‹ Le lauréat: critique des œuvres de m. Louis FréchetteChapitre 34 sur 58 · CAVELIER DE LA SALLE · texte numérisé non relu

CAVELIER DE LA SALLE

Il expire; et la main pieuse d'un vieux prêtre Plante une branche en croix, sur sa fosse

M. Fréchette n'a pas l'air de savoir qu'il est impossible de faire une croix avec une seule branche.

Il devrait pourtant ne pas ignorer cela, lui qui sait par cœur François Coppéo, qui a dit :

DE SES PKOPKKS AILES ].">1

T-«os croix que Ton avait, pour ces nombreux tombeaux, l'^aites liîitivement de ch'tx branches coupées.

On voit que le lauréat^ malgré rexcellente mémoire dont il est doué, oublie quelquefois ceux qu'il exploite.

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Tu lui montrais, conuuo Moïse, A H bmt de ton doigt souverain, La moderne terri^ promise, Un univers vierge et serein.

Eu 1884, au cours d'une petite critique que je publiai, dans la Minerve^ d'nne pièce intitulée L\A mérique^ où se trouvaient les vers que je viens cle transcrire, je disais :

Christophe Colomb montrait au ht ut de son doigt «ou verni n un univers !

Décidément, il devait avoir un doigt souverain , ce(i<5nois-là. M. Fréchette a voulu dire du bout de son doigt.

Le lauréat dans la Patrie du 14 octobre répondit à mes remarques par ce qui suit :

(Qu'est-ce que l'épluchagc de M. Chapman peut faire aux vers de M. Fréchette?

Il y a longtemps qu'il les pille.

Maintenant il les houspille.

Il est payé par la Minerve pour ajouter cette syllabe.

• M. Fréchette se défendait de mes attaques — comme il s'en défend aujourd'hui — en cherchant à faire croire au gros public que je pillais ses vers.

Or, en 1890, six ans après, Charles Fuster vînt

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me donner mison en corrigeant, pour le citer, le deuxième vers de la strophe que je viens de reproduire, et l'on peut lire, k la page 250 des Poètes du Clocher^ les lignes suivantes :

'^^ Le livre s'ouvre sur un livmne à l'Amérique. On me permettra de transcrire, sans éloges, et en remettant les critiques à plus tard :

Tu lui montrai:^ coniiiio Moïse,

J)it bout de ton doigt souvoniin

" Suivent — continue Charles Fuster — quelques vers moins fermes, aftaiblis par l'abus des épithètes et que je ne crois pas dev^oir transcrire."

Le poète français a été très prudent — puisqu'il voulait louer M. Fréchette — quand il s'est abstenu de citer des vers plus faibles que ceux qu'il était obligé de corriger pour les présenter au public parisien, et, tout humble écrivain que je suis, je me permets de le féliciter sur sa prudence.

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