‹ Le lauréat; critique des œuvres de Louis FréchetteChapitre 83 sur 83 · I.ES VOIX D'OUTHf;-.MKl · texte numérisé non relu

I.ES VOIX D'OUTHf;-.MKl

Après avoir fait une longue aiial\ i^e de la Léijende iVan Fewple, en avoir reproduit quelques fragments qu'il a été obligé, comme on a vu, de corriger pour Hos citations, Charles Fuster ajoute :

Je no suis pas un pédant, ot serais désok' d'eu devenir un. Je ne m'attarderai donc point aux rcniar<iues do détail, aux observations de style, aux chieanes snperlicielles. Le livre (le M. Frécliette a ses dél'ants. Qnel<|nes passages sont cniphati<|nes ; la plupart ruj>jjellent tiop, par lenrx péi iodes oratoire» et leurs beaux l'ers co niés en un mon h uniforme, la nianifre et le proctdf: de Victor Hut/o.

Certes ! je crois bien que la plupart des vers de M. Frécliette sont coulés en un moule uniforme et rappellent trop la manière et le procédé de Victor ][ugo : j'en ai fait voir un grand nombre qui avaient été volés tout entiers dans les meilleures pièces du maître, et l'on n'aurait, sans doute, qu'à chercher, pour on trouver bien d'iUitres.

Je l'ai déjà dit, continue M. Fuster. certains éjàsodes absohinient renianiuables ont été négli.cés par notre poète ; il les reprendra plus tard, sans doute, et. pour un volumo achevé, l'ouvrage lui-niéino n'est pas Ji ni.

L'ouvrage du lauréat est tellement fini pour lui, il lui est si peu possible de reprendre les épisodes »pti, selon Fuster, ont été négligés, que depuis que l'auteur des Poètes du Clocher a écrit les lignes ci-dessus, M. Frécliette a fait paraître une nouvelle édition de la Légende d'an Peuple qï qu'il n'y a fait aucune correction.

ois I.E LAUliÉAT

Je ne voudrais pas niottro en prati<iiic l'histoire <lu l'avt' <le l'ours. Pr(?tendre que M. Fréehette a surpassé Ilugc. Lamartine, Leeuuti' de Lisle, Lapradc ou même Brizeux. ce serait cxagcTcr.

Ce serait tellement exagérer que Charles Fustcr n'a fait cette réflexion si pleine d'ironie que pour faire rire ses confrères parisiens et s'en faire pardonner les quelques petits éloges qu'il adresse à M. Fréehette.

Je le reeonnaÎ!*, notre auteurs'est vu servi à souhait par un sujet exceptionnel, un ensemI)le(raetions intrépides, de mots hc'roï<iues, de sentiments qui nous étonnent, d'exemples (pii nous relèvent. Des éléments pareils, assemblés par quehiue artiste que ce soit, formeront toujoiu-s une œuvre intéressante, sinon parfaite, et saisissante eu sa niiMlf.

Effectivement, M. Fréehette avait un sujet exceptionnellement propre a être traité en vers, — l'histoire du Canada, — et cependant tout ce qu'il en a tiré (i?,i\\\\QiuiiUté qui, pour sûr, c^^ttrbs saisissante.

Je ne sacre donc | as M. Fréehette ijniiiil écrivain ; ji' iic vois en lui, jus<iu'à l'heure présente, ([u'un lettre de talent. (remarquez Lien, un lettré, pas un littérateur) uii liistoricn évoeateur, un patriote anioureux des blessure d^-sa latrie.

il ne peut «hnic \ avoir ici qu'un avis : toutes ces réflexions dans la houchc d'un écrivain ciui vi'ut du bien à M. Fréehette, que l'amitié tout naturellement porte à l'indulgence, constituait un éreintement en règle.

i.r>? VOIX i>(irïi;i;-Mr.i! ."10

D'ailleur.x, est-il bosoiii des ap[)réciatioiis du Po/i/hiblio)! ou (le Charles Fuster pour ércinter m: Fréchette'r

11 suffit (l'avoir vu ce qui a été révélé daus les ])réeédeiits articles pour savoir qu'il ne peut plus l'tre question de lui comme écrivain.

Comme tel, il est mort, bien uiort, et il n'y a qu'une voix parmi les liommes bien pensant.s pour le reconnaître.

Il est mort, et nul ne pourra Jamais l'exhumer de l'hypogée littéraire où il est enfoui avec tous ses plagiat?, toutes ses inepties, toutes ses platitudes et toutes ses réclames de charlatan.

Il est mort, et pas un de ses anciens admirateurs n'aura le courage d'essayer à réhabiliter sa mémoire.

Il est mort, et quelques-uns des rares amis qui lui sont restés fidèles jusqu'à son parfait enfouissement, n'ayant pu le défendre, et pour cause, prétendent maintenant — le croirait-on ^ — que j'ai accompli une <cuvre antipatriotique en faisant la critique de l'œuvre du hotréat i

Mais M. Fréchettc, lui-mome, est-il un patriote !

Et qu'est-ce donc que le patriotisme ?

Le patriotisme, il mo semble, est le culte qu'un citoyen professe j)Our son pays, pour le sol où reposent les cendres de ses pères, pour tout ce qu'il y a de

irraiid, (le noble et de pur dans les annales et le» souvenirs de sa race.

Le patriotisme ! c'est ce sentiment qui fait que le voj-ageur ne voit, dans ses courses lointaines, rien qui séduise son regard et parle à son âme comme les lieux — bien humbles quelquefois — où il a grandi, où il a appris à prier, à travailler, à remplir les devoirs qu'impose à chacun la destinée humaine.

C'est cette flamme dont brûle le cœur de tout homme qui, soit dans les travaux des champs, soit dans le domaine des lettres et des arts, soit dans l'œuvre de la religion, cherche toujours à accomplir, pour se rendre utile à ses compatriotes et aider à la marche civilisatrice de son époque, la plus grande somme d'eftbrts consciencieux et d'exemples édifiants.

C'est ce souffle tout-puissant qui, à ui-i certain moment, soulève tout à coup un inconnu d'hier pour en faire un héros de demain, le pousse à tout sacrifier et à donner même sa vie pour le triomphe d'uju' idée ou riionneur d'un drai>eau.

Le pîitriotisme étant tout cela, et Ticuvre de M. Fréchette (Uant tout le contraire, je i)rétends, moi, qu'il y a patriotisme à le combattre.

Comment ! voilà un liomme qui, toute sa vie, a vomi le fiel à pleine gorge sur tous ceux; qui ne

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partageaient pas ses vues on littérature coinnie autrement, et je n'aurais pu, sous prétexte que l'amour-propre national allait on être blessé, retourner contre M. Fréehette les coups qu'il m'a portés à propos d'une discussion où je n'étais nullement en cause !

Coninient I voilà un lioinnic qui, un jour, a dit à sa i>atrie : Xon scrrt un ! et qui, une t'ois ses deux oreilles bien à l'abri des soufHots dans sa retraite de Cbicay^o, :i écrit les clioses les plus révoltantes contre nos gloires les plus pures; qui a applaudi au meurtre de Darcy McGee ; qui a qualifié de charogne les restes d'un de nos i)remiers hommes d'Etat ; qui a récemment accusé M. l'abbé l*a(piin <le s'être vendu aux Anglais lors des événements de 1837 ; qui a écrit à M. Edgar une lettre dont la teneur est un abominable outrage lancé à la face des Canadiensfrançais et des catboli(pies ; qui, depuis plusieurs semaines, déverse sa bave de plagiaire pris au collet sur le l*ore Laçasse ; et ce serait ne pas aimer son pays que de démontrer que cet homme — considéré par un certain [)ublic comme notre poète national — n'est (prun plagiaire, un grimaud et un imposteur !

A part les abominations dont je viens de p:irler, l'auteur de la Légende iVun Peuple s'est ivudu cju-

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pable envers î^on pav^ de torts aussi iioiubrcux (^l'irréparables.

Il est entré en Vandale dans le domaine de notre histoire, il y atout faussé, tout dénaturé, tout saccagé.

Il a, par son insignifiance et ses plagiats, rapetissé nos héros, jeté le ridicule sur les actes les plus sublimés de courage et de dévouement dont s'honore notre nationalité, troublé les sources où les poètes de l'avenir auraient pu puiser leurs inspirations pour chanter les gloires d'autrelbis, faussé 1 imagination et le goût des élèves de nos collèges à qui lu Ij'ijc.i.dc il' un Peuple et les Feuilles volintics oui été données en prix, découragé et immobilisé bien des talents par ses sticcès immérités.

Et si, pour avoir eu le courage de répondre sous ma signature, visage découvert, à un homme dont la réputation d'écrivain était en apparence solidement assise ; si, pour ne m'être pas laissé écraser par t;n individu que M.Frécliette avait chargé de le délendre ; si, pour avoir arraché le masque derrière U'cpu'l ]v prétendu poète national cachait ses incrovablcs trucs, sa lourde insignifiance et sa colossale vanité ; .-i, pour avoir tait un exemple (pii ne ])eut manijuer detiervir A notreavancement intellectuel, il nie l'allail toute ma vie entendre nu giouiK' <le lanati(|i;es piailler sur mes talons, et m'exposeraux re[»résailKs que mo promettent tout bas, à ce ((u'on me dit.

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quelques vengeurs aussi rampants qu'influents en certains (^nartiers, eli bien, j'ai assez de patriotisme, moi, pour subir patiemment ce qui pourrait m'arrivcr de fâcheux de ce côté-là, consolé et récompensé :\ l'avance par la. satisfaction qu'éprouve tout écrivain qui a mis sa plume au service de la justice et de In vérité.

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