <h; ParÏK, intitult? : Déjeuner de garçons, où vous constaterez que le lauréat, comme vous l'appelez, s'est servi largement pour une 8C^ne qu'il vient de <lccrirt' dans S(>s XotriiKiir Chicayn.
Tn amf ni:« i,i:TTi;r.s.
]>écidément, je suis servi à souhait, nu» dis-je en
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relisant le billet ci-dessus, et, presque certain que je n'étais pas trompé par celui qui me l'avait adressé, considérant que l'écrivain qui veut faire triompher une cause juste ne doit pas reculer devant un ou plusieurs malfaiteurs littéraires, je fis venir de Montréal les Mi/slères de Pari.^, où je trouvai eftectivement le chapitre indiqué par un Ami des /(î//r/?5, et dont j'extrais le passage suivant pour \e comparer avec la prose de:* Xotes sur Cli'tf(i<jo :
Kl'C.KXE 81' F
Maintciiîuit, nu'ssii'ur^, dit d'HarvilIc, li.i-si|tic k- déjciiiu'ifut tonjùné, si vous voulez fumer un cij^arc dans mon cubinot, vous t'U tfouvorcz d'excellents.
On se leva de talile, on rentra dans le cabinet du manjuis ; la porte de sa cliamlire à couclier, qui y communi(|uait, était ouverte. Xous avons dit <iue le seul ornement de cette pièce ae composait de deux panoplit^, de très belles armes, M. de Lucenay, ayant allumé un cigare, suivit le marquis dans sa <-hami)re.
— Vous voyez, je suis toujours amateur d'armes, lui dit M. dllarville.
— Voilà, en eflVt, de magnifiques fusils anglais et français ;
ma foi. je ne saurais auxquels donner la préférence
Douglas! cria M. do Lucenay, venez donc voir si ces fusils no peuvent rivaliser avee vos meilleurs Manton.
Lonl Douglas, Saint-Kemy et deux autres convives entrèrent dans la cliamltrc du marquis pour examiner les armes.
M. d'IIarville, prenant un pistolet de eomliat, l'arma, et et dit en riant :
— Voici, messieurs, la panacée universelle pour tous les maux, le spleen, rennui..
Et il approelia, en plaisantant, le canon de ses lèvres.
— Ma foi, moi, je préfère un autre .spécifique, dit Saintlîemy ; cehd-hi n'est l>on que dans les c.is désespéx'és.
— Oui, mais il est. si prompt, dit M. d'Harvillo. Zost ! et c'est t'ait ; la volonté n'est pas plus rapide. Vraiment, c'est merveilleux.
— Prenez donc gai-Jc, d'Harville; ces plaisanteries-là sont toujours dangereuses. Un malheur est si vite arrivé ! dit yi. de Lucenay, voyant le marquis approcher le pistolet de ses lèvres.
— Parbleu, mon cher, croyez-vous (jue s"i[ ctait cliargé je jouerais ce jeu-là ?
— Sans doute, mais c'est toujours imprudent.
— Tenez, monsieur, voilà comme on s'y prend : on introduit délicatement le canon entre ses dents... et alors...
— Mon Dieu ! que vous êtes donc l)êt(\ d'Harville, quand Vv)us vous y mettez ! dit M. de Lucenay en haussant le» épaules.
— On upproclie le doigt de la détente... ajouta M. d'Harville.
— Est-il enfant... est-il enfant... à son âge!
— Un petit mouvement sur la gâchette, reprit le nianjuis, et l'on va droit diez les Ames.
Avec ces mots le coup partit. ]\I. d'Harville s'était Ijrûlé la cervelle.
fiîechettï:
Un jour, il invita cinq ou si.x amis à dîner dans un restaurant à la mode ; il était en veine de générosité et de ;/aiett'.
Le meiui était soigné, les vins e,\(iwis, l'amphytriou était (['iu\Q gaieté folle ; le dîner se prolongea tard dans la soirée.
Au café, la convei-sntion tomba sur les risque» de la Bourse, et l'on parla de certaines catastrophes Hnancières.
— Moi, tlit le »»(j/v/u?.s, je joue tout pour tout depuis deu.v mois, et n'ai point i)eur du résultat.
— Mais si vous perdiez...
— Si je perJais, ce ne serait pas pour longletnps.
— Comment cela ?
— Oh ! ce serait l)ien simple ; j'inviterais quehpu's gais e;)mpagn(tns comnu' vous, par e.Kemple, à un i)etit dîner dans le genre de <'elui-ci ; je mang(>rai?, boirais, rirais, in'amu.seraiâ avec les autres ; et puis, au café, comme maintenant, ju tirerais de ma pmhe un petit revolver eonune cclui<'i
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Kt, on pronduriint ces jxirole^,]e ïiiarquh tirait eilcctive. ment dt; sa poche un pistolet-bijou, dont l'aciei* miroita siiiistroiiient au l'eu dea bougies ; et. joignant le gc^te aux jK.iroleH, sous les yeux de ses convives ijui souriaient au liadinage, il continua en souriant, lui aussi :
— Et puis, avec précaution, sans me presser, comme c:>ci, tenez, j'appuierais le bout du canon sur ma tempe droite, de cette façon, regardez bien... je presserais la détente, et pan ! ce serait fini !...
En même temps l'explosion avait lien, le pistolet l'umxnt sautait sur la table, l't, aux yeux des dîneurs épouvantés^ l'étrange suicidé roulait inerte sur le parquet.
Comme on voit, lo héros «l'Eugène Sue est un marc|uis français, qui, au sortir d'un déjeuner donntS ;i des amis, décroche d'une panoplie un pistolet de combat fpi'il approche, en plaisantant, de ses lèvres, et avec lequel il se brûle la cervelle.
Lo héros de M. Fréchette est aussi un marquis — un marquis chicagouui ! — qui a convie des intimes à un dîner, après lequel il sort de sa poche un pistolet-bijou qu'en souriant il applique sursa tomiic, et dont il &q flambe la tète.
Tout ce qui diftérencie les deux scènes qu'on vient de comparer, c'est que dans celle <lu romancier parisien l'intérêt est savamment ménagé jusqu'à la tin, et qu'on ne peut aucunement en prévoir le dénouement tragique, taudis que dans les Notes sur C/iieago on devine tout de suite, au premier geste du marquis n*^ 2 tirant son pistolet, qu'il va se faire sauter.
Eu cVautros termes, dans les peintures des deux suicides qu"oii vient de voir, il y a la difterenee .distinguant un romancier qui a du talent d'un écrivassier qui croit en avoir.
Et quand on songe que, après tant de révélations assommantes contenues dans un seul article, !M. Fréchctte va, comme si rien n'était, continuer de voler, qu'il va se trouver encore des propriétaires de journaux pour doinier ses contes de Xoal comme des primeurs de [>rix.
Que dis-je ? comme j'allais terminer le présent article, le courrier m'a apporté deux nouveaux contes de Noël que le lauréat a fait paraître, l'un dans la Pairie et l'autre dans la Press?, et pour lesquels il a dû encore se faire payer.
Il suffit de lire celui qui porte })Our titre : Une nuit dans les Capes, pour savoir que l'invention en est bien de M. Frécliette, à preuve, que dans ce conte, entre cent autres bourdes, un cocher de Québec, nommé l^ierrc Vadeboncœur, ayant les doiarts littéralement gelés et se tordaut dans d'atroces douleurs, se met tout à coup à chanter d'une voix forte et avec la plus grande sérénité du monde :
Il est m' le divin ciil'iint
ji preuve aussi, (|u'uu autre personnage y sert de parrain à ini nouveau-né que, vu rimpossibilité de le porter Ji l'église, on trouve prudent d'ondoyer, —
rx MiKii.LO -4;»
M. Fréclietto est doue trop ii^iioraut pour savoir que sans prêtre il ne peut y avoir de parrain, — sans parler de la phraséologie «jni est affreusement torturée et torturante, et dans la<pielîe il y a assez de eigares, de pipes, de vin et de Jamaïque pour approvisionner J'ierre Vadebone lur et les siens pour le reste «le leurs jours.
Quant à l'autre légende, intitulée : Ij' Ilonum: dans la lane^ dont les diftërentes scènes se passent dans \\n vieux château de la Jîretagne, dont le thème et le style sont dignes des plus grands écrivains français du jour, il va de soi que M. Fréchette n'a fait que la transcrire de quelque volume dont il se croyait sans doute l'unique possesseur.
Oui, je suis certain (pie M. Fréchette a copié aussi servilement le Bonhomme dans la lune que VExilé, où il ne s'est pourtant guère gêné, comme l'indique la confrontation suivante :
LERTIIKI'
— Alors poui'iiiuà vous a-t-ello :»i)pck' ! Les anioiinuix ont d'étranges idées. A votre plaee, jeune homme, savez-vous ee (lue je ferais ? J'irais trouver I.'nnjuard,]v lui demanderais un(ï explication Tranche et précise en présence de ces dames.
FKECIIKTTE
Alors pourquoi vous a-t-ollc appelé? Les amoureux ont d'étranges idées. A votre place, jeune liomme, savez-vous <!e que je ferais ? J'irais trouver Jolin, je lui demanderais une explication iVanelie et précise en présence dt- ces dames.