‹ Le lauréat: critique des œuvres de m. Louis FréchetteChapitre 33 sur 58 · LOUIS-HONORE FREC1IF:TTE · texte numérisé non relu

LOUIS-HONORE FREC1IF:TTE

Il se nommait Robert Cavelier de La Salle Déjîl l'esprit hanté par l'ombre colossale

Où serpente déjà la route colossale Qu'avait rêvée un jour Cavelier de La Salle

LOULS-IIONORE FRECHETTE

Par de vils brocanteurs vendu couime nn troupeau

LOUIS FRECHETTE Sur son corps les vainqueurs passant comme un troupeau Nos défenseurs parqués comme de lils troupeaux

lOUIS-HONORE FRECHETTE Fntendre un'^ c'amenr immen^j et t.iomrhale

LKS RABACHAGES 12Î)

M^apportcnt dos lambeaux de clameurs triomphales

Xoii, jnmais, mCnic aux jours de clameurs triomphales

LOUIS-IIONOIIE FPtECHFTTE

Et puis, pendant les nvits froidement idéales, Quand, au eieî, des milliers &aurores boréales

Quand ton mouvant r(?seau iVaurores boréales Révéla les splendeurs de tes nuits idéales

LOULS-HONORE FRECHETTE

Merci î si de ces jours de deuil et de souffrance

LOUIS FRECHETTE Qu'ils furent longs, ces jours de deuil et de souffrance

LOUIS-HO^'ORE FRECHETTE Toi que mon cœur aimait arec idolâtrie

LOUIS frî:chette

Sol canadien que j'aime avec idolâtrie

LOUIS-HOXORE FRECHETTE

Tout disparut. Ce fut comme un éclat de fondre LOUIS FRECHETTE

Répercutée au loin comme un éclat de foudre LOUIS-HONORE FRECHETTE

A chaque baïonnette allumant un éclair LOUIS FRECHETTE

Partout la fleur brûlante allume son éclair

Un éclair tout à coup s^allumcit quelque part

LOUIS-HOXORE FRECHETrE

La cathédrale a mis ses halits les plus beaux

Ayant mis le matin leurg habits les plus beaux

LOUIS-HONORE FRECHETTE Et, vieillard vénéré, sans reproche et sans cravUe

LOUIS FRECHETTE Humbles soldats de Dieu, sam reproche et sans crahUe Ces liardiîii novateurs sans reproches, sans craintes

LOUIS-HONORE FRECHETTE Quand, dit haut du vainseauqui m'emportait loin d'elle

LOUIS FRECHETTE Quand, du havt du vaisseau qui s'ancre dans nos ports

LOUIS-HONORE FRECHETTE Toujours prtts à venger toutes les causes justes

LOUIS FRECHETTE Flétrir ce défenseur de toute cause juste A ces jours où martyrs de tant de saintes causes Tombés en défendant la plus saiyiie des causes Les hardis défenseurs de notre sainte cause Le premier des martyrs de notre cause sainte LOUrS-HONORE FRECHETTE Adieu le faux éclat des idylles d'antan

LOUIS FRECHETTE Donner une revanche aux défaites d^antan Brisant ses ailes d'or aux légendes d'antan A punir ton pays de ses froideurs d'antan De tes combats dUtntan nous recueillons le prix Et les barons d'antan, de leur.s arcliers suivis

LOUIS-HONORE FRECHETTE

Voit poindre à l'horizon la colombe de V arche LOUIS FRECHETTE Comme la colombe de l'arche France ! sois maintenant la colombe de r arche

LOUIS-HOXORE FRECIIEITE Enfin, poussant trois fois le cri : Vice Li France !

LOUIS FRECHETTE Trois fois aux quatre vents cria : Vive lu France !

LOUIS-HONORE FRECHETTE Québec était tombé. Sans honte et sans mystère

LOUIS FRECHETTE Québec était tombé ; sur ses cendres fumantes

LOUIS-HOXORE FRECHETTE Pour couvrir de leurs corps la patrie en détresse

LOUIS FRECHETTE A couvrir de son corps la terrible descente •Couvriraient de leurs corps le drapeau de la France

LOUIS-HONORE FRECHETTE 'Comme des spectres iioirs rôder dans les ténèbres

LOUIS FRECHETTE Comme des spectres noirs s'enfoncent dans la nuit

LOUIS-HONORE FRECHETTE La grande main dans l'ombre orientait la voile

LOUIS FRECHETTE S'empare de la barre, oriente la voile

LOUIS-HONORE FRECHETTE Dans une nuit de paix douce et réconfortante

LOriS FRECHETTE Par une nuit d'tfté fraîclio et réconfortante

LOUIS-HONGRE FRECHETTE

Mais s<m œil brille en cor dans les brumes du soir

Glissant dans lesbrumes du soir

LOUIS-HONORE FRECHETTE

Heurtant sur les rochers sa eonrse vagabonde

LOUIS FRECHETTE Où Tavait promené sa course vagabonde

LOUIS-HONGRE FRECHETTE Le désespoir au cœur^ avait capitulé

LOUIS FRECHETTE Le dti^espoir au cœur, et l'âme à la torture

LOUIS-HONGRE FRECHETTE Le« rocs ont tressailli jusque dans leurs vertèbres

LOUIS FRECHETTE Le vieux monde frCnnii jusque dans ses v<rttbres

LOUIS-HONGRE FRECHETTE Ces drapeaux dont chacun des sublimes haillons

LOUIS FRECHEITE Nos ptres, secouant ces sublimes haillons Où flottaient les haillons troués du drapeau blan3 Ouij ce hiillon troué, mais que la gloire inonde

LOUIS-HONORE FKECHETTE

Ah ! montre qu'en dépit de tant d'apostasie, Le courage des preux chaïUés par Crêniazie

Ce drapeau glorieux que chanta Crêniazie, Drapeau qui n'a jamais connu d'a2)ostasie

LOUIS-HOXORE FRECHETTE

Semble veiller, debout comme une sentinelle

LOUIS FRECHETTE On le voyait debout comme une sentinelle

Il me faudrait vingt pages pour citer tous les -rabâchages et les rengaines du lauréat.

J'en prendrais une rien que pour loger les épithètes ^ourd^ vague, farouche et féerique qui pullulent dans ^es livres.

Mais ce qui est plus étonnant que tout cela, c'est que M. Fréchette, qui connaît pourtant les modernes sur le bout de son doigt, qui sait leur religion de l'extrême diversité des désinences, se sert constamment des mêmes rimes, et encore de celles qui étaient déjà vieilles du temps de Marot.

Il y a surtout sauvage, rivage et servage qu'il ne lâche jamais, probablement parce que ces mots riment richement ensemble.

Aussi je parierais qu'il n'y a pas une seule pièce <les Fleurs boréales, de la Légende d'un Peuple et <les Feuilles volantes qm ne contienne des sauvages.

Bien que les citations de ces rabâchages soient fastidieuses, je ne puis résister à Tenvie de vous faire les suivantes, qui pourraient être vingt fois plus nombreuses, si je ne prenais en pitié ceux qui vont les lire :

Nous sommes sur le bord du Saint-Laurent sauvage. Le fleuve, déployant l'orbe de son rivage

Tout retombe en oubli, tout redevient sauvage ^ Nul pas civilisé ne foule le rivage

Hémisphère aux rives sauvages Libre des antiques servages

Le grand fleuve revêt un aspect moins sauvage ; Son courant roule un flot plus <*alme; le rivage

Pour arracher ces bords aux primitifs servages^ Pour la première fois sur ces fauves rivages

O fleuve, qu'ils sont loin les jours où nul servage N'avait encor dompté ton orgueil éclatant ; Où de pauvres wigwams ornaient seuls ton rivage, Où tu n'avais bercé sur ta houle sauvage

Quelle joie M. Fréchettc a dû avoir le jour où il & réussi à mettre les trois fameuses rimes dans lamême strophe !

Prenez patience, et voyez jusqu'à quel point il aime les sauvages * -

Qu'elle chante nos lac», notre climat sauvage

Sans que son blanc drapeau que gardent nos rivages

Que Viriathe, à lui seul, rebelle à tout servage, Acculé comme un loup dans la sierra sauvage

De temps en temps sur le rivage, Au cri de quelque oiseau sauvage

LES BARACHAGf:S 135

Sur un îlot désert de TOttawa sauvage,

Le voyageur re marque , à deux pas du rivage

TjC voyageur découvre, à deux pas du rivage, Les restes d*un vieux fort nommé le fort sauvage

Par un dernier eflbrt cramponnés nu rivage^

Les vieux troncs rabougris penchent leur front siuvage

Et pourtant qu'allaient-ils chercher sur nos rivages, Sinon, après la vie errante des sauvages

Si souvent harassés par les hordes sativages, Que, voulant couronner lourd incessants ravages

Puis, sanglants et repus, lourds de butin, sauvages, Harassés d'une nuit de meurtre et do ravages

C'était bien avant nous, au temps où les sauvages Faisaient dans le pays tant de sanglants ravages

Quand ou pense que les rivages et les servages ont bien échappé à M. Fréchette.

Il a dû en éprouver un grand chagrin.

IN^éanmoins, comme ravage rime richement avec sauvage^ il s'en est peut-être consolé assez vite, après tout.

Mais continuons à nous occuper des sauvages :

Elle se retira dans un antre sativage,

Four pleurer sa grandeur et mourir au licaje

Aussi raconte-t-on qu'une femme sauvage.

Tendant que les canots s'éloignaient du rivage

Il brille sur tous les rivages,

Au bout des mers les plus sauvages

Il part. De noirs boyous côtoyant le* rivages, A travers les grands bois ou les Campas sxuvages

Son on^J)rc avait cru vert bien des bivouacs saura f/ef*

Tniulis que lo grand llouvcà ses mornes rUagea

L^s cchos se taisaient au fond du bois aativafje. Et sur le sable du rivatje

Telle encore, un jour de tempête et d'orafçe, La foudre sur un roc sauvage

O fleuve! sur ton beau ticage N'as-tu pas gardé son image?

Le gnome du ri va (je Fuit sauvage,

Savez-voiis que la dcclaiiiation des vers qui précèdent, dans les fêtes de charité, remplacerait avantageusement les monologues et les chansons comiques !

Quelqu'un à qui je les ai communiqués et qui les a déclamés, l'autre soir, dans un salon de la rue St- Louis, me dit que FefFet a été irrésistible.

Après les sauvages, ce que M. Fréchotte aime le mieux, ce sont les oranges les mésanges. . . les

Si beaux sous vos robes oraur/en, Que l'on dirait un groupe d'awr,e>

Après avoir au front baise vos petits anges

Frais comme des lilas, doux comme des môeauges,

Elle a les accents des mésanges j

Et son souris Nous fait toujours rêver des anges

Ta ne dois, douce mésange, Même eflleu rcr not re fange

LES BARAC UAGES 137

Sous tes frais bosquets qu'embaume Vorange Il t'attend au banquet des anges

Les enfants, les fleurs, les mhangeH

Voix de mésange, Sourire (ïavge

Dans les nids les mésanges Aux voix Ranges

Avec toi j'admirai les bords sacr<5s du Uangc lEt les riants pays où se cueille Vorange

Blanche comme une fleur (Vorange

Sou flic divin des anges, Voix des douces mésanges

Mail a me, au Dieu d'amour qui féconde le niJ, Le doux nid des mésanges

Ton épouse t'attend ; cueille les fleurs à'orangp

Baignfmt la steppe aride et les bosquets (Vorange

La beauté sur ta joue a posé sa main iVange

Dors, mon doux ange

Garde tout pour ton bon ange

Où donc étaient les doux anges

Dont la voix Ici charmaient les mésanges

Et c'est ça qui est la fécondité du poète national : la fécondité de Torgue de Barbarie qui dévide, du matin au soir, les mêmes ritournelles.

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Pour achever de prouver que M. Fréchette n'est pas un poète, je vais reproduire, dans une deuxième série d'articles que je commence aujourd'hui, des fragments de pièces qu'il a faites à l'aide de sa seule imagination, de sa seule logique et de sa seule philosophie, des fragments qu'il n'a certainement pas filoutés ni à Lamartine, ni à Victor Hugo, ni à François Coppée.

Sans autre préambule, je débute, dans ce nouveau genre de reproduction, par la citation suivante prise dans un petit poème qui raconte le naufrage de la flotte de l'amiral Walker :

Ne soyez pcos surpris si mes pas sont tremblants ; C'est depuis ce jour-là que mes cheveux sont blancs.

M. Fréchette a l'air de prétendre qu'il n'y a rien d'étonnant qu'un homme tremble sur ses jambes du moment qu'il a les cheveux blancs !

Comme logique, c'est grand comme la superbe du lauréat.

Voulant décrire le dernier acte de sublime folie du héros de 1660, l'auteur de la Légende d'un Peuple a écrit :

Un soir que lo combat triplait de violence, Daulac prend un baril p/em de poudre, et le lance, Mèche allumée, i^n plein milieu des assaillants. Malheur! un accident l'arrête, et nos vaillants Voient retomber sur eux la machine infernale.

A part la césure qui n'est pas observée au troisième vers, il y a dans «la citation que je viens de faire la répétition vicieuse du mot plein, — plein de poudre, en i)lein milieu, — une faute de français et un contresens.

Une faute de français, parce qn^en plein est synonyme d^au milieu, et qu'on ne peut pas dire au milieu du milieu.

Un contre sens, attendu que le baril de poudre, ayant été lancé au beau milieu des assaillants, — M. Fréchette a précisé, — ne peut pas être retombé sur les assiégés.

Parlant de l'héroïque résistance de Daulac et de ses compagnons, Charles Fuster, au cours de la critique qu'il a faite de la Légende dhin Peuple dans une étude sur les portes qui ont écrit en dehors de Paris, a dit :

" Crânes fendus, mains hachées, yeux crevés, brandons jetés, hurlements de rage, — ^je vous épargne le détail. Seulement, un soir, il n'y a plus que deux ou trois hommes valides. Daulac prend un petit baril plein de poudre :

Il le lance, Mèche alluiïîte, au beau milieu des assaillants.

" C'est à côté des assiégés que le baril retombe. Il éclate. Un seul des colons est resté debout. Et que fait-il ? Les yeux hagards, l'écume à la bouche, une hache à la main, il achève les blessés. Puis il tombe, le crâne entr'ouvert, la poitrine toute trouée de balles."

Comme vous voyez, le poète parisien a été obligé de se borner à une petite analyse des vers de M. Fréchette, qu'il ne pouvait reproduire à cause des défauts que j'ai signalés, il n'en a cité qu'un seul tout entier, — encore a-t-il été obligé de le corriger en remplaçant en plein par au beau, — et surtout il a eu le soin de faire retomber la machine infernale à côté des assiégés, et non pas sur eux, comme l'a dit invraisemblablement le poète national.

Je continue à citer ;

Sur le calme des eaux une voix nous arrive.

C'est un cantique saint qu'aux échos de la rive, Dans l'éclat radieux d'un soleil flamboyant, La petite flottille envoie en pagnyant.

Que dit<îs-vous d'une petite flottile qui envoie un... cantique ?

Et puis, comment une flottile peut-elle n'avoir qa^une voix pour envoyer un chant religieux ou profane?

Dans une pièce au milieu de laquelle le lauréat dit à M""* Albanî que tout le pays l'acclame on trouve les vers suivants :

Oh î oui c'est la Patrio; et ménieplus oicor ! Car sur ton front nimbé que la. gloire environne^ Tu vois Québec, la ville au merveilleux décor, Venir poser ce soir sa plus fraîche couronne.

C'est plus que la patrie qui applaudît la grande cantatrice, c'est Québec !

La pensée de M. Fréchette me fait songer à cet orateur qui, le jour de la Saint- Jean-Baptiste, dans un élan d'enthousiasme à tout casser, s'écriait :

— Messieurs, la paroisse de Sainte-Cécile de Valleyfield est la plus belle paroisse de ce continent, je dirais même, messieurs, je dirais même du.... comté.

Et je crois ouïr encore la remarque que fit, à mon côté, un brave cultivateur en entendant la réflexion sur Sainte-Cécile :

— L'animal ! s'il continue, il va dire que Valleyfield est la plus belle paroisse du . . . .rang !

SxV PROPRE INSPIRATION 143

Voulant jusqu'au bout vanter Québec dans sa pièce à M"* Albani, l'auteur des Feuilles volantes ajoute :

Dcîs plaines d'Abraham aux clochers de Saint-Roch, On la verra toujours, par nulle autre éclipsée j Superbement drapée en son manteau de roc, Du pays des aïeux sentinelle avancée.

Ecrire que Québec est superbement drapé dans un manteau de roc, pour dire qu'il est bâti sur la pierre, c'est peut-être faire une figure de rhétorique un peu hardie.

Mais là où M. Fréchette exprime avec justesse une grande vérité, c'est quand il affirme que la vieille capitale ne sera jamais éclipsée par aucune autre ville, des plaines d' Abraham aux clochers de Saint'Jîochy entre les Buttes-à-lS'eveu et la rue Saint- Joseph, et qu'elle sera toujours la sentinelle avancée du pays des aieux entre ces deux derniers endroits.

Au début d'une pièce écrite sur Jean Sauriol, le magnanime révolté qui, après la cession du Canada, s'obstine à ne pas reconnaître la domination anglaise, on lit ces deux vers :

Et puis l'homme souffrait au bras d'une blessure Qu'une balle avait faite, un soir, en ricochant.

• Franchement, je n'ai jamais pu lire le distique qui précède sans songer à ceci :

Une balle passe, un soir, en ricochant, comme qui dirait en flânant, elle aperçoit Jean Sauriol, il

lui prend fantaisie de lui entrer daiis le bras, de fait elle y entre, et dit : " Moi, je couche ici" !

Je détache les alexandrins ci-dessous de VAtalaniCy poésie dans laquelle est racontée la résistance de Vauquelain, qui, bien que vaincu et resté seul sur son navire qui vient de prendre feu, refuse d'amener pavillon devant les Anglais :

L'incendie attaquait le vaisseau par l'avant.' Alors, du grand dc^aastre unique survivant, Au pied du tronçon noir où la bannière blanche Claquait encore au vent de la sombre avalanche, Le vaincu du destin se coucha pour pleurer.

Si l'on en croit M. Fréchette, c'était un drôle de type que ce Vauquelain, qui prenait le temps de se coucher pour pleurer, qui s'étendait tranquillement au pied d'un mât, à seule fin de larmoyer à son aise, au moment même où Vincendie attaquait son vaisseau, par Vavant.

Le vaincu du destin se coucha pour pleurer me rappelle la réponse de cette femme à qui l'on était venu annoncer — avec les précautions oratoires que la gravité d'un pareil cas exige — la mort subiite de son mari tué par la chute d'un arbre.

— Laissez-moi, dit-elle, finir mon ménage, après ça, si vous voulez voir une femme qui braille, ça va êta moé.

Et puis — soyons sérieux — voulez-vous voir la

dissemblance entre deux poètes qui ont traité un sujet analogue ?

Lisez M*"* Felicia Hemans qui peint l'attitude d'un enfant de quinze ans resté seul sur le pont d'un navire en flamme et jonché de morts, parmi lesquels gît, il ses pieds, le cadavre de son père criblé de balles :

The boy stood on tho burning deck

Wlienco ail but ho had t\ed ; Tho flame that lit tlie battle's wreck

Sh on round him o'or ihe de.ad.

Yct boautiful and bright ho stood

As ]>orn to rule the storm — A créature of lieroic blood,

A proud, though child-like form.

And but the booming shots repliecî, And fast the tlamcs rolled on.

Upon bis br(/W he folt thoir breath,

And in bis waving hair, And looked froni that lonc post of death

In stiil yet brave despair.

Le héros de M'"' Hemans, malgré son jeune âge, malgré son désespoir, ne pleure pas, lui ; encore moins songe-t-il à aller se coucher ; et le contraste des dernières strophes que je viens de reproduire est d'une ironie sanglante pour le lauréat

D'ailleurs, M. Fréchette assurément fausse l'histoire, et commet une injustice envers Vauquelain

quand il le représente pleurant au pied d'un ni/it; et l'invraiscniblance manifeste d'une pareille défaillance chez un marin prêt à mourir plutôt que de se rendre à l'ennemi, feit croire que c'est Texigence seule de la rime qui a dû forcer Tauteur de VAtalante h écrire une telle niaiserie.

Mais revenons aux vers de ^I. Frécliette, et examinons de près quelques unes des inversions qu'il affectionne :

Au boni des ruisseaux, d'indolents pêcheurs Des saules pei:;sifs dorment sous le dôme.

Quelques instants plus tard, quand, pour s'en emparer. L'amiral ennemi, du pont de sa chaloupe.

De VAtalante en feu se hissa sur la poupe.

On lui fit du Calvaire alors prendre la route,

C'est l'occident chrétien avec l'Asie aux prises.

De leur m^re, arrachés aux suprêmes étreintes, On jette en pleins brasiers les petits aux berceaux.

De tous les dévoûments possédé du délire,

Ils sont là du piys pour défendre l?i porte.

La dernière inversion vaut bien celle qui est si souvent citée :

Seul mon père à manger m'apporte.

Laissez-moi vous faire une dernière citation — empruntée à une pièce qui est la glorification des exploits d'Iberville :

Quelquefois il leur faut descendre eu pagayant Quelque effrayant rapide aux remous tournoyant.

SA riîOPRE IXSPIIÎATIOX 147

Pagayant^ ef rayant, iournoyant, tout cela est bien égayant^ et la suppression du pluriel, pour la rime, à tournoyant est d'un Q^^t flamboyant.

Nul iu> recule ; un jour, dans un torrent qui groiido, D*LI>orvillo lui-ni^nie €\st englouti sous l'ondo. Il s'tehappe, mais deux des braves sont noyé».

D'après les vers du lauréat^ il n'y a que d'Ibervillc qui soit englouti sous l'onde, et cependant deux braves sont noyés.

C'est un désastre encore plus étonnant que celui dont parle la chî^nson :

Ils étaient quatre, ils se sont noyés cinq, Cinq à la lois, ils se sont tous perdus.

Comme il est facile de le voir, tous les vers que je viens de citer sont bien de A[. Fréchette, et les héritiers de Victor Hugo & Cie qui voudraient réclamer en justice quelque chose ici en seraient, bien sûr, pour leurs frais.

DE SES PROPRES AILES

Lq premier vers de la première poésie que M.

Fréchette livra à la publicité, et qui parut dans les Soirées Canadiennes de 1861, contenait une faute de français :

Fée aux ai les de noies

Ces soieS'\k faisaient déjà pressentir les compagnons de saint Antoine dont j'ai parlé récemment.

Dans la préface de son premier volume s'épanouissait cette fleur :

...et ce pas, tout petit qu'il soit...

Ce temps du verbe, dont l'assonance rappelle encore les soies de la fée et celles des intéressants quadrupèdes que Chicago fournit en si grand nombre, prouve que pour M. Fréchette l'indicatif et le subjonctif sont une seule et même betc.

La septième strophe de la première pièce de Mes Loisirs était un véritable dé(i à la syntaxe :

Ah! c'est que ses petits, »e% petits qu'elle adore,

Depuis un instant l'ont quitté y Ouvrant au vent du ciel son aile faible encore

Pour goûter à la liberti?.

Après un pareil début, M. Fréchette devait aller loin, et, de fait, il est allé si loin, que, à l'instar de ce grand voyageur qui avait, selon un Marseillais, franchi les limites du monde, il est toinbé dans rien.

Il est tombé dans rien, et, pour mieux prouver cela, je vais continuer k reproduire quelques uns des bijoux dont la lourdeur Ta entraîné dans le vide où il se débat.

Pour éviter la monotonie des petites introductions que j'ai l'habitude de mettre en tête des choses que je veux rendre saillantes, je ferai mes citations au fur et à mesure qu'elles me viendront à la mémoire ou qu'elles me tomberont sous les yeux, sans, m'occuper si tel ou tel fragment de Mes Loisirs doit se trouver voisin de tel ou tel autre de la Légende d'un Peuple ou des Feuilles volantes.

Toile et lege:

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